Photographier le futur et autres illusions, aux Rencontres de Braga

Roger Ballen, Asylum of the Birds

Roger Ballen, Asylum of the Birds

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C’est le 25ème anniversaire des dynamiques Rencontres de l’Image à Braga (jusqu’au 1er novembre), dans le nord du Portugal; les expositions sont, pour la plupart, dans des lieux historiques, musées, théâtre, monastère, et même une étonnante maison à moucharabiehs. C’est un petit festival, bien plus modeste que la grosse machine d’Arles, avec parfois un peu de confusion, et peu de public, mais c’est surtout un festival où, en tout cas quand j’y étais, on sent fortement un esprit communautaire entre photographes, commissaires et critiques venus de toute l’Europe. On y critique des portfolios, on y décerne quelques prix (dont le principal, donné à un travail très photoshop-anecdotique, m’a quelque peu déçu), mais surtout on s’y rencontre et on échange à bâtons rompus. Peu de grands noms, sinon Roger Ballen dont Asylum of the Birds (vu à Chalon au Musée Niepce l’an dernier) est montré dans un délicieux petit musée labyrinthique; et aussi le distrayant Ren Hang, et la tragique Cristina de Middel.

Phil Toledano, Maybe

Phil Toledano, Maybe

Le thème de l’année était le pouvoir et l’illusion. L’exposition la plus illusionniste est celle de Phil Toledano, qui non seulement a un talent tout particulier en la matière (jeune, il était publicitaire, et ses messages fort complexes sont donc toujours rendus de manière simple, forte et percutante), mais qui, de plus, ici, a inventé son futur : à la mort de sa mère, fort déprimé, il a alors affronté sa peur de vieillir et de mourir, et s’est demandé comment il allait évoluer, consultant gériatres, voyants et experts en prothèses, pour tenter d’inventer son futur et le photographier. C’est peu de dire que c’est un sujet qui me préoccupe aussi, et j’ai été subjugué par cette exposition, sous les ors du Grand Théâtre baroque de la ville.

Eduardo Brito et Rui Hermenegildo, 5 p.m., Hotel de La Gloria

Eduardo Brito et Rui Hermenegildo, 5 p.m., Hotel de La Gloria

De nombreux autres travaux de jeunes photographes ont traité de l’illusion, illusion de la vision et constructions chimériques; citons au passage Catherine Balet, Birgit Krause, Claire Cocano, les paysages artificiels de Michel Le Belhomme et de Yurian Quintanas, et les fausses scènes de guerre de Wawrzyniec Kolbusz. J’ai particulièrement apprécié le travail décalé de Eduardo Brito et Rui Hermenegildo qui ont ramené à Osuna la scène de l’Hôtel de la Gloria du film Profession : reporter, qu’Antonioni avait en fait filmée dans une autre ville espagnole, Vera : cette réappropriation photographique du passage de l’autre côté du miroir est remarquable.

Carlos Spottorno, The PIGS

Carlos Spottorno, The PIGS

Quant au pouvoir, Carlos Spottorno le traite de manière très journalistique, grandes affiches pixelisées aux murs et édition d’un magazine sur les PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) et la crise qui les affecte. Ce n’est pas trop simpliste et cette photo d’un mur de Lisbonne est une illustration tragique d’espoirs mis dans l’Europe et aujourd’hui déçus.

David Fathi, Anecdotal

David Fathi, Anecdotal

Plus ironique et subtil est le travail de David Fathi sur les divers accidents atomiques des 70 dernières années, bombes perdues ou lâchées par erreur sur une ferme (combien de poulets vaporisés à indemniser par l’assurance ?), une série d’anecdotes du Bikini (« the first anatomic bomb ») aux ministres français irradiés à Reggane.

Bénédicte Vanderreydt, I am 14 (Ru'a)

Bénédicte Vanderreydt, I am 14 (Ru’a)

Un peu en marge de ces logiques de pouvoir et d’illusion, d’autres artistes présentent des travaux plus intimes, comme les chambres vides et les images occultées de Christiane Peschek, et surtout la vidéo de Bénédicte Vanderreydt sur l’adolescence de trois jeunes filles de 14 ans, une Belge enfant gâtée, une Congolaise tentant d’échapper à la pauvreté, et une Palestinienne révoltée contre l’occupation, qui toutes trois parlent de leurs rêves et de leur futur.

Un festival à revisiter l’an prochain, sans aucun doute.

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