Le paradis perdu

Le MAAT vu du Tage

en espagnol

Ce nouveau bâtiment est superbe ! A côté de l’ancienne centrale électrique reconvertie en musée, EDP (Energies du Portugal, dont le principal actionnaire est chinois) a, via sa Fondation, construit ce musée d’art, d’architecture et de technologie avec l’architecte Amanda Levete. On dirait une vague, douce et lumineuse au bord du Tage. Ceci pour la coquille. Qu’y a-t-il à l’intérieur ? D’abord, pendant plusieurs mois, rien : l’inauguration en octobre 2016 n’en était pas une, et, à part un petit truc sans grand intérêt de Gonzalez-Foerster, le musée était vide (et fermé la plupart du temps) jusqu’à il y a un mois.

Alain Bublex, Paysage 81 (Fantôme Plan Voisin de Paris – V2 Circulaire secteur C6), 2009

Aujourd’hui, pour l’essentiel, l’espace du nouveau bâtiment est occupé par une exposition sur l’Utopie (jusqu’au 21 août). C’est un espace difficile à meubler, aux salles contournées et biscornues : l’esthétique architecturale semble avoir primé sur l’efficacité muséale (mais je ne suis pas un expert en muséologie, ce n’est qu’une impression). Qu’est-ce que l’utopie aujourd’hui, vous demandez-vous ? Vous n’aurez là qu’une réponse partielle, tout entière dominée par l’architecture et l’urbanisme. Ce n’est pas inintéressant, souvent un peu trop technique (pour qui n’est pas architecte; maquettes et plans à profusion). On y retrouve les « suspects habituels », Alain Bublex (avec d’ailleurs une très bonne critique du plan Voisin et des tendances normatives, limite fascisantes, de Le Corbusier), Gaillard, Faustino, etc. Mais où sont passées les autres utopies, philosophiques, morales, sexuelles, politiques, féministes, écologiques, agricoles même ? Tout doit-il ainsi être réduit à la cité, à son plan, à ses constructions ? Ce n’est pourtant pas la matière qui manquait, de Moore à Houellebecq. Dommage.

Hector Zamora, Ordem e Progresso, ph. M. Lenot, 22 mars 2017

Hector Zamora, Ordem e Progresso, ph. M. Lenot, 23 mars 2017

Hector Zamora, Ordem e Progresso, ph. V. Parravicini, fin mars 2017

Au centre du bâtiment, une salle ovoïde, comme une mandorle, où des lignes douces vous conduisent vers le plateau : sans doute l’endroit intérieur le plus beau du musée. Jusqu’à il y a quelques jours, le sol de ce plateau était jonché de débris de bois. Le jour de l’ouverture se trouvaient là sept bateaux de pêche traditionnels, en plus ou moins mauvais état. Le lendemain, 25 ouvriers, tous noirs, en bleu de chauffe et casque blanc, vinrent détruire ces bateaux de manière très professionnelle, ni enragée ni frénétique, dans le bruit et la poussière. Cette installation/performance d’Hector Zamora est le plus souvent lue selon des thématiques économiques ou sociales. J’y vois surtout une apologie de la ruine, du désastre, une véritable dystopie, justement : nous avons détruit nos vaisseaux, il n’y a pas de retour en arrière possible, pas de sauveur. Le paradis enchanté est perdu.

Nuno Nunes-Ferreira, Une fois j’ai envoyé 16 lettres en un seul jour. On m’a dit que le facteur est passé trois fois chez ele ce jour là, 2015

Enfin, dans l’ancien bâtiment, vite vue, l’exposition « Ce que je suis« , à partir de la collection EDP d’artistes portugais, est assez disparate mais comprend des pièces très intéressantes sur l’identité, en particulier de Sao Trindade (son corps abandonné, jeté au sol, quasi mort) et de Nuno Nunes-Ferreira (une archive des lettres de son père, soldat en Angola, à sa mère).

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Une réflexion sur “Le paradis perdu

  1. Frank Einstein dit :

    « EDP (Energies du Portugal, dont le principal actionnaire est chinois) a, via sa Fondation, construit ce musée d’art, d’architecture et de technologie avec l’architecte Amanda Levete. »
    Il manque un acteur fondamental, bien qu’il n’ ait AUCUN pouvoir de décision sur les choix fondamentaux: le citoyen portugais.
    Le principe général des fondations est: « tu paies, je décide, et tu n’as aucun pouvoir de décision sur ce que moi, entreprise, je décide de faire ».
    Participer à la vie culturelle d’un pays, pour une entreprise, consiste d’abord à payer ses impôts (ohé, Microsoft, Apple, Google et autres, vous entendez?)

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