Distribution des Prix (Arles 3)

Wiktoria Wojciechowska, The squad of nine killed and eight wounded from the series of Golden Collages – Sparks, collage on picture from a soldier’s mobile phone’s, 2015-2016.

en espagnol

D’abord le Prix Découverte, dans une nouvelle formule sponsorisée par les galeries des artistes. Le Prix du public (nos votes) est allé à la Polonaise Wiktoria Wojciechowska (qui a aussi obtenu le Prix Madame Figaro) pour une série bien faite mais assez banale sur les conflits en Ukraine : de beaux portraits sombres de guerriers romantiques et ténébreux, mais la seule photo qui a retenu mon attention est celle où, dans le portrait d’un groupe de combattants, les morts sont devenus des fantômes dorés (galerie nantaise Confluence). Et il y a aussi cette année un Prix du jury Découverte, trois fois mieux doté financièrement que celui du public (non mais quand même…). Il est allé à la Néerlandaise Paulien Oltheten pour un travail sur La Défense, dont l’intérêt principal fut pour moi le jeu de l’artiste dans la vidéo ironique et décalée qui accompagnait les photos (galerie Filles du Calvaire).

Anton Roland Laub, Église Saint-Jean-Nouveau, Bucarest, série « Mobile Churches », 2013-2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

D’autres propositions pour ce Prix ne méritent qu’un regard distrait, hélas, mais je ne peux laisser passer le stand d’Ali Mobasser, garni de mignonnes photos de son grand-père, général commandant la police du Shah, qui fut le principal responsable de la répression sanglante contre les communistes iraniens du Toudeh : on y découvre que le policier du Shah avait un coeur, ce dont on aurait pu douter. Dans cet ensemble assez médiocre, j’ai apprécié le travail très pur du Français Thomas Hauser, présenté par l’espace nomade un-spaced dont l’installation était sans nul doute la plus complexe et réfléchie des dix propositions. J’avais voté pour le Roumain de Berlin Anton Roland Laub (galerie Kehrer) car c’était à mes yeux le travail le plus politique et historique de tous : comment, sous Ceaucescu, des églises (et une synagogue) furent déplacées dans Bucarest, comment, objets de lutte entre le communisme tout-puissant et la religion opprimée, elles s’efforcèrent néanmoins de résister à leur manière, coincées entre des immeubles, reléguées dans des lieux inhospitaliers, résistantes discrètes et obstinées. Un grand plan de la ville montrait leur déplacement sur des rails ou des rondeaux, de 14 à 289 mètres.

Hélène Bellenger, Right color, 2018

J’ai failli ne pas entrer dans la salle d’exposition colorée qui annonçait le Prix Dior titré Woman-Women Faces, car je craignais le pire (et cette exposition n’apparaît pas dans le programme). Elle présente dix jeunes diplômés d’école de photographie du monde entier. Et j’aurais eu tort : si en effet la gagnante du Prix, la Coréenne Yoonkyung Jang propose des portraits assez classiques, deux de ses compatriotes font preuve d’un peu plus de réflexion esthétique sur le sens du portrait, Jay Uk Jung (un des deux hommes sélectionnés) en jouant sur le stéréotype, et Sihyun Kim en détournant les photos d’identité, tous deux questionnant le cliché de la beauté. Ce sont deux autres photographes sortant des sentiers battus et cassant les codes, qui m’ont semblé les plus intéressantes. D’abord Hélène Bellenger, diplômée de l’école d’Arles, qui a retrouvé les recettes de maquillage qu’on utilisait au temps des films et de la télévision en noir et blanc : maquillage doublement trompeur, démontage du mécanisme d’esthétisation (et clin d’oeil vengeur à Dior, peut-être). Un travail sensible, féministe et politique.

Khoula Hamad, ST, 2018

L’autre, Khoula Hamad, vient de l’université de Sharjah (un haut lieu de l’art dans la région). Défi radical au thème de Dior, ses femmes n’ont pas de tête, elles accomplissent leurs tâches domestiques ou se détendent (toujours avec un gros réveil près d’elles), mais leur visage est absent, non pas masqué comme chez Shadi Ghadirian, mais manquant, vide. Je ne crois pas que cette décapitation visuelle ait à voir avec l’iconoclastie religieuse, mais ce pied de nez au thème proposé m’a réjoui.

Photos 1 & 2 courtesy des Rencontres d’Arles

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