Arles, suite et fin (6)

Joao Pina, Condor, vue d'exposition

Joao Pina, Condor, vue d’exposition

en espagnol

Après la paresse estivale, une petite liste des autres expositions arlésiennes qui m’ont intéressé (et aussi quelques déceptions).

William Kentridge, More Sweetly Play The Dance, 2015, vue d'exposition

William Kentridge, More Sweetly Play The Dance, 2015, vue d’exposition

D’abord, l’installation de William Kentridge (je sais, c’est LUMA, pas les Rencontres, mais bon), comme toujours fascinant : une procession lente sur huit écrans, une scansion de l’espace, des personnages étranges et attachants, qui, parfois, disparaissent dans les fentes entre les écrans pour renaître quelques secondes plus tard, des fanfares, des têtes coupées sur des piques, des squelettes qui dansent, la révolution.

Sid Grossman, ST, 1947-1948

Sid Grossman, ST, 1947-1948

 

Ensuite la remarquable (re) découverte de Sid Grossman, photographe censuré, occulté du fait de ses positions politiques, si doué pour retranscrire l’énergie de la ville, mais qui, à la fin de sa vie, persécuté par le FBI, se retire du monde et devient plus contemplatif et moins percutant.

Joao Pina, Série "Absurde". Esteban Echeverría, Argentine, septembre 2011

Joao Pina, Série « Absurde ». Esteban Echeverría, Argentine, septembre 2011

Et enfin le travail de Joao Pina sur l’Opération Condor : dès l’entrée (en haut), une double rangée de victimes vous prend à la gorge, des portraits en pied de Brésiliens pourchassés de pays en pays, une haie d’honneur tragique. « Un cri figé dans le temps » dit l’artiste, qui revisite les lieux de torture, les procès et les tortionnaires encore en liberté, jusqu’à l’absurde de l’avion d’où on jetait les prisonniers à la mer, aujourd’hui reconverti en objet publicitaire pour un magasin de matériaux de construction dans la banlieue de Buenos Aires.

Claude Schwartz, D'où viens-tu Johnny ? 1963

Claude Schwartz, D’où viens-tu Johnny ? 1963

Ensuite des endroits où on rit : Sarkozy et Johnny à cheval en Camargue, aussi mauvais cavaliers l’un que l’autre, au milieu d’une exposition très documentaire sur le western en Camargue.

Barry van der Rijt, Erreurs exquises (glitch numérique) 2015

Barry van der Rijt, Erreurs exquises (glitch numérique) 2015

Les habituelles collections de bizarreries d’Erik Kessels, présentées comme des curiosités ou des gadgets illusionnistes, alors que certains travaux montrés là (Joachim Schmid, Barry van der Rijt, Timm Ulrichs) auraient mérité des développements plus sérieux.

Le Professeur Choron jouant au bilboquet, vue d'exposition

Le Professeur Choron jouant au bilboquet, vue d’exposition

Et l’ineffable exposition Hara Kiri, où on rit du début à la fin. Quand Hollande l’a visitée, les photographes du cortège officiel furent interdits de photo dans ces salles, de crainte qu’un rapprochement Flamby-Choron ne soit trop explosif.

Le visage de la statue de la Liberté, 17 juin 1885

Le visage de la statue de la Liberté, 17 juin 1885

Bien d’autres expositions de qualité, je ne peux parler de tout (mais, en bon stakhanoviste, j’ai TOUT vu, sauf une) : les superbes tirages Fresson couleur de Bernard Plossu dans l’Ouest américain, la belle histoire de Lady Liberty (dommage que l’extraordinaire travail de Danh Vo ne soit pas évoqué), la collection de photos de travestis en tout genre (j’ai aimé les travestissements des acteurs amateurs dans les camps de prisonniers, tension entre virilité militaire et distraction féminine).

Eric Baudelaire, série Of Signs and Senses, 2009, (Paradise Magazine n3 p.71, Yokohama, 2008)

Eric Baudelaire, série Of Signs and Senses, 2009, (Paradise Magazine n3 p.71, Yokohama, 2008)

J’ai été un peu déçu par l’exposition sur la réutilisation des images : certaines œuvres posent des questions non seulement esthétiques mais politiques, comme l’excellent critique David Campany analysant le rôle du figurant à partir de l’image de plateau d’un film du jeune Hitchcock, Eric Baudelaire questionnant la censure morale japonaise à partir d‘images de magazines où le sexe et la pilosité ont été soigneusement grattés par les employés de la censure, et la trame de l’image ressort, ou Broomberg & Chanarin recomposant l’image d’une exécution en Iran. Mais l’exposition ratisse large, trop large sans doute, et la pertinence du travail de Malik Ohanian ou d’Artavzd Pelechian, des cartes postales (très à la mode) de Mrs Merryman et de quelques autres, reste à démontrer.

Daisuke Yokota, ST, 2016, vue d'exposition

Daisuke Yokota, ST, 2016, vue d’exposition

Un peu déçu aussi par les sélections du Prix Découverte : j’ai voté pour Daisuke Yokota, déjà remarqué l’an dernier, pour son travail sur le médium photographique, sa création d’un monde flottant et fantasmatique, tout en sachant bien que mon intérêt pour ce domaine n’est pas mainstream. C’est l’Ougandienne Sarah Waiswa qui a gagné, un beau travail sur une femme albinos et ses tentatives de s’affirmer dans un monde hostile, où les objets (lunettes, perruque, etc.) sont présentés à côté des photos, effet un peu gadget. Plus intéressants étaient les deux artistes sélectionnés par Florian Ebner, Frank Berger et Stephanie Kiwitt, car tous deux travaillaient sur le temps, sur l’avant et l’après, sur l’intemporel et l’évanescent. Le reste était assez moyen, et parfois noyé dans un baratin qu’on croyait banni à jamais de ces lieux, et qui dessert l’œuvre plus qu’autre chose.

Yann Gross, The Jungle Show, vue d'exposition

Yann Gross, The Jungle Show, vue d’exposition

Il est donc temps d’en venir aux déceptions… Je suis tout à fait pour la créativité scénographique et ne crois pas qu’une exposition doive nécessairement consister en un triste alignement de cadres toujours identiques, mais quand la mise en scène est telle qu’elle empêche de voir les photographies correctement et qu’il faut se rabattre sur le livre (par ailleurs excellent), ce qui est le cas de l’exposition de Yann Gross sur l’Amazonie, c’est bien dommage. Mais il y a pire : c’est quand la scénographie (musique incluse) semble n’être là que pour nous empêcher de voir la médiocrité des photographies, banales images de rue à Dublin, et c’est le cas d’Eamonn Doyle : de la poudre aux yeux, rien de plus.

Phil Degginger, Girl with braces, 2016, exposition de Elad Lassry

Phil Degginger, Girl with braces, 2016, exposition de Elad Lassry

Et je ne dirai rien sur le reste, musiques maliennes, studios de Nollywood, Ovnis et monstres divers, appareils dentaires et discours abscons, et autres pittoresques. Mais, dans l’ensemble, c’est quand même une très bonne édition, équilibrée, diverse, stimulante et audacieuse.

Photos Condor (Joao Pina), Sid Grossman et Western Camarguais (Claude Schwartz) provenant du site des Rencontres. Photos Eric Baudelaire et Yann Gross provenant des sites des artistes. Autres photos de l’auteur.

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Une réflexion sur “Arles, suite et fin (6)

  1. Coronel Teersa dit :

    Merci pour cette belle visite, on apprend, on sourie et on réfléchi sur le rôle des critiques..j’aimerai bien un article sur la banalité de l’image dans ce monde d’images

    J'aime

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