Fabian Knecht, ou le grand dérangement

Fabian Knecht, ZERBRECHUNG, 3 avril 2013, 137x87cm

Fabian Knecht, ZERBRECHUNG, 3 avril 2013, 137x87cm

en espagnol

Trop rares sont les artistes qui voient leur art comme un dérangement, un caillou dans la chaussure, une piqûre irritante, une gêne insistante, et qui, de plus, le font avec humour, nous laissant médusés, ébahis, hébétés. Fabian Knecht, qui expose jusqu’au 25 avril à la galerie Christophe Gaillard, est l’un d’eux, et comme il se doit, son premier geste est de tuer le père, ou, pour le moins, de le réveiller (d’entre les morts) en profitant de l’obscurité pour jeter un pavé dans sa fenêtre (le 3 avril 2013, à Blainville – Crevon).

Fabian Knecht, FREISETZUNG, 1er novembre 2014, 100x150cm

Fabian Knecht, FREISETZUNG, 1er novembre 2014, 100x150cm

Et, après avoir lancé ce pavé contre le père, Fabian Knecht a brûlé la maison, ou en tout cas, on a pu le croire en voyant ces tourbillons de fumée blanche s’élever au dessus de ce cube minimaliste de verre et d’acier transformé en piédestal fumeux, écho d’autres bombardements (dont certains là-même 70 ans plus tôt), souvenir d’autres gaz (pas très loin non plus), mémoire d’autres tragédies. Peu après que Kobané ne brûle (et une image en est dans l’exposition), juste avant que Daesh ne détruise des statues en plâtre à Mossoul, Knecht faisait semblant d’incendier la Neue Nationalgalerie à Berlin (le 1er novembre 2014). L’art peut-il se déguiser en désastre ? Qu’est-ce qui distingue une catastrophe d’une action artistique ? Avons-nous là le contraire même d’un ready made ?

Fabian Knecht, VERACHTUNG, 5 mai 2014, 60x45cm

Fabian Knecht, VERACHTUNG, 5 mai 2014, 60x45cm

Cette série de performances de Knecht répond au titre générique de -UNG (qu’on pourrait traduire par -TION), chacune d’elle est une action dans laquelle il transpose, déplace et questionne. La troisième pièce exposée là le montre, hagard, couvert de cendres, vêtu d’un costume qui évoque Beuys, déambulant (le 5 mai 2014) dans les rues de New York comme tant d’autres douze ans et demi avant, sans que nul ne prête attention à lui : indifférence à ce zombie-clochard ambulant ? Mais la poussière dont il est couvert est, non pas radioactive, mais tout aussi polluante moralement pour les braves citoyens qui le croisent : elle provient (presque) directement du Bureau Ovale, en passant par Mission Accomplished, le chaos en ayant résulté et, plus précisément, l’explosion meurtrière de Hillah.

Fabian Knecht, ENTFERNUNG, 14 mars 2015

Fabian Knecht, ENTFERNUNG, 14 mars 2015

Enfin, dans la rue, devant l’entrée de la galerie, un sac à dos rempli des gravats d’un mur détruit à l’intérieur attend Vigipirate. Nous ne sommes pas à l’abri…

Comme l’écrit fort bien Marie de Brugerolle dans le texte de présentation, en ces temps de dégâts contrôlés, Fabian Knecht détruit pour créer : un portrait de l’artiste en saboteur.

Photos courtoisie de la galerie Christophe Gaillard, excepté la dernière.

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