Censure transgenre : Darger n’est pas politiquement correct

Michael Bonesteel

En espagnol

En rédigeant ma récente critique du livre sur Henry Darger, dans lequel Michael Bonesteel a écrit un essai, j’ai découvert, au hasard d’un click, les mésaventures de Bonesteel. Cet Américain sexagénaire est l’auteur d’un des livres de référence sur Darger, “Henry Darger: Art and Selected Writings,” en 2001. Il a commencé à enseigner en 2003 à la fort réputée SAIC, School of the Art Institute of Chicago ; n’ayant qu’un modeste BA de l’Université du Wisconsin, et pas de Ph.D., il n’était que « Adjunct Professor » (et donc sans « tenure », aisément révocable). Ses cours portaient sur l’art outsider et sur les comic books.

Henry Darger

Le 12 décembre 2016, dans son cours sur l’art brut, il a présenté le travail d’Henry Darger et il a émis l’opinion que les petites filles au pénis étaient le résultat de violences sexuelles traumatiques que Darger aurait subies enfant. Un étudiant transgenre nommé Jos Demme s’est dit offensé par cette assertion, lui-même étant transgenre mais n’ayant jamais subi de violences sexuelles, disant que l’identité sexuelle ne résultait pas d’un traumatisme ; il a ajouté qu’il n’y avait aucune preuve que Darger ait subi de telles violences. Bonesteel a répondu qu’il n’y avait en effet aucune preuve, mais que c’était l’opinion de la plupart des chercheurs sur Darger.
Le 14 décembre, suite à une plainte de Jos Demme, Bonesteel a rencontré un des Doyens de la SAIC qui lui a conseillé d’abord de s’excuser et ensuite de documenter son propos.
Le 16 décembre, Bonesteel a posté en ligne ses excuses d’avoir offensé cet étudiant sans le vouloir, reconnaissant qu’il aurait en effet dû traiter ce sujet avec plus de tact, ainsi que des études sur Darger et la dysphorie de genre.

Gerard Jones, Men of Tomorrow: Geeks, Gangsters, and the Birth of the Comic Book, 2004, couverture

Ce même jour, lors de son cours sur les comic books, suite à une discussion du livre « Men of Tomorrow: Geeks, Gangsters, and the Birth of the Comic Book » de Gerard Jones, un autre étudiant transgenre, Gabe Howell, a accusé ce livre, son auteur, et par extension le professeur Bonesteel et la SAIC d’antisémitisme, de racisme et d’homophobie. Si je connais assez bien Darger, je n’ai par contre pas lu ce livre, mais la revue académique American Jewish History, peu suspecte d’antisémitisme, en a fait une critique élogieuse, le décrivant comme « a story of Jewish heroes and Jewish villains”.

Alan Moore & Brian Bolland, Batman . The Killing Joke, 1988, extrait

Ce même jour, dans ce même cours, lors de l’interclasse, Bonesteel discute avec un autre élève le roman graphique « Batman : The Killing Joke » et le possible viol de Barbara Gordon par le Joker. Le même Gabe Howell interrompt la discussion, dit que la discussion d’un viol le met mal à l’aise et que Bonesteel n’a pas le droit de prononcer le mot « viol » en classe sans avoir préalablement émis un « trigger warning », c’est-à-dire avoir prévenu d’avance que le sujet discuté va être sensible et pourrait offenser certains.
Jos Demme dépose une plainte contre Bonesteel, Gabe Howell dépose aussi une plainte, et, peu après, un troisième étudiant transgenre dépose aussi une plainte car tout cela l’a perturbé. Ces plaintes sont déposées au titre du Title IX, une loi qui interdit la discrimination sexuelle. Ce ne sont pas des plaintes judiciaires, mais des recours auprès de la direction de la SAIC.
Bonesteel est convoqué, il n’y a pas de confrontation avec ses accusateurs, il ne peut pas lire leurs plaintes, et la procédure doit rester secrète. Malgré le soutien d’autres étudiants, et de professeurs, bien que les évaluations par les élèves de ces deux cours soient supérieures à 4 sur 5 (un des étudiants écrivant dans son évaluation qu’il y avait bien quelques étudiants qui n’étaient pas à l’aise avec la violence de certains documents et ne voulaient pas accepter que l’histoire est parfois violente, et que Bonesteel a tenté de le leur expliquer de manière professionnelle et pédagogique), Bonesteel est sanctionné par la direction de la SAIC pour harassement sexuel lié au genre. Il n’a plus un contrat multi-annuel, mais aura seulement un contrat annuel précaire à condition qu’il suive un cours de rééducation sur le genre ; ses trois cours sur les comic books sont affectés à d’autres professeurs; il ne conserve que son cours sur l’art brut, mais il doit en revoir le programme et le faire préalablement approuver par la direction ; et, du fait de la réduction de ses heures de cours, son assurance médicale est supprimée.
Bonesteel préfère démissionner le 15 juin 2017. Depuis, il continue ses recherches de manière indépendante, il écrit (ainsi dans le livre sur Darger qui a déclenché mon intérêt) et il enseigne l’art brut dans un centre d’éducation permanente, le Centre d’Art d’Evanston (Illinois).
La plupart des réactions dénoncent cette censure, cette action de force d’un groupe d’étudiants LGBT contre la liberté académique prenant prétexte d’une législation (fort bienvenue) anti-discrimination pour influer sur la substance d’un cours, les œuvres ou documents qu’on y analyse, et la libre opinion du professeur.
L’art brut, l’art populaire, c’est rude, c’est violent, ça a des préjugés, sexistes, raciaux. Est-ce une raison pour ne pas l’étudier ?
Laura Kipnis, qui a écrit un livre sur les dérives toxiques du Title IX à l’université, a twitté : « Censurer la parole dans une école d’art ? Duchamp se retourne dans sa tombe ».

