Jean Fautrier, enragé et informel

Jean Fautrier, Otage aux mains, 1942, huile sur papier marouflé sur toile, 46x55cm, CP

en espagnol

De Jean Fautrier, je connaissais surtout les Otages , cette série de tableaux matiéristes, quasiment tous semblables, à la pâte épaisse vigoureusement travaillée, aux taches blanches écrasées, aux teintes mordorées,  couleurs douces qui choquèrent André Malraux, lequel jugeait « complaisante » cette beauté, pour lui incompatible avec le drame, alors justement que Fautrier voulait, je crois, transcender l’horreur dans une esthétique de résistance, pour tenter de figurer l’irreprésentable (on peut penser à Dubuffet, mais leurs approches sont bien différentes). De lui, je connaissais aussi le portrait au vitriol qu’en fit Angie David à la fin de sa biographie de Dominique Aury (alias Pauline Réage) : un homme violent avec sa compagne, entouré d’un harem, échangiste mais jaloux, alcoolique et furieux, « enragé » à l’humeur sauvage (ce sur quoi la biographie dans le catalogue passe discrètement).

Jean Fautrier, Petit nu noir, 1926, huile sur toile, 35x27cm, CP

Cette exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (jusqu’au 20 mai) est l’occasion de découvrir bien d’autres facettes de sa peinture (et sa sculpture, peu connue), non seulement ses oeuvres de jeunesse, plutôt réalistes et primitivistes, et ses superbes paysages glaciaires, mais surtout sa période noire, où nus et animaux se fondent dans une monochromie tragique. J’ai aussi été étonné par le Christ vu d’en haut, vision rare, et rare allusion à la religion dans son travail (ci-dessous).

Jean Fautrier, L’Enfer de Dante, Chant II, 1930, lithographie couleur et pastel sur papier, 22x28cm, CP

Si , ensuite, ses forêts et ses arbres sont à la frontière du réalisme et de l’abstraction, c’est dans sa série sur l’Enfer de Dante (qu’il détruira, furieux, quand elle ne sera pas publiée par Gallimard) que se manifeste le plus son « art informel », sa capacité à s’affranchir de la représentation, du mimétisme, en jouant sur les contours et sur le schématisme.

Jean Fautrier (1898-1964). « L’encrier (de Jean Paulhan) ». Huile sur papier marouflé sur toile. 1948. Paris, musée d’Art moderne.

La facture des Otages se retrouve dans de nombreux autres tableaux, de La Juive de 1943 aux Partisans (hongrois) de 1956, et aux petits objets qu’il peint à la fin de sa vie, comme cet encrier entre tache et phrase (encrier dit de Jean Paulhan), signe aussi de sa proximité avec de nombreux écrivains (Francis Ponge en particulier).

Jean Fautrier, Le Christ en croix,1927, huile sur toile, 155.5x90cm, Collection Centre Pompidou en dépôt au MUba Tourcoing

Un peintre dont la réputation fut à éclipses, souvent mal aimé, parfois redécouvert. Une exposition plutôt complète et un beau catalogue.

Photo 4 courtesy du MAMVP

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