Waiting

Samuel Beckett, Not I, vidéo photogrammes, 1972

Une exposition basée sur l’attente, pourquoi pas ? Sous l’égide de Beckett et Godot, c’est assez prometteur. Mais difficile. Comment montrer l’attente, l’espoir, l’expectative ? Cette exposition (au Musée Berardo  jusqu’au 14 avril) n’y est pas parvenue. Alors que son image promotionnelle est une des deux photographies de Serrano de la série La Morgue (là où on n’attend plus ?), mieux vaut se précipiter au fond de la galerie pour voir et revoir Not I de Beckett. Il faut s’immerger dans cette obscurité et tenter d’écouter les douze ou treize minutes de ce film : une bouche seule, émergeant à peine du noir qui cache le reste de la tête, du corps de la femme qui parle. Elle parle à toute vitesse, sa voix se rompt parfois dans un rire ou un cri, ses lèvres bougent sans cesse, comme un tir de mitraillette, comme un vagin denté ou un sphincter devenus fous. De cette logorrhée, de cette frénésie labiale, ressort, si on est très attentif, l’histoire traumatique d’une vieille femme abandonnée, quasi réduite au silence, étrangère à sa propre histoire. Mais plus que les mots, c’est la bouche qui fascine, bouche-trou, bouche-sexe, bouche-gouffre.

Gonçalo Barreiros, Sem titulo, 2016

Après cela, le reste est un peu fade, et surtout, la cohérence avec le thème de l’attente semble souvent limitée (attendre une maquette de Ferrari ?), et ne m’a guère convaincu. Par contre, plusieurs piéces évoquent l’impossibilité de voir, et le spectateur un peu désemparé peut se construire là son propre parcours de visite. Que ce soient le tableau d’un livre vide de Luisa Jacinto (qui, pour moi, évoque Aliénor d’Aquitaine et l’OuLiPo), les cassettes inutilisables de Joao Ferro Martins, le Pinocchio muet, au coin, de Pedro Cabral Santo, ou le paratexte de Gonçalo Barreiros, oú seuls les soulignements restent visibles, le texte ayant disparu (comme Camille Llobet montrant l’invisible), on est confronté à des signes qui pointent vers la lecture, l’écoute, mais la rendent impossible. La piéce la plus éloquente dans ce registre du muet est sans doute celle de Carla Cabanas qui nous présente deux photographies impossibles à voir sans contorsion.

Dalila Gonçalves, Borda, 2014

Enfin, attente ou non, une installation assez drôle du couple Sara & André qui envoient un bouquet de fleurs à des commissaires nommés pour une biennale (le bouquet pour Christine Macel a coûté 35.90€ et est très moche) : ironie critique un peu simpliste, mais distrayante. Et surtout deux pièces de Dalila Gonçalves, qui, comme toujours, avec une grande économie de moyens, réalise des oeuvres  à la fois drôles et fortes, agréables et dérangeantes, profondes et légères. La plus simple est une collection de monnaies anciennes organisées selon que la tête côté face regarde à droite ou à gauche. L’autre est un support de globe terrestre, à l’horizontal, tournant sans fin sur son axe, et l’ombre qui en résulte : ce n’est plus la terre qui tourne, c’est son support. Est-ce une attente ? Je ne sais.

Photo 2 courtesy Gonçalo Barreiros et Galerie Vera Cortês, crédit photo : Bruno Lopes. Photo 3 de l’auteur.

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