De l’aérien et de l’obscur (à Inhotim)

Tunga, vue du pavillon psychoactif

Tunga, vue du pavillon psychoactif

en espagnol

en anglais

Je ne sais si Tunga est « le meilleur » artiste d’Inhotim et ce genre de palmarès n’est pas très intéressant (l’artiste, décédé il y a peu fut apparemment à l’origine du projet, suggérant à Bernardo Paz de créer un musée), mais je trouve que ses deux pavillons sont les plus réussis du site. Le principal est un grand bâtiment ouvert sur la forêt à laquelle il est relié par une douzaine de hamacs rouges surdimensionnés; si au centre, dans la cave, on voit un de ses films, le reste est baigné de la lumière extérieure, animé par une légère brise, voire distrait par quelques gouttes de pluie. On y retrouve la magnifique installation qu’il montra au Louvre il y a onze ans, autour de la confrontation de deux mondes, mais aussi de nombreux travaux autour des fluides organiques (qui, parfois, rappellent Chen Zhen), comme Frascos expandidos, 2009, ci-dessous).

Tunga, Cooking Crystals Expanded, 2009

Tunga, Cooking Crystals Expanded, 2009

L’autre pavillon de Tunga, True Rouge, est une structure vitrée au bord d’un petit lac; y flottent des méduses rouges, marionnettes suspendues remplies d’un liquide visqueux du plus bel effet, organique et symbolique, mystérieux et inquiétant, sombre mais baigné de lumière.

Doug Aitken, Sonic Pavillion, 2009

Doug Aitken, Sonic Pavillion, 2009

Tout aussi aérien et lumineux est le pavillon cylindrique conçu par Doug Aitken au sommet d’une colline : il a percé là un trou de 200 mètres de profondeur, au fond duquel des microphones captent les sons de la terre, sons telluriques, bruits chtoniens ou échos des mines d’alentour. On reste longtemps dans ce pavillon si pur, si simple, entouré de montagnes, on y attend le coucher du soleil et on y médite en écoutant ces sons inconnus qui résonnent étrangement en nous comme notre battement de cœur ou celui de notre fils à naître. Une expérience unique. Moins inattendue, mais tout aussi captivante est la petite construction de Dan Graham au bord de l’eau, cercle inscrit dans un triangle, où le regard peine à distinguer le dehors du dedans.

Lygia Pape, Ttéia 1C, 2002

Lygia Pape, Ttéia 1C, 2002

Mais là finit la transparence. Le reste est béton, obscurité, au mieux cavernes profondes cachées du jour, au pire salles ordinaires d’exposition. Mais, dans ces bunkers, les œuvres intéressantes sont légion. De Lygia Pape, dans la pénombre à l’intérieur d’un diamant blanc hermétique, ces colonnes d’air obliques à peine cerclées de fil de fer qu’intersectent des colonnes de lumière : un travail silencieux et fragile, qui change d’aspect quand on se déplace, d’une légèreté incertaine mais rigoureuse. De Hélio Oiticica et Neville d’Almeida, dans un pavillon tout aussi hermétique, au bout de cinq couloirs sombres d’ardoise et de velours obscur, cinq salles à expérimenter, chacune dédiée à un utilisateur (présumé) de cocaïne (Cosmococa) : pour Yoko Ono, un tapis de mousse sur lequel sauter; pour Marilyn Monroe, des ballons et du sable couvert de plastique; pour Jimmy Hendrix, des hamacs où se prélasser doucement en regardant ses concerts; pour John Cage, une piscine (dans laquelle le visiteur peut entrer) et le son d’un piano préparé (la cinquième salle, Trashiscapes, était fermée). L’essentiel est bien sûr l’interaction du spectateur et de l’oeuvre, sa participation et l’abolition de la distance entre la vie et l’art, ce qui est quelque peu contradictoire, à mes yeux, avec cette architecture fermée, cette présentation, là encore, en saint des saints.

Adriana Varejâo, Celacanto provoca maremoto, 2004 2008

Adriana Varejâo, Celacanto provoca maremoto, 2004 2008

Dans le pavillon tout aussi clos d’Adriana Varejão, qui fut l’égérie du lieu, on retrouve ses parois éventrées pleines de tripes sanglantes qui débordent et ses murs de saunas rigoureusement géométriques, des carreaux de plantes hallucinogènes et d’oiseaux exotiques, mais la pièce la plus étonnante est ce « cœlacanthe responsable d’un tsunami », ensemble de 184 carreaux (en fait des toiles peintes) censés représenter un tsunami, courbes ondulantes et vagues déferlantes, assemblés en désordre, comme après la catastrophe, mais où subsistent le mouvement et le vertige; ici et là apparaissent des angelots mulâtres, renversés par la vague, comme dans cette église d’Olinda où des azulejos portugais ont été assemblés en désordre, dans un collage absurde et surréel.

Demain, reste de la visite, en plus classique.

Photos de l’auteur, excepté Lygia Pape.

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