Sources :
Le meilleur article sur ce sujet est lisible ci-dessous. (ci-dessous deux corrections suite à cet article, lu après la première rédaction de mon billet)
Vous pouvez aussi lire :
The Art Newspaper
Rawvision (dont Bonesteel fut un collaborateur épisodique)
The Chicago Reader
F News Magazine
et je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette diatribe contre Bonesteel et contre l’art dégénéré de Darger, qui vaut son pesant de moutarde : le professeur est furieux car il ne peut plus enseigner que le viol et la torture d’enfants c’est de l’art ….

MàJ, suite à cet article .
J’ai commis deux erreurs :
– Bonesteel avait 70 ans quand il a dû quitter la SAIC;
– l’incident au sujet du possible viol de Barbara Godron a eu lieu un autre jour que l’accusation d’antisémitisme de Gabe Howell contre Bonesteel.
Pour le reste, cet article confirme en tous points ce que j’ai écrit :
– les deux étudiants transgenres ont été interviewés par les journalistes, et ont pu exposer leur point de vue, ils n’ont nullement été réduits au silence et cet article leur donne amplement la parole ;
– le livre que Gabe Howell a accusé d’antisémitisme est célébré non seulement, comme je l’indiquais par The American Jewish History Review, mais aussi par le NYT, ce qui montre bien l’inanité de cette accusation ;
– Bonesteel a bien été lavé de l’accusation portée par les étudiants transgenres de les avoir « mégenré » comme on dit ( et l’un d’eux veut qu’on se réfère à lui en disant « They » …) ;
– il n’y a pas eu d’enquête, ni auprès des autres professeurs, ni auprès d’autres étudiants (dont on voit, dans cet article, que, dans leur quasi-totalité, ils ne condamnent pas Bonesteel, mais qu’ils veulent rester anonymes, par peur de représailles : « I don’t want anyone to hate me if I take [Bonesteel’s] side »).

On voit de plus que l’un des étudiants a dit « that getting Bonesteel fired from SAIC was [his] dream solution », qu’un autre aurait dit (selon un autre étudiant) « that he had been emailing administrators and trying to get the professor fired. « It was kind of like he had a grudge against him through the whole class, like he was trying to find a smoking gun” » Cet article confirme donc bien qu’il s’est agi là d’une censure organisée et planifiée par ces étudiants transgenres.
De plus Gabe Howell a qualifié Bonesteel de « some crummy old white man », un commentaire particulièrement discriminatoire.

 

 

 

 

 

 

10 réflexions sur “Censure transgenre : Darger n’est pas politiquement correct

  1. johnmoullard dit :

    Oui, vous pointez ici un phénomène intéressant. Globalement je dirais que cela relève de la prise de pouvoir. Du point de vue de la simple connotation, disons de ce que ça dit de nos sociétés, il semble que la victimisation soit devenue un outil de cette prise de pouvoir. L’escalade est notable au fil du temps, et elle devient tellement rapide qu’elle est perceptible à l’intérieur même de la séquence des faits que vous relatez. Plus l’assise de  » l’offense  » est mince (j’ai entendu dire que vous alliez utiliser le mot « pénis » dans votre article, sans me prévenir de la dépression que cela allait me causer), plus l’extension du chef d’accusation grandit (donc je vous accuse de xénophobie, d’homophobie, de racisme, d’antiaméricanisme primaire, d’antisémitisme, d’incitation à la débauche et à la haine des indiens, et plus la punition est sévère (donc je vous vire de votre poste et donc je vous demande un million de dollars de dédommagement).
    Du point de vue de la dénotation, ou disons de la nature du contenu, je me demande si nous n’assistons pas au fait que les questions de sexe quittent le territoire biologique pour devenir totalement culturelles (/naturelles). Le corollaire serait alors l’émergence d’un clergé (le lobby LGBT) censé gérer les intérêts de la récente divinité. Je me demande par exemple si la nomination d’un professeur réputé du milieu transgenre calmerait les plaintes. Cela serait un signe confirmant la nature de prise de pouvoir de la manœuvre.
    Quant à l’oeuvre qui illustre la diatribe, elle nous fait quitter le terrain LGBT et me rappelle la réaction d’un visiteur du Louvre pour qui on avait dû couvrir les statues de femmes nues. C’est le mot « offensé » qui fait le pont entre les deux. Comme si un certain public ne pouvait plus regarder une oeuvre d’art sans parvenir à prendre la distance et à la regarder comme une création. Sans qu’on sache complètement pour quelle part c’est une posture ayant pour but de se concilier un certain public… Mais en effet, c’est curieux et c’est nouveau.

