L’envers du décor (Susanna Pozzoli)

Susanna Pozzoli, Handmade, Korean Way, 2010

en espagnol

La photographe italienne Susanna Pozzoli a réalisé pendant trois mois en 2010 un travail sur des maîtres-artisans  coréens, potiers, brodeuses, calligraphe sur bois, papetier, fabricants de tambour, de bols de métal ou de petits ornements en fil noué : des portraits des artisans et des images de leurs chefs-d’oeuvre, tout à fait dans la lignée de ses recherches sur les métiers d’art et l’artisanat. Mais peut-être (simple hypothèse de ma part) que cette beauté, cette maîtrise sont, à la longue, un peu lassantes, peut-être que la contemplation de cette perfection engendre parfois des envies de sale, de désordre, de laid, de transgression, de regard autre, ne serait-ce que pour maintenir un certain équilibre. Alors Susanna Pozzoli a aussi photographié l’envers du décor, les coulisses, les rebuts, les traces, les échecs, tout ce qui d’ordinaire ne se montre pas, tout ce que ces maîtres souhaitent dissimuler, et que, semble-t-il, ils ne l’ont laissé regarder qu’avec réticence et incompréhension. Son exposition au Salon H (jusqu’au 2 décembre) montre cet envers.

Susanna Pozzoli, Handmade, Korean Way, 2010

On y voit peu d’objets réussis, de produits finis, peu d’outils non plus : une bêche, des pinceaux, les pierres noircies d’un four. On ne sait pas, la plupart du temps, comment ces débris, ces fragments se relient à la fabrication des objets : si le four évoque le potier, qui peut deviner que cette masse blanche filandreuse débordant de son récipient est la trace du travail du fabricant de papier, qui peut imaginer que ce mur sale est orné des éclaboussures du potier peignant ses vases. Peu importe en fait : ce n’est pas un documentaire sur les méthodes de production de ces artisans, c’est un parcours mélancolique et décalé, une plongée dans les strates archéologiques de la beauté, une réhabilitation de l’erreur et du déchet, un retrait en face de la perfection esthétique, ou plutôt une recherche d’une beauté autre, grâce à la composition rigoureuse de ces images, à leur éclairage contrasté, et à l’opposition qui s’y fait jour entre dur et mou, entre brutalité et douceur des formes.

Photos (c) Susanna Pozzoli, courtesy de l’artiste

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