Marisa Merz : dans l’ombre de Mario ?

Mario e Mariza Merz, sans titre (tavoola per Marisa), 2003, 895x630x100 cm

Marisa Merz fut la seule artiste femme du groupe Arte povera, mais elle n’eut jamais une visibilité comparable à celle des autres membres du groupe. L’exposition à Serralves (jusqu’au 22 avril) qui a été précédemment montrée à New York et à Los Angeles  avant d’aller à Salzburg,  est donc l’occasion de découvrir son travail plutôt méconnu. Ce travail tente de trouver un équilibre entre la dimension conceptuellement révolutionnaire de l’Arte povera et une expression artistique qui trop souvent reprend bien des supposés stéréotypes féminins : une inspiration domestique, familiale, délicate, artisanale, au plus près de matériaux simples et quotidiens. L’exemple le plus frappant en est peut-être cette oeuvre faite en collaboration avec son mari Mario, où c’est lui qui conçut cette majestueuse spirale de tables en verre sur lesquelles sont délicatement posées des petites sculptures en argile de Marisa.

Marisa Merz, sans titre, non daté, 9x7x10cm

La première salle est consacrée à des séries de visages, parfois inspirés des primitifs ou de la Renaissance, en divers matériaux, certains dessinés, d’autres sculptés. Les visages sont souvent informes, comme des visions flottantes incertaines. L’utilisation fréquente d’une cotte de mailles interroge : elle dissimule les traits, elle protège non seulement du regard mais aussi des violences, elle signifie une forme de retrait, de refuge. Qu’en penser ?

Marisa Merz, sans titre, 1975, 4x23x9 cm chaque, photo Renato Ghiazza

Cette forme de retrait dans le quotidien domestique se manifeste aussi dans de nombreuses pièces, comme une broderie du nom de sa fille Bea ou comme ces jolies petites pantoufles en fil de nylon ou en cuivre tricoté. Tout cela manque un peu de force. Dans cet art original mais lisse, créatif mais sans cris, inspiré mais sans trauma, on est loin d’une Louise Bourgeois.

Photos 1 & 2 de l’auteur, photo 3 courtesy de Serralves

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