Un portrait archaïsant d’André Derain

en espagnol

L’exposition Derain au Centre Pompidou, aujourd’hui terminée, était consacrée à la décennie 1904-1914. Si bien des toiles étaient déjà connues, le but de l’exposition était une forme de réhabilitation de Derain, en faisant un aiguillon de Matisse, un instaurateur du fauvisme, un découvreur des arts premiers, un pionnier dans l’utilisation de la photographie, un découvreur des brumes londoniennes, le tout dans un cheminement logique et pictural bien compris. Mais Derain va d’intuition en intuition, toujours curieux, toujours doutant.  Il aurait été intéressant d’explorer davantage son refus de l’abstraction, que cet homme pétri de culture classique percevait, semble-t-il, comme un reniement de toute l’histoire de la peinture; le cubisme l’a renvoyé vers le classicisme, vers le « retour à l’ordre ».

André Derain, Jeune fille en noir, 1914, Musée de l’Ermitage, Saint Petersbourg

Dans ce contexte, une des salles de l’exposition m’a étonné et fasciné : juste avant la guerre, Derain peint des portraits réalistes, néo-classiques, abandonnant les chromatismes fauves et la géométrie cubiste des années précédentes. Ce sont des tableaux quelque peu archaïsants où on ressent l’influence du gothique tardif et de la première Renaissance, du Greco, voire même du Fayoum et de Byzance : les poses sont assez hiératiques, les visages purs et délicats, les couleurs sobres, les mines graves et pensives. Cette Jeune fille en noir  en est un des plus beaux exemples. On pense aussi à De Chirico, autre peintre revenu au classicisme. Mais pour Derain, ce « réalisme magique » avant l’heure n’est qu’une étape dans sa peinture, avec aussi le portrait de Lucie Kahnweilerles Deux Sœurs, Samedi. Mais ce moment suffit à le démarquer, à l’isoler de la plupart de ses amis peintres qui, alors, évoluent, eux, vers le cubisme géométrique et l’abstraction Plutôt que Collioure, L’Estaque ou La Danse, c’est ces toiles-ci, si différentes, que je souhaitais partager ici.

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