Lire Wittgenstein, de nouveau

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

en espagnol

La galerie Cristina Guerra exposait (jusqu’au 24 février) trois vidéos et une installation) de Juliao Sarmento, je reprends mon texte de 2012 sur la vidéo R.O.C. (40 plus one), vue alors chez Templon, en y ajoutant deux mots sur les deux autres vidéos.

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

 

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

Les Remarques sur les couleurs (R.O.C.), un des derniers ouvrages de Ludwig Wittgenstein, n’est pas un livre d’un abord très aisé, voire même difficile et essentiellement opaque, posant la question de la relativité des couleurs et de leur ‘langage’. Si vous ne vous sentez pas d’attaque pour l’étudier sérieusement et en faire l’exégèse, vous pouvez en faire l’économie en alant voir la vidéo R.O.C. (40 plus one) de l’artiste portugais Juliao Sarmento, dans son exposition Quelques jeux interdits. Je suis à peu près certain que vous écouterez (et/ou lirez en sous-titre) avec la plus grande attention les premières quarante propositions de l’ouvrage de Wittgenstein, ainsi que la 53ème.

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

Juliao Sarmento, R.O.C. (40 plus one), 2011, vidéo, 17’19 »

Vous les entendrez, dans un anglais excellent teinté d’un léger accent portugais, mais non sans quelques hésitations, bredouillements et maladresses, de la bouche d’Ana Filipa Cardoso qui les déchiffre sur un prompteur invisible; la 53ème seule étant lue sur une feuille de papier, ensuite froissée et jetée à terre.  À terre, elle rejoint les habits de la jeune femme qui, tout en lisant le texte de Wittgenstein, s’est peu à peu dénudée, ôtant avec une mesure et une rigueur analytiques vêtements (et bijoux), un à un, les pliant soigneusement, les empilant méticuleusement à terre, dans un rite inexorable dont rien ne vient la distraire, cependant qu’elle égrène, sans paraître vraiment les comprendre, mais avec une sorte de rage froide et distante, les maximes wittgensteiniennes. Dans le décor pastel du Palais Pombal, elle finit assise, nue, jambes et bras croisés, nous fixant sans expression, simple vecteur, rétenteur d’attention qui a rempli son rôle et peut disparaître maintenant que nous sommes devenus disciples du maître.

Juliao Sarmento, Doppelgânger, 2001, double projection

Faces (1976) montre un baiser interminable entre deux femmes, filmé de très près et qui rapidement, perd tout érotisme et devient plutôt répugnant et grotesque (lisez le texte de Kathie Noble sur le site de la galerie). Doppelgänger (2001) joue sur l’opposition entre noir et blanc, entre intérieur et extérieur; il y a un côté Moebius dans cette vidéo, éternelle inversion, éternel recommencement, éternel féminin,  auquel Sarmento est toujours sensible (et nous aussi…)

Photos de l’auteur (en 2012), excepté la dernière (courtsey galerie Cristina Guerra)

 

Photos de l’auteur.

 

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