Carla Cabanas ou l’impossibilité de voir

arla Cabanas, A Mecânica da Ausência, 2017, vue d’exposition, photo de l’auteur

en espagnol

L’exposition de Carla Cabanas, à la galerie Carlos Carvalho à Lisbonne jusqu’au 16 septembre, La Mécanique de l’Absence, pourrait être décrite comme une tentative de ne pas laisser voir des photographies. La salle principale est un labyrinthe de légers voiles de tulle suspendus, entre lesquels on navigue dans la pénombre et sur lesquels sept projecteurs de diapositives envoient les images, avec le clic habituel et nostalgique (pour moi, en tout cas). Ce sont des images (vraiment) vernaculaires, de voyages et de pique-niques, des scènes que nous connaissons tous, elles aussi empreintes de nostalgie années 50. Mais les voiles de tissu, aériens, gondolent et tremblent un peu, l’image y est flottante; elle traverse le voile pour atterrir sur les murs, où elles sont floues, moins lumineuses, envahies par les ombres des visiteurs qui s’immergent dans le dispositif, et, d’un projecteur à l’autre, elles se superposent et s’emmêlent.

Carla Cabanas, A Mecânica da Ausência, 2017, vue d’exposition. Photo du commissaire Sérgio Fazenda Rodrigues

Ce ne sont pas les sujets des images qui disparaissent, c’est notre capacité à les voir, les identifier, les saisir: In fine, l’image ne transmet quasiment plus rien des informations dont elle est le dépositaire, et il n’est plus question que de son immatérialité et de notre incapacité à établir un rapport avec elle. Au lieu d’utiliser la partie de notre cerveau qui voit, analyse et comprend, nous n’utilisons plus que ses zones sensibles, où nous jouissons d’une expérience peu compréhensible, nous entrons dans un état de rêve.

arla Cabanas, A Mecânica da Ausência, 2017, vue d’exposition. Photo de l’artiste

La salle voisine joue aussi avec l’invisibilité : dans la semi-obscurité, trois caissons lumineux, mais tournés vers le mur, laissant échapper un peu de lumière. À l’intérieur, on peut voir, malaisément, une photo, ici un pique-nique (dont une des participantes pointe un appareil vers nous, vers le photographe), là un point de vue, ou bien une rencontre. Ce sont des images que vous ne verrez que  tout près, de biais, avec mal, dont vous ne pourrez jouir posément. Que reste-t-il de ces images ? Elles transmettent un souvenir, mais nous ne savons pas comment le capter, nous ne pourrons nous en souvenir que de forme vague et fantasmée, rêvée, déformée: Ces choix d’images, cette mise en situation, cet échec de la vision, construisent un endroit qui n’est plus d’exposition, mais de découverte, de participation et de réflexion.

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