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  2. Abstract : The article looks at how the accusations of harassment on the basis of gender identity against School of the Art Institute of Chicago (SAIC) professor Michael Bonesteel reflects growing concern about sensitivity and controversial subject matter in college classrooms. Information is provided on accusations by transgender students against Bonesteel that the professor allegedly made.

    Two students accused Michael Bonesteel of being insensitive, unsupportive,
    and even violent. Did the art professor get what he deserved — or were the
    students out to get him?
    The recording lasts two-and-a-half minutes. It begins with the voice of Michael
    Bonesteel, an adjunct assistant professor of art history, theory, and criticism at the
    School of the Art Institute of Chicago. Bonesteel is arguing with a student who will
    later label the professor a « very violent person. » At one point, the student accuses
    Bonesteel of suggesting that, if you’re transgender, you need to « pull yourself up by
    your bootstraps. »
    Bonesteel cuts him off. « I never said that, » he insists. « Don’t put words in my mouth. I
    am trying to be as fair about this as possible. »
    The words that came from Bonesteel’s mouth, and how they were interpreted, led to
    an investigation by SAIC that found him guilty of harassment on the basis of gender
    identity and led to the cancellation of two comics-history courses he had taught for
    more than a decade. In protest, Bonesteel resigned in June from SAIC, writing in a
    letter to the dean that the atmosphere at the prestigious art school « feels more like a
    police state than a place where academic freedom and the open exchange of ideas
    is valued. »
    Whether Bonesteel got what he deserved, or whether a couple of students were out
    to get him, goes to the heart of a debate taking place on college campuses around
    the country about how to balance sensitivity and openness, about which words and
    ideas are permissible — and which could lead to an investigation, punishment, and
    perhaps the end of an academic career. Is a verbal slight, even an unintentional one,
    an act of violence? Should potentially troubling material always be preceded by a
    warning? And how should an administration, caught between a furious student and a
    frustrated professor, referee such disputes?
    The recording of the back-and-forth between Bonesteel and a student, Gabe, who
    asked that his last name not be used, was made last fall by another student who
    asked not to be named. It doesn’t capture what started the argument, but according
    to Bonesteel and several students, the catalyst was a book: Men of Tomorrow:
    Geeks, Gangsters, and the Birth of the Comic Book (Basic Books), that was required
    reading in Bonesteel’s class, « Comic Book: Golden Age to Comics Code. » The book
    pops up on syllabi for other comics-history courses and has been widely praised.
    When it was published in 2004, a reviewer for The New York Times wrote that Men of
    Tomorrow « follows a vibrant generation of young, largely Jewish men who in the
    1920’s and 30’s not only created a new industry but also wrote a new fantasy life for
    America to go with it. »
    Gabe objected to the book during a class discussion. He said he believed it was
    derogatory toward Jews, pointing to the inclusion of Yiddish expressions and jokes,
    and he criticized Bonesteel for making the class read it. Other students defended it.
    The book had been on Bonesteel’s required-reading list for years, and this was the
    first time, he says, anyone had suggested it might be offensive.
    The argument happened on the last day of the semester. By then everyone in the
    class was aware of the tension between Bonesteel and Gabe. Earlier in the
    semester, Gabe had expressed disapproval over what he felt was an overly casual
    mention of rape. During a class break, Bonesteel and several students were talking
    about a Batman graphic novel in which it’s implied that the Joker sexually assaults
    Batgirl. That graphic novel, Batman: The Killing Joke (DC Comics), was published in
    1988 and has long been controversial. It had been in the news because a recent film
    adaptation had reignited discussion about the apparent rape scene.
    Gabe overheard Bonesteel and the other students talking about the comic, and he
    complained. Accounts of what exactly was said differ. According to Bonesteel, Gabe
    said, « Hey, where is the trigger warning? » to which Bonesteel replied, « Really, you
    want a trigger warning? » Bonesteel had issued trigger warnings during his lectures in
    the past when graphic material was going to be discussed. He had also made clear
    that the comics discussed in the class, which focused on the first half of the 20th
    century, contained racist stereotypes and outdated labels.
    But this conversation wasn’t part of a lecture, and Bonesteel didn’t think the word
    « rape » itself required a trigger warning.
    Gabe remembers it differently. He says he didn’t use the phrase « trigger warning » but
    says he did let the professor know privately that he thought the discussion was
    inappropriate. « I asked him not to speak so loudly about rape, » Gabe says. « Not
    everyone is comfortable with that material. »
    He didn’t appreciate Bonesteel’s response. « He gave me a really snotty ‘Yeah, sure,’
    and he rolled his eyes, » Gabe says.
    In a later class, when Bonesteel showed a mild illustration from a Little Lulu comic
    strip of the bare rear-end of a child putting on a ghost costume, he asked the class if
    he should have issued a trigger warning beforehand. Gabe took the aside as an
    insult directed at him in retaliation for objecting to the previous conversation about
    rape. « He was trying to make a laughingstock out of me in the classroom, » Gabe
    says. For Gabe, these incidents added up to an environment where he says he felt
    singled out and mocked.
    Bonesteel says he was exasperated by the previous trigger-warning request, but was
    still surprised that Gabe considered it a personal jab. He also wonders whether their
    relationship went sour after Gabe, who is transgender, asked to write a paper on a
    current transgender comic artist but was told that he couldn’t because the class was
    focused on comics published prior to 1955. They ended up agreeing that Gabe could
    write about gender fluidity in George Herriman’s classic comic strip Krazy Kat.
    That wasn’t the only run-in Bonesteel had that semester with a student. In another
    class, this one on outsider art, a transgender student filed a complaint against
    Bonesteel. The complaint stemmed from a class discussion about Henry Darger, a
    well-known outsider artist famous for drawings of what appear to be naked girls with
    penises and children with disembodied hands hovering over them.
    Bonesteel, who turned 70 in the spring, has been writing about outsider art since the
    1970s. He worked for newspapers and magazines for 25 years and considers
    himself a « recovering art critic. » He edited a book about Darger, Henry Darger: Art
    and Selected Writings (Rizzoli), that was published in 2000. During the class, he
    raised the possibility that Darger may have been abused as a child, a theory that’s
    been bandied about by art scholars for years.
    A student, Jos Demme, took exception. « I am also a Henry Darger fan and I had
    never heard that, » Demme says, referring to Darger’s possible abuse. Also,
    according to Demme, Bonesteel stated unequivocally that « all transsexuals were
    molested as children. » Demme responded by coming out as transgender to the class.
    « I said I was a transgender student and I hadn’t been molested, » Demme says. « That
    day I felt, not directly targeted, but unsafe and unsupported in the classroom. »
    Bonesteel contends that he never said that. (Another student in the class, who asked
    not to be named, didn’t remember Bonesteel making such a claim.) Even so, he
    came to regret the way he had addressed that fraught topic and said so in a
    message to the class. « This is a controversial subject that should have been treated
    more delicately in my presentation, » he wrote. « I apologize for my insensitivity in
    discussing this issue in class. » He thanked Demme for bringing it to his attention.
    Demme was not satisfied, arguing that the Darger discussion was part of a pattern of
    « hateful, belittling » statements Bonesteel made throughout the semester, though
    Demme declined to detail the additional instances. « I do think teaching those kind of
    ideologies to a group of porous students is violent, » Demme says. When Demme
    filed a complaint under Title IX, the law that prohibits discrimination in educational
    institutions receiving federal funds, Demme says that getting Bonesteel fired from SAIC was « my

