Chien fou

Germaine Krull, Autoportrait à l'Icarette, vers 1925

Germaine Krull, Autoportrait à l’Icarette, vers 1925

en espagnol

Une vie d’héroïne romantique, entre révolution bavaroise, prison de la Loubianka, amants en tous genres, mariage blanc avec Joris Ivens, exploits avec les FFL, conversion au bouddhisme et direction d’un hôtel de luxe à Bangkok. Et en plus de cette vie de femme libre et aventureuse, un travail photographique fantasque, sans école, sans trop de règles, mais qui en fait une pionnière de l’édition et du reportage : Germaine Krull est la neuvième ou dixième des femmes photographes historiques que le Jeu de Paume a mises à l’honneur ces dernières années en leur redonnant une place que l’historiographie photographique semblait avoir négligée (jusqu’au 27 septembre). En fait, j’ai un peu peur que, quand cette série féminine sera épuisée, nous risquons de nous ré-ennuyer avec les habituelles redites sur Lartigue, Depardon et Cartier-Bresson…

Germaine Krull, Nu féminin, 1928

Germaine Krull, Nu féminin, 1928

De quoi Germaine Krull est-elle photographe ? De nus et de fers, d’abord, puis de voitures et de gens simples, clochards et « manousch ». L’exposition, dont Michel Frizot est le commissaire, se concentre sur ses années parisiennes les plus intenses. Si ses premiers recueils portent sur les nus féminins, lesbiens ou chastes, on y décèle surtout une capacité à capter sur le vif des poses, des sensualités, des abandons que peut-être seule une femme libre comme elle pouvait saisir.

Germaine Krull, Pont roulant, Rotterdam, série Métal vers 1926

Germaine Krull, Pont roulant, Rotterdam, série Métal vers 1926

Mais que dire alors de ses fers, de ses métaux, de ses photographies de ponts, de grues, d’usines, de charpentes, qui l’ancrent dans un modernisme géométrique, industriel, d’une poésie métallique et inhumaine ? Sinon que, devant un échafaudage comme devant un corps nu, elle sait prendre la bonne mesure, remplir le cadre et capter une forme d’essence intangible.

Germaine Krull, André Malraux, 1930

Germaine Krull, André Malraux, 1930

Un autre de ses sujets de fascination, ce sont les mains, qu’elle collectionne, mains en tout genre, de poètes et de maçons, de penseurs et de cocottes, mains où, pour elle, se révèle l’essentiel d’une personnalité. Ici André Malraux dont elle fut proche, a des yeux si intenses que l’immonde pull à carreaux disparaît dans le décor, mais on n’oublie pas la main cachant la bouche, la cigarette effaçant la parole (et pourtant…).

Simenon et Germaine Krull, La Folle d'Itteville, 1931, Ed. Jacques Haumont

Simenon et Germaine Krull, La Folle d’Itteville, 1931, Ed. Jacques Haumont

Pionnière en matière d’édition, elle fut donc la co-auteure avec Simenon du premier roman illustré, 104 photos d’elle pour 128 pages de lui (et un total insuccès commercial). L’exposition présente abondamment sa production sur papier, livres et revues. Un livre manque, écrit mais jamais publié, le récit autobiographique de ses premières années, titré « Chien fou ».

Toutes photos (c) Estate Germaine Krull, Museum Folkwang, Essen et courtoisie du Jeu de Paume, excepté le livre. Photos 1 & 2 (c) Centre Pompidou (ancienne collection Christian Bouqueret), Dist. RMN

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