Urban Riders (Mohamed Bourouissa)

Mohamed Bourouissa, The Ride 2017, Tirages argentiques couleur et noir et blanc sur plaques de métal, carrosserie, peinture, aérosol, vernis.

en espagnol

Mohamed Bourouissa* s’est intéressé aux dealers de cigarettes, aux chômeurs de Pôle Emploi, aux jeunes fréquentant les Halles, aux détenus, produisant à ces occasions des travaux à la fois innovateurs et stimulants, voire dérangeants, et qui, le plus souvent, sortaient du cadre de l’exposition classique ; il n’est donc guère surprenant que, à Philadelphie, il ait monté un projet multiforme avec des cavaliers afro-américains montant dans une écurie d’un quartier défavorisé, et que ce projet ne se limite pas à cette exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (jusqu’au 22 avril), mais ait démarré par un festival Horse Tuning Day, le 13 juillet 2014, dans ce quartier de Philadelphie.

Mohamed Bourouissa Sans titre, 2014. Photographie couleur : Lucia Thomé , courtesy MAMVP, l’artiste et Kamel Mennour

Mais, cette fois-ci, contrairement aux précédentes, ça ne fonctionne pas très bien, ni, disons, politiquement ou conceptuellement, ni esthétiquement. Tout d’abord, s’intéresser à des Afro-américains qui imitent les cow-boys devrait poser quelques questions politiques : comment des dominés, noirs, adoptent-ils le masque et la posture des dominants, blancs ? Les Indiens et leur génocide sont totalement absents du discours, John Wayne (« Was he black or white, man ? « ) est le modèle absolu, et la fiction hollywoodienne du bon et noble cow-boy semble s’imposer à tous, et être rediffusée par ceux-là mêmes qui auraient quelque raison de la remettre en question. Citer Frantz Fanon et Eldridge Cleaver dans l’interview qui accompagne l’exposition n’est pas tout à fait suffisant pour excuser cette myopie politique. De plus, pour quiconque a un peu fréquenté les chevaux, ces cavaliers montent « à la cow-boy », c’est-à-dire comme des brutes, des maniaques du rodéo, ils brutalisent leurs montures et on est aux antipodes de l’équitation éthologique (la scène où un poney terrorisé ne veut pas sortir de son box en est exemplaire) : de manière simpliste, on pourrait penser que, dominé par le Blanc, le Noir ne peut exercer sa violence que contre son inférieur, en l’occurrence son cheval.

Mohamed Bourouissa Sans titre, 2013. Photographie couleur 160 x 111,5 cm Courtesy MAMVP, l’artiste et Kamel Mennour

Sur un plan formel, l’exposition est un grand remplissage : beaucoup de dessins et aquarelles (qu’ils soient importants pour l’artiste, soit, mais ils n’apportent pas grand chose au propos de l’exposition, au -delà du « making of »), le comble du ridicule étant que certains sont faits avec du jus de crottin de cheval …. Dans ce bric-à-brac, on remplit avec des affiches, une pseudo-sellerie, les photos de famille d’un des cavaliers, avec tous les accessoires réalisés par des artisans/artistes pour l’occasion (dont certains, crédités à la va-vite, sont un peu connus : Jes Gamble, Max Lussenhop, Shelby Donnelly, Jesse Engaard, mais ne semblent pas, pour la plupart, être originaires du même quartier que les cavaliers), et des ateliers, sans doute intéressants (autour de Hessie,  d‘Abdallah Benanteur et d‘Ahmed Cherkaoui), mais sans grand rapport avec le thème de l’exposition. Tout ce parcours pour arriver enfin au film, pièce centrale de l’exposition.

Mohamed Bourouissa, The Hood 2017, Tirages argentiques couleur et noir et blanc sur plaques de métal, carrosserie, peinture, aérosol, vernis;

Sauf que, dans la salle derrière, se trouvent les pièces les plus intéressantes de l’exposition, celles qui sortent de l’anecdote et du délayage pour offrir une vraie proposition plastique de bien meilleure qualité que le reste. Ce sont des sculptures murales faites de pièces de carrosserie de voitures, assemblées entre elles pour construire des combinaisons monstrueuses sur lesquelles Bourouissa a fait reproduire des photographies (de cavaliers, mais bon …). Cette combinaison de la sculpture et de la photographie est bien plus convaincante plastiquement que les bizarres objets photographiques présentés dans ce même musée par Jan Dibbets, on pense surtout aux sculptures de John Chamberlain, mais celles de Bourouissa semblent plus pures, moins exubérantes. Cette dernière salle sauve l’exposition.

*nominé pour le Prix Marcel Duchamp

Photos 2 & 3 courtesy du MAMVP

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