    dream solution. »
    (Demme, who prefers the pronoun « they, » also acknowledged filing another Title IX
    complaint against a different professor but did not want to discuss that case.)
    The university investigated the complaint and found that Bonesteel had not violated
    Demme’s rights. However, Lisa Wainwright, faculty dean and vice president for
    academic affairs at SAIC, wrote to Bonesteel that, while the investigation had cleared
    him, she « would have wished for a more nuanced and thoughtful discussion of this
    issue. »
    The institution’s decision angered Demme, who deemed it « blatant tolerance for
    transphobia » in a letter Demme wrote to the dean that was posted on Facebook and
    has since been removed. « I felt threatened and intimidated, » Demme wrote. « Now I
    feel abused. »
    The incident with Demme was on Bonesteel’s mind when the argument with Gabe
    happened. And as the conversation moved from the Men of Tomorrow book to a
    more general discussion about what is and isn’t offensive, Bonesteel mentioned that
    he had had a complaint from a student in another class. He did not mention the
    student’s name, nor did he go into detail about the incident, but he used it as an
    example of how someone can offend without meaning to.
    « It doesn’t mean that everyone who comes here is going to be completely
    transgender aware, » Bonesteel can be heard saying on the recording. « So I’m just
    saying that, inevitably, there’s going to be disappointments in this area. »
    Bonesteel saw his statement as a plea for understanding. Gabe saw it as a
    declaration that the professor wouldn’t even make an effort to be sensitive, and that
    students would just have to accept his failings.
    It also bothered Gabe that a transgender student in another class was mentioned.
    He believed that Bonesteel was announcing that professors had carte blanche to
    offend because of their age and credentials. « He was saying they were the ultimate
    pinnacle of knowledge and no one had any right to call out a professor, » Gabe says.
    « He said they are from a different time and not expected to learn. »
    On the recording, other students jump in to offer their takes. One springs to
    Bonesteel’s defense: « He’s done more than most teachers to change himself and
    learn, » the student says. Another argues that « it’s really more about reaching out to
    transgender students and, like, really getting their thoughts. »
    « I agree, » Bonesteel can be heard saying.
    Several students interviewed for this article requested that their names not be used.
    One student asked to receive an assurance, in writing, that she wouldn’t be named.
    « I don’t want anyone to hate me if I take [Bonesteel’s] side, » she said. Another
    student said Bonesteel « never raised his voice in class » until that argument. « I
    remember him saying, ‘I’m making the best strides forward and to learn, and to move
    on from this,' » he said. That student called Gabe’s objections « over the top. »
    Another student, however, was more sympathetic to Gabe, though he also saw
    Bonesteel’s perspective. Joseph van Overbeek didn’t think Bonesteel was purposely
    trying to offend Gabe or any other student. « He’s a 70-year-old liberal, » van Overbeek
    says. « He expressed this sincere concern about creating a safe queer environment. »
    Van Overbeek recalls that, after Donald Trump’s election, he wrote to Bonesteel and
    said he was feeling too upset to attend the next class. Bonesteel wrote back that he
    and other faculty members « are part of a community that’s here to protect you, » van
    Overbeek remembered, and told the student not to worry about being absent.
    Still, van Overbeek thinks Gabe had cause to complain. « He was asking Gabe to
    accept abuse, » van Overbeek says. « I still like Michael and I believe he wants to do
    the right thing, but I think he wasn’t exactly able to perceive that what he was saying
    is unacceptable. »
    Another member of the class who witnessed the argument, Matt Casanovas, said
    that one time when Bonesteel left the room he overheard Gabe say that he had been
    emailing administrators and trying to get the professor fired. « It was kind of like he
    had a grudge against him through the whole class, like he was trying to find a
    smoking gun, » says Casanovas. « It was so bizarre. »
    Gabe denied saying that, and he denied nursing a grudge against Bonesteel. « Why
    would I waste my time and effort during finals to go after some crummy old white
    man? » he says.
    The argument led to a second university investigation. The results of that
    investigation were spelled out in another letter from Wainwright, the dean, to
    Bonesteel. She wrote in March that he had been found guilty of harassment for
    « ridiculing the student when they requested trigger warnings » and « associating the
    student generally with a trans student in another class with whom you were having
    difficulties. »
    (He was found innocent of the accusation that he had consistently used the wrong
    pronoun to refer to transgender students. Bonesteel acknowledged sometimes
    getting pronouns mixed up: « I have 27 students and it’s hard to remember names,
    much less pronouns, » he says.)
    The dean wrote that Bonesteel would be required to take a training course on
