Hommages et coups de gueule (Biennale de São Paulo)

Gilvan Samico, Ascensão, 2004

Gilvan Samico, Ascensão, 2004

en espagnol

Beaucoup d’hommages dans cette Biennale, presque tout le troisième étage leur est consacré : Öyvind Fahlström d’abord, dont le lien avec le Brésil est assez ténu (il en partit à 11 ans), et Lourdes Castro, dont on revoit ici le Livre Rouge présenté à Lisbonne, mais aussi le cinéaste expérimental Jordan Belson avec des dessins inédits, et surtout son film Samadhi. Mais ma véritable découverte fut celle de Gilvan Samico : de cet artiste du Nordeste, on voit ici une quarantaine de gravures sur bois, dont le style pur frappe immédiatement par sa rigueur, sa composition verticale symétrique, souvent dichotomique, et sa finesse. Les thèmes s’inspirent des récits populaires, des légendes et des mythes de sa région d’origine et en particulier de la littérature de cordel, mais le plus souvent ils les transcendent et gagnent une dimension universelle, de la création du monde au déluge; outre un rapprochement avec l’héraldique, le plus proche me semble être l’art mésopotamien, ses personnages hiératiques et sa planéité. S’intéressant davantage à l’artiste, on découvre sa formation empirique et ses liens avec l’art populaire. Un beau livre sur lui (malgré la pompeuse préface).

Gilvan Samico, A fonte, 1995

Gilvan Samico, A fonte, 1995

Je pourrais encore vous parler des colonnes animées de Cristiano Lenhardt, des plats illustrés de Dalton Paula (ci-dessous), des robots d’Hito Steyerl, du restaurant de l’agréable Jorge Menna Barreto, de l’amusant et déconcertant plancher sauteur de José Bento, de l’éventail évolutionniste de Mariana Castillo Deball, de Pilar Quinteros jouant aux explorateurs, ou des empreintes sensuelles des corps de danseurs dans l’argile de Rita Ponce de León, mais je veux finir sur deux coups de gueule.

Dalton Paula, Rota do tobaco, 2016

Dalton Paula, Rota do tobaco, 2016

Si l’image de l’artiste français dans le monde est celle d’un pseudo-penseur prétentieux jouant superficiellement avec les mots et les signes aux dépens de toute profondeur intellectuelle, et préférant les clins d’œil et l’esthétique de bazar à la réflexion, alors la France est remarquablement bien représentée dans cette Biennale : on découvre d’abord une petite photographie d’un squelette desséché au flanc d’une colline, et le titre nous apprend que la colline se nomme « Dead Indian Hill ». Point. Que voilà une oeuvre d’une grande profondeur ! Du même (car les paresseux ou « trendy » ou désabusés ou résignés curateurs de la Biennale n’ont choisi qu’un seul artiste français), après un film esthétisant en macrophotographie sur un  morceau d’ambre avec insectes fossilisés, qui rappelle les séances « Connaissance du Monde » de mon enfance provinciale, musique comprise, on culmine avec un élevage de mouches (sans doute là pour que l’artiste explore leur fondement), censées être les cousines de celles fossilisées, qui bourdonnent dans une pièce en surpression d’où elles parviennent parfois à s’échapper pour accroître l’irritation du visiteur. Chapeau ! Une merveilleuse démonstration du « génie français »! Ce n’est pas ça qui va me faire changer d’avis

Mon second coup de gueule est politique : l’artiste israélienne Michal Helfman présente, dans une installation compliquée, l’histoire vraie d’une de ses compatriotes, Gal Lusky, qui se fait passer pour une Américaine mariée à un musulman pour infiltrer des mouvements de résistance syriens sous couvert d’aide humanitaire : un projet financé par les Affaires Étrangères israéliennes (c’est écrit sur le cartel), et habillé d’un discours artistique peu convaincant. On ne peut que se référer au mail d’Hillary Clinton révélé par Wikileaks (« The best way [for the US] to help Israel … is to help the people of Syria overthrow the regime of Bashar Assad ») et se demander ce que cette propagande fait dans une Biennale…

Bon, deux trucs nuls pour beaucoup de découvertes agréables et enrichissantes, ne pas me plaindre…

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