Deux expositions de peinture (G. Andreani et D. Cabanes)

Giulia Andreani, La Gifle, 2014, aquarelle sur papier, 125x195cm

Giulia Andreani, La Gifle, 2014, aquarelle sur papier, 125x195cm

Deux expositions de peinture, deux galeries parisiennes, deux belles expériences au milieu d’une certaine grisaille conformiste picturale. La galerie Maïa Muller expose encore pour quelques heures (jusqu’au 25 avril) des tableaux de Giulia Andreani, dont j’ai déjà dit à quel point la peinture, empreinte d’histoire et de mélancolie, me touchait. Là, dès la vitrine, j’ai un sentiment de doute, de gêne, ce tableau, La gifle, me dit quelque chose, mais quoi ? Beau jeune homme, belle jeune femme : est-ce un combat, un ballet, un mouvement synchronisé ? La douceur grise des tons, la fluidité des lignes sont trompeuses; il me faut lire la feuille de salle d’Eric Verhagen pour saisir et retrouver mes sens. Elle est sioniste, il est nazi, tous deux sont discoboles, et jamais ils ne se sont rencontrés, … sinon sous ma plume. En 2011, j’analyse les photographies de sportifs d’une exposition au Mémorial de la Shoah, qui – à mon sens de manière « naïve » et certainement contreproductive – rapproche des images de jeux fascistes, nazis, staliniens et sionistes, et j’écris alors « que la représentation du sport au service des grandes idéologies du XXème siècle – que ce soit le communisme soviétique, le fascisme, le nazisme, ou le sionisme (et, plus tard, le maoïsme)* – a obéi à peu près aux mêmes principes tant politiques qu’esthétiques, et ce quelle que soit l’idéologie. » (et un des commentateurs y ajoute de manière fort documentée l’empire nippon). Sans se préoccuper de manière aussi primaire d’idéologie, Giulia Andreani rapproche et juxtapose ces deux athlètes et sa peinture ‘photographique’ transcende leur identité et fait ressortir la tension incongrue entre eux, mais aussi l’élégance de leurs gestes.

Giulia Andreani, Salomé, 2014, aquarelle sur papier, 26x18cm

Giulia Andreani, Salomé, 2014, aquarelle sur papier, 26x18cm

Une fois de plus, Andreani montre qu’elle sait déplacer une image, la transposer d’un monde à un autre, et ainsi nous déstabiliser, nous télescoper avec ce qui est à la fois fiction et réalité. Si saint Denis est le plus connu des saints céphalophores, il y eut aussi quelques saintes, mais, dans ce tableau, retournant la tête vers le cou coupé, l’artiste fusionne bourreau et victime, séductrice et martyr, et surtout elle introduit le regard, le niant (où sont les yeux ? que voient-ils ?) tout en en faisant l’axe central de la composition, narcissisme dévoyé où la bouche de Iokanaan n’est plus baisable, où le regard de Salomé n’a plus de but, où l’histoire se retourne et sort de son lit. Après ses histoires de pouvoir et ses femmes héroïques, après ses momies et ses masques, nous voilà entraînés par Giulia Andreani dans un univers bien plus tragique, un climax fascinant et morbide de notre propre destruction.

Damien Cabanes, vue d'exposition à la galerie Eric Dupont, 2015, huiles sur toile

Damien Cabanes, vue d’exposition à la galerie Eric Dupont, 2015, huiles sur toile

L’autre exposition de peinture qui m’a frappé est l’ensemble de tableaux de Damien Cabanes sur le mur du fond de la galerie Eric Dupont (jusqu’au 23 mai). Ce sont d’abord eux et eux seuls que l’on voit, attiré par cette composition où le corps d’une femme en marinière (Saskia) se démultiplie, se tord, se love, couchée, alanguie, endormie, parfois assisse, pelotonnée, ou bien nous fixant avec un mélange de retenue et d’agressivité. D’une toile à l’autre, ce n’est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre; quelques légères traces de rouge parfois l’habitent, et, du coin de l’œil, on devine son écho dans d’autres toiles. Ce n’est que de la peinture, et c’est une peinture essentielle.

Photos courtoisie des galeries et des artistes

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2 réflexions sur “Deux expositions de peinture (G. Andreani et D. Cabanes)

  1. zurbaran dit :

    Ciao Lunettes rouges

    Le côté « Hitlerjugend » de ces deux athlètes, l´une sioniste et l´autre nazi, fait froid dans le dos,
    Un « accouplement » sinistre mais révélateur d´une certaine pathologie du moi narcissique
    et sa grandiosité exhibée, une espèce d´hydre émerge.

    Que lastima!

    J'aime

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