    discrimination and harassment and would have to meet with SAIC’s director of
    academic affairs for diversity and inclusion. He was also told that he would not be
    offered a multiyear contract, as he had received in the past, but that he might be
    given a one-year contract once he « demonstrated an ability to address issues related
    to identity, including gender identity, appropriately. »
    Bonesteel was willing to take the training course. He believed there were things he
    could have handled better. He regretted losing his temper. He wished he had
    anticipated some of the potentially offensive material and steered around certain
    topics more gracefully. Even before the investigation was completed, he had met on
    his own with a diversity adviser at the school to talk about how to handle such
    situations in the future.
    But there was more. When he met with Wainwright, the dean, Bonesteel was told
    that he would no longer be able to teach his two history of comics courses, or a third
    course on international comics he had recently started teaching. That came as a
    blow. The comics-history courses were full every semester and he routinely had to
    turn away a dozen or more students. Now the courses wouldn’t be offered at all.
    Wainwright said he could still teach his outsider-art class, though he would have to
    offer a revised reading list that would be determined in consultation with the
    department chairman.
    Bonesteel decided to resign. Without his comics classes, he no longer had enough
    hours to be eligible for health insurance through the university. Plus, as he wrote in
    his resignation letter, he felt that the « micromanagement » of his outsider-art class
    was « undermining and insulting. »
    Wainwright declined an interview, citing a policy against discussing personnel
    matters, but in a written statement she denied that Bonesteel’s academic freedom
    had been violated. « This simply is not the case, and frankly, would be anathema to
    our pedagogy, » the statement said. « Individual expression is at the core of SAIC’s
    mission. » A spokeswoman for the school, Bree Witt, amplified that sentiment, saying
    that « it’s not our practice to tell faculty members what they can and can’t include. » An
    email exchange between Bonesteel and Michael Golec, the chairman of art history,
    supports Bonesteel’s claim that he was asked to change his reading list after the
    meeting with the dean. (Golec declined an interview request.)
    Bonesteel’s resignation attracted some minor news attention, though nothing like the
    national media circus prompted by the recent campus shutdown at Evergreen State
    College over its so-called Day of Absence. Bonesteel gave an interview to Raw
    Vision, a magazine devoted to outsider art where he is a contributor, and he also
    spoke to the Chicago Reader, an alternative weekly newspaper. In the online
    comments on the Reader article, some sided with the students, calling Bonesteel a
    « relic of the 80s academia scene. » A commenter with the handle « No Patience for Old
    White Men, » encouraged the professor to « Take your white cisgendered nonsense
    and get out. »
    Others chastised the students for having « incredibly thin skin » and the administration
    for « star-chamber injustice. » A commenter with the handle « MAGA, » had a different
    take, writing: « I love it when the leftists eat their own. »
    Bonesteel says he isn’t angry at the students who complained. He seems mostly
    baffled, even now, after ruminating on it for months. Did he really create a hostile
    environment despite what he believed was a genuine effort at sensitivity? Was he
    merely, as he once put it, an « easy target » for a kind of free-floating animus? Why did
    the administration, in his mind, choose to escalate the conflict rather than seek to
    resolve it?
    He wishes he could have sat down with those students and perhaps a mediator from
    SAIC. Maybe he could have held on to his job, maybe not, but at least he could have
    understood what he did wrong. « The whole ordeal was like a Kafkaesque inquisition
    that lasted for six months. I was never able to face my accusers, nor was I shown
    written copies of their complaints, » he says. « In my opinion, I was guilty until proven
    innocent. »
    For his part, Gabe, the student whose complaint led to Bonesteel’s resignation, says
    he was uncomfortable with some aspects of the administration’s decision. He didn’t
    think the word « harassment » described what had gone on. And he has mixed
    emotions about the fact that Bonesteel’s history of comics courses would no longer
    be offered. « He was a good teacher, and knowledgeable, and yet so many people
    are knowledgeable, » says Gabe. « I feel bad that he decided to leave, but I do feel
    safer. »
    [recording of Michael Bonesteel’s Class Argument
    In this clip, Michael Bonesteel, an art history professor, argues with a student in his
    class about whether he’s been sensitive enough, specifically about transgender
    issues.
    Michael Bonesteel says he resigned his position as adjunct professor at the School
    of the Art Institute of Chicago aer a « Kafkaesque inquisition » concluded that he was
    guilty of student harassment on the basis of gender identity]

