Rebond visuel et combinatoire

Estefania Penafiel Loaiza, la loterie à Babylone, 2017, 4 vidéos en boucle

Ce travail d’Estefania Penafiel Loaiza (à la galerie Alain Gutharc jusqu’au 17 novembre) est né d’une résidence dans un hôpital psychiatrique. Mais ne vous attendez pas à de l’art-thérapie, ni à de l’art brut; à part la série d’images en double exposition qui retracent l’histoire de l’hôpital, le lien avec l’univers psychiatrique est ténu. Certes les vidéos de jeu d’échecs en double miroir proviennent des archives de l’hôpital, mais leur intérêt réside surtout dans le jeu lui-même et sa mise en boucle et en miroir : un des joueurs adoube, un autre va être pat (je crois), et la boucle vidéo semble en faire des forçats cadencés. De temps à autre apparaissent des extraits du palindrome de Debord. Mais les échecs sont le contraire d’une loterie (à Babylone selon Borgès), le hasard n’y est guère présent et la raison y règne, suprême; on est dès lors plus enclin à démonter le mécanisme présenté, visuel et échiquéen, qu’à s’en remettre à la fortune, bonne ou mauvaise.

Estefania Penafiel Loaiza, de l’incertitude qui vient des rêves, 2017, capture vidéo

L’exposition me semble tourner surtout autour du rebond visuel et textuel. Une vidéo montre la pupille d’un oeil reflétant un écran où est projetée la séquence de l’oeil coupé au rasoir du Chien Andalou. Cet oeil-miroir, oeil-photo, oeil-écran s’inscrit dans la lignée du mythe de l’optogramme de Bernd Stiegler et de Margarita Medeiros. Il induit un malaise, de par la sensation qu’on éprouve d’une abolition des frontières entre intérieur et extérieur, transcendant les limites du corps, mais aussi de la vision.

Estefania Penafiel Loaiza, palindrone, 2018

Rebond visuel encore que ce livre (qui n’est pas un palindrone, lui) dont les images miroirs sont triples et où le texte ne peut se lire que de manière parcellaire, tantôt dans le livre, tantôt dans l’un ou l’autre de ses reflets : c’est un dialogue posthume entre Henry Michaux dans Ecuador (livre de 1929 qui a déjà inspiré l’artiste) et l’artiste qui lui répond en espagnol. Comme le cavalier des échecs, on rebondit d’une page à l’autre, qui est la même, mais une autre, un reflet, une inversion et on tente de suivre le cheminement du dialogue.

Estefania Penafiel Loaiza, je échecs, 2018, vidéo

Tout comme la décomposition de la phrase « Je est un autre » , chaque mot sortant d’une bouche par régurgitation, 24 combinaisons différentes dont une seule est la bonne, qui sort au hasard, mais inéluctablement, une fois sur 24.

Photos 1, 3 & 4 courtesy galerie Alian Gutharc, photo 2 de l’exposition au 3bisf

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