Il était une fois la Yougoslavie

Milomir Kovacevic, manifestation à Belgrade le 19 octobre 1988 pour l’unité de la Yougoslavie

en espagnol

Un pays qui n’existe plus, mais dont restent des souvenirs. Les miens datant des années 1970, et ceux du photographe Milomir Kovacevic, qui vit son monde s’écrouler, son pays disparaître, ses amis mourir ou s’exiler, comme lui, désormais Parisien. Il avait, il y a dix ans, montré un très beau travail de mémoire sur Sarajevo, et dans la même petite galerie rue Quincampoix, (jusqu’au 24 février), il expose aujourd’hui d’autres images d’antan. De ce pays détruit par des forces centripètes, des interférences étrangères, des querelles fratricides, des guerres prétendument de religion (alors que je me souviens de la tolérance et du vivre-ensemble à Sarajevo il y a 40 ans), des batailles de langues et de cultures artificiellement construites (autrefois on y parlait, presque partout, le serbo-croate), que reste-t-il aujourd’hui, sinon des ruines et des souvenirs ?

Milomir Kovacevic, Jeune pionnier à Sarajevo

Les souvenirs ce sont les pionniers, posant fièrement devant des dessins patriotiques, respirant une joie de vivre non feinte (même si la Yougoslavie de Tito était loin d’être une démocratie), la jeunesse et les parades, les concerts et les compétitions sportives.

Milomir Kovacevic, Bibliothèque nationale de Bosnie Herzégovine en feu, Sarajevo, 26 août 1992

Quand le pays tremble sur ses bases, certains manifestent pour son unité (photo du haut) alors que d’autres tentent de faire aboutir leurs revendications ethniques et religieuses. Quand la guerre éclate, les guerres plutôt, tout se délite. Une des images les plus marquantes est sans doute celle de l’incendie de la bibliothèque nationale de Bosnie-Herzégovine à Sarajevo.

Milomir Kovacevic, Portrait de Tito dans la vitrine de l’Office du Tourisme de Sarajevo, mai 1992

Aujourd’hui les portraits officiels de Tito sont détruits ou laissés à l’abandon, mais, lors de ma dernière visite, il n’était pas rare de voir son effigie dans une maison ou sur le tableau de bord d’un taxi, comme une nostalgie impossible.

Milomir Kovacevic, Monument en hommage à une bataille de la Deuxième Guerre Mondiale, Tjentiste, République Serbe, Bosnie Herzégovine, mars 2017

Après la deuxième guerre mondiale, de nombreux monuments en l’honneur des Partisans furent érigés dans tout le pays, monuments abstraits, formels, constructivistes (aux antipodes de nos si classiques monuments aux morts). La plupart sont aujourd’hui laissés à l’abandon (un album photographique et une base de données leur ont été consacrés). Les photographies par Kovacevic de deux d’entre eux, tous deux en Bosnie, apparaissent dans l’exposition, celui de Makljen, complètement détruit, et celui de Tjentiste (une bataille où Tito fut blessé mais parvint à s’échapper). Les formes abstraites de ces monuments traduisaient une énergie de l’histoire et du lieu qui s’est depuis dissipée au fil du temps. La supposée « fin de l’histoire » en a fait de pures sculptures vidées de leur sens premier, des variations modernistes de la ruine romantique. Plus que les images-souvenirs, plus que les représentations décrépites de Tito, ils sont peut-être le meilleur symbole de cette disparition de la Yougoslavie que Milomir Kovacevic nous fait éprouver.

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