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  3. Afin qu’il soit plus aisément accessible que sur Facebook, je copie ici, en trois volets, l’échange entre l’artiste SMITH [cette personne avait posté ses commentaires sur FB sous son nom complet, que j’avais donc repris ici; elle m’intime aujourd’hui (1er janvier 2020) d’ôter son nom et de ne laisser que son « nom d’artiste », ce que je fais bien volontiers] et moi-même. [Précisions apportées le 1er janvier 2020 : ces deux commentaires de SMITH sont reproduits à l’identique, sans y changer une virgule; les suivants, qui n’étaient que des répétitions n’ajoutant, à mes yeux, rien à l’échange, n’ont pas été repris ici; j’ai édité mon propre commentaire pour qu’il soit plus lisible].

    1. Message de SMITH le 13 septembre

    à titre personnel, il y a quelque chose qui me déplaît dans la manière de relater cette affaire.
    elle date de 2016 et n’a manifestement pas été importée de notre côté de l’atlantique avant ton post, Marc, mais elle a le mérite de soulever quelques questions intéressantes et qui méritent d’être disputées aujourd’hui. toutefois, je trouve que l’angle que tu empruntes dans ton article passe à côté de l’enjeu de cette histoire. alors je vais tenter, par ce commentaire, de remettre la balle au centre. je vais être obligé d’être bien plus bref que je le voudrais, faute de temps, mais je voulais au moins ébaucher quelques pistes de réponse.

    en préambule, je trouve très discutable ton titre « censure transgenre ». j’ai retourné l’affaire dans tous les sens : le fait que les signalements aient été effectués par des étudiants trans ne change strictement rien à cette dernière. ces recours auraient eu le même poids et les mêmes effets, déposées par des étudiant-es cisgenres. ton article et même les articles-sources américains sont à charge, et les conclusions offusquées de quasiment tous les commentateurs de cet article ne font que suivre cette perspective sans remettre en question les partis-pris de ce récit ; c’est ce que je vais essayer de montrer.

    il faut d’abord préciser ou souligner quelques petites choses. ces précisions ne sont absolument pas des détails ; ce sont des éléments déterminants pour comprendre le contexte qui a pu pousser ces étudiants à signaler le comportement ou les propos de leur enseignant. il est à mon sens ici avant tout question de hiérarchie et de rapports étudiant-es / enseignant-es, plus que de censure dans l’enseignement d’oeuvres jugées controversées:

    on ne sait absolument rien (et pourtant, depuis hier, j’ai écumé un grand nombre de sources en ligne) sur la manière dont se sont déroulés ces cours, et les moments incriminés. on a accès à une seule version du récit, dont on ignore la provenance (le journaliste a-t-il assisté au cours ? le professeur, ou un étudiant présent, lui a-t-il donné sa version ?). cette version du récit est clairement à charge contre les élèves ayant déposé ces recours.
    dans ce récit, qui ne satisfait pas à la rigueur journalistique, on ne trouve pas de restitution des mots précis employés par l’enseignant, ni par l’élève. on ne sait rien des éventuels antécédents entre cet enseignant et cet élève, des relations de ce professeur avec ses/ces élèves. on ne sait pas si cet enseignant a, ou non, peut-être déjà émis dans le passé des propos déplacés, des sous-entendus homophobes, sexistes, transphobes, racistes… tout ce que l’on sait, de son propre aveu, c’est sa façon parfois « brutal » de s’exprimer. de même, on ne sait presque rien de ces étudiants, en-dehors de leur identité de genre (bizarrement). ont-ils par le passé déjà signalé des propos problématiques ? sont-ils des « social warriors » acharnés qui ne laissent passer aucune maladresse ? on n’a accès au point de vue des étudiants dans aucun de ces articles. pourtant, cher Marc, c’est bien le travail d’un journaliste que d’aller se documenter. et dans ce cas, cela serait très facile puisque les noms des étudiants sont donnés, et, je viens de le vérifier, on peut tomber en quelques clics sur leur e-mail personnel.
    l’argument selon lequel ce professeur serait noté 4/5 par ses élèves et serait donc irréprochable, me semble là encore pour le moins discutable. ce n’est pas parce que cet enseignant est jugé comme « bien sous tout rapports » par la majorité des étudiant-es (selon quels critères ? qui compose la majorité de ces étudiants ?) qu’il est impossible qu’il aie tenus des propos et eu des comportements susceptible de heurter, à juste titre, certains élèves.

