Corps en résistance. Résistance des corps

Valérie Jouve, Sans titre (Les personnages avec Andrea Keen), 1994-1995, 100x130cm, coll. MAMVP

Valérie Jouve, Sans titre (Les personnages avec Andrea Keen), 1994-1995, 100x130cm, coll. MAMVP

en espagnol

Il y a longtemps que je suis le travail de Valérie Jouve et donc, visitant son exposition rétrospective au Jeu de Paume (jusqu’au 27 septembre), titrée de manière fort appropriée « Corps en résistance », je me retrouve en terrain familier, pour l’essentiel. J’y retrouve ce que je nommais il y a trois ans ses « petits cailloux« , témoignages de sa capacité unique à faire dialoguer personnes et paysages, à les intégrer afin de rendre l’atmosphère d’un endroit en faisant découvrir ce qui n’y est pas visible, pas reconnu, et marque d’espoir et de changement à partir du bas, du peuple, des gens et des situations les plus ordinaires.

Valérie Jouve, Sans titre (Les Paysages), 2009, 170x230cm

Valérie Jouve, Sans titre (Les Paysages), 2009, 170x230cm

J’y vois des lieux dont je suis familier, la grise région stéphanoise, la dureté de Marseille, la lumière tragique de la Palestine (mais sans renouveler ici son expérience « collective » montrée au MAC/VAL l’an dernier); aucun lieu n’est identifié, mais on peut parfois reconnaître la couleur des pierres dorées de Jérusalem, la noirceur d’un coron ou la masse imposante d’un immeuble de bureaux. J’y vois des personnages qu’il me semble retrouver tant ils sont devenus familiers au fil des ans : des gens pressés et des flâneurs, des crieurs et des rêveurs, des chics et des simples, des gens d’ici et d’ailleurs, tous et toutes dans leur univers urbain, leur territoire, leur habitat de pierre et de béton, de tôle et de toile. Avec toujours une distance, un recul, une absence. Et une tension, constante, vitale.

Valérie Jouve, Traversée, 2012, film 16mm, 18 min., détail

Valérie Jouve, Traversée, 2012, film 16mm, 18 min., détail

Un diaporama montre six villes de Palestine, quasiment désertes et pourtant toutes empreintes d’une présence humaine interstitielle qui s’accroche et résiste. Un film raconte le périple d’une jeune fille et d’un marionnettiste,  découverte du pays par le biais de l’humour et de la tendresse.

Valérie Jouve, Sans titre avec Tania Carl, 2014-2015, 100x130cm

Valérie Jouve, Sans titre avec Tania Carl, 2014-2015, 100x130cm

Et puis, au bout de ces paysages arides, de ces lumières crues, de ces ombres sèches, son travail le plus récent, Blues. Là encore une rencontre, un personnage, une histoire unique. Mais ce qui frappe d’abord dans ces deux dernières salles, c’est le changement de tonalité : des couleurs vives et non plus sourdes, de la brume, de l’eau au lieu du désert. Les sons aussi y sont différents, mais c’est surtout cette moiteur des images, leur émollience, leur sensualité qui frappent au premier abord, tant cela vibre différemment de ses précédents travaux. Le Guatemala, le néo-colonialisme, une culture populaire, une forme de nostalgie triste.

Khvay Samnang, Rubber Man, 2015, vidéo HD, détail

Khvay Samnang, Rubber Man, 2015, vidéo HD, détail

L’œuvre présentée au sous-sol, L’Homme caoutchouc du Cambodgien Khvay Samnang, qui va nu dans la forêt et verse sur son corps des bassines de sève d’hévéa, résonne assez bien avec cette poésie de la résistance : dans ces forêts d’hévéa plantées par les colons, où les esprits de la forêt peuvent-ils se réfugier ? Lui aussi est un corps en résistance, un corps qui résiste.

Toutes photos courtoisie du Jeu de Paume; Valérie Jouve (c) ADAGP2015. Les photos de Valérie Jouve seront ôtées du blog à la fin de l’exposition.

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