    j’ai assisté le 6 mai dernier à une passionnante conférence de Judith Butler (philosophe américaine et professeure à l’Université Berkeley en littérature comparée – au cas où) à l’UCLA, intitulée « The Ethics of Pedagogy in Precarious Times ». il y était précisément question de tout ce dont nous parlons : « This open-ended lecture will consider what obligations faculty have toward their students. The lecture acknowledges the problem of faculty complicity in reproducing the social structures that license sexual harassment and the emotional and financial exploitation of students. Questions that will be considered include: What are the key obligations faculty have toward students? How ought we to intervene to bring a halt to the exploitation of student trust and dependency? How do we understand the obligations of faculty members to students in precarious times and when key problems of social inequality are increasingly intense? How do we identify, name, and oppose the small acts and larger structures that license sexual harassment and other forms of exploitation? »

    pourquoi mentionner cette conférence ? parce qu’il est indispensable de préciser, en important cette « affaire » en France, que le contexte universitaire et politique n’est pas le même ici et aux USA, notamment sur la question épineuse des « trigger warnings ». à titre personnel, je ne les utilise pas. je doute de leur efficacité et je pense qu’effectivement, l’injonction à leur utilisation systématique produit finalement les effets inverses à ceux recherchés par leur généralisation. je ne vais pas m’étendre sur ce sujet et plutôt partager l’article de Jack Halbsertam, universitaire américain lui aussi enseignant en littérature comparée et études de genre à l’université de Columbia, qui se trouve être trans (comme quoi…), publié il y a déjà quelques années- antérieurement à l’affaire Bonesteel, et traduit dans l’importante revue Vacarme en France et que tu peux lire à cet endroit : https://vacarme.org/article2766.html
    Halbsertam y prend vivement parti contre ce qu’il désigne comme une « rhétorique néolibérale de la blessure, du danger et du traumatisme », incarnée par les « trigger warning ». mais bien que je le partage, cela reste un point de vue, et il faut bien entendre que dans le milieu universitaire américain cette rhétorique, qu’on le déplore ou qu’on en fasse les louanges, y est dorénavant et pour le moment bien implantée.
    en France et ailleurs, les cas d’enseignants artistiques ayant fait preuve de propos ou de gestes sexistes (ou homophobes, transphobes, racistes, antisémites – j’en passe), nul ne peut aujourd’hui l’ignorer, sont légion. je vous invite par exemple à aller consulter sur youtube l’importante série d’entretiens HERstory/Archives que mènent Julie Crenn et Pascal Lievre depuis quelques années à ce propos. il va sans dire que ce sont très rarement (spoiler : JAMAIS) des étudiants ou artistes cisgenres/hétérosexuels/blancs qui rapportent des récits, vécus, propos oppressifs. lorsque je lis, Marc, l’article que tu rapportes, je ne peux pas m’empêcher, sous la forme d’une hypothèse, de me figurer la part manquante dans le récit de cette histoire : la version de l’étudiant appartenant à une minorité pour qui le vase était déjà trop plein, et qui a profité de cette « goutte de trop » pour avertir sa direction. mais cela, sans interroger directement les concernés, on ne le saura jamais. je m’appuie toutefois, pour formuler cette hypothèse, sur la lettre de Lisa Wainwright, doyenne de la faculté (on trouve un lien vers sa lettre dans ton article). cette dernière décrit entre autres (je traduis rapidement) le comportement du Pr. Bonesteel comme « inapproprié » et qualifiable de « harcèlement basé sur l’identité de genre ». exemple parmi d’autre : tourner en ridicule les demandes des étudiant-es de respecter l’usage des TW (qui font partie pourtant du règlement de cette faculté) ; mettre dans même panier deux étudiants transgenres sous le seul prétexte qu’il rencontre des problèmes avec eux ; ou mégenrer systématiquement ses étudiants transgenres (c’est à dire, utiliser volontairement, ou par maladresse, ou manque de respect, le genre de naissance d’une personne trans), ce qui a conduit cet étudiant à redouter ce cours. est-ce que tout cela te semble normal ?
    si ce comportement ne relève peut-être pas de cis-sexisme ou de transphobie conscient-es, il relève au moins d’un manque sérieux de bonne volonté ou d’éducation de la part de ce professeur. ce constat, la doyenne le dit, a été obtenu après une enquête interne au sein de la faculté, il ne repose donc pas uniquement sur les recours posés par les étudiants. suite à ce constat, la doyenne impose effectivement à et enseignant, « en vertu des lois fédérales, étatiques et locales sur les discriminations et le harcèlement dans l’éducation supérieure du 29 aout 2017 » de suivre une « formation » et une rencontre avec la Directrice des Affaires Académiques pour la Diversité et l’Inclusion ». cela, Marc, que tu décris comme un « cours de reéducation pour pouvoir enseigner », te semble grotesque ? si le respect élémentaire des identités de chacun ne va pas de soi, alors il doit passer par l’éducation, quel que soit l’âge et la position sociale de la personne qui a besoin de recevoir cette éducation. on a exactement ce débat en France aujourd’hui, autour des insultes racistes et homophobes dans les stades. le respect et l’inclusion ne peuvent passer que par l’éducation. et si cela ne suffit pas, par des lois. cela n’a rien à voir avec de la censure, avec de l’hypersensibilité, avec du fascisme – je cite le vocabulaire employé par les personnes ayant commenté ce post.

    ainsi, pour moi, dans cette histoire, le jugement sur le travail de Darger devient bien secondaire. il n’est pas ici question d’une personne transgenre trop sensible, limite fasciste, et qui demande à ce que soit annulé l’enseignement du travail d’un artiste jugé controversé, parce que la vue de cette oeuvre lui fait violence (et provoquant par un jeu de dominos l’annulation de l’assurance maladie de son professeur et limitant la liberté d’expression de ce dernier). parce que ce cas pourrait tout aussi bien être regardé comme celui d’un étudiant appartenant à une minorité largement opprimée et sous-représentée au sein de la société, et dans l’histoire de l’art, et au sein des écoles d’art, formulant à l’un de ses professeurs la demande explicite de cesser de véhiculer de lieux-communs (d’autant plus lorsque ces derniers relèvent d’une opinion, qui bien qu’elle soit partagée par de nombreux experts, demeure une opinion) à propos d’une identité/communauté à laquelle il appartient et qui pour une fois se voit représentée dans l’oeuvre d’un artiste majeur enseigné à l’université, et que cette représentation se voit associée à un trauma, de manière subjective.
    il n’est jamais question de demande de censure de l’enseignement d’une oeuvre ici. il est question de manière d’enseigner ; de qui enseigne quoi à qui et comment ; il est question de privilèges ; il est question de respect ; et il est question d’honnêteté intellectuelle.

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    1. 2. Ma réponse (éditée) à SMITH le soir du 13 septembre :

    Tu termines tes commentaires par les mots « honnêteté intellectuelle ». C’est bien sur cette base que je vais répondre, car je pense que ton commentaire en est cruellement dépourvu, alors que tu dis « avoir écumé Internet » pour te documenter.

    Tout d’abord (« trigger warning »), je mets des majuscules au début des phrases, je n’utilise pas l’écriture inclusive (sûrement une preuve de plus dans mon dossier), et il m’arrive donc de faire l’erreur de mettre le verbe au subjonctif après « après que ».
    Ceci dit, passons aux choses sérieuses.
    Ai-je « importé cette affaire en France » ? Je ne sais trop ce que ça veut dire. Je l’ai découverte par hasard en rédigeant ma récente critique du livre sur Darger où Bonesteel avait écrit, j’en ai dit deux mots dans cet article-là, puis, intrigué, j’ai voulu en savoir plus.
    Ce qui est tout à fait exact, c’est que je n’ai pas fait d’enquête moi-même sur une affaire datant de deux ans et demi, et n’ai interrogé aucun des protagonistes, dont je n’avais d’ailleurs pas l’adresse mail. J’ai par contre lu une dizaine d’articles de journaux, et ai cité les quatre ou cinq plus intéressants en source, dans lesquels lesdits protagonistes ont eu la parole.

    Contrairement à ce que tu affirmes, ces articles ne sont pas pleins de partis-pris en ne donnant qu’une seule version du récit. Si The Art Newspaper, Rawvision, The Chicago Reader et The Chronicle of Higher Education, concluent en effet plutôt en faveur de Bonesteel, l’article de F Newsmagazine lui est par contre hostile, et Bonesteel a d’ailleurs écrit au journal pour corriger une de ses allégations, en disant qu’il trouvait cet article « partisan et inexact ».
    Tu dis avoir « écumé un grand nombre de sources en ligne », mais ton discours est émaillé d’erreurs factuelles.

    Contrairement à ce que tu affirmes, ces étudiants se sont fait entendre. Au moins un des étudiants, Jos Demme, a été interviewé dans The Chronicle of Higher Education, et sa réponse est citée dans The Art Newspaper :
    « Demme se souvient d’avoir répliqué : “J’ai dit que j’étais un étudiant transgenre et que je n’avais pas été abusé. Ce jour-là, je ne me suis pas senti ciblé, mais je ne me suis pas senti en sécurité, ni soutenu dans la classe”. »
    De même Gabe Howell a été interviewé (par e-mail) comme cité dans F Newsmagazine, où pas moins de quatre paragraphes lui sont dévolus, dont celui-ci :
    « Dans une interview par e-mail, l’étudiant Gabe Howell déclara que la classe était “très bien quand nous discutions les documents pour la classe par opposition à [quand nous discutions] ses vendettas personnelles contre les étudiants et l’école.” »
    Je ne sais si le troisième étudiant a été interviewé, mais je présume que, comme ses camarades, il en a eu la possibilité.

    Contrairement à toi, je trouve que ces trois étudiants (ou au moins les deux principaux) se sont fait entendre, que leurs motifs de plaintes ont été largement et clairement décrits, et que leur état d’esprit et leur motivation sont fort bien décrits dans ces articles, bien mieux que ceux de l’accusé (dont, finalement on connaît assez peu les motivations : maladresse, comme semblent l’indiquer ses excuses du 14 décembre, ou transphobie + homophobie + antisémitisme + racisme comme le disent ses accusateurs ?).

    Contrairement à ce que tu affirmes, Bonesteel n’a pas été sanctionné pour trois, mais pour deux raisons :
    1. – « tourner en ridicule les demandes des étudiant-es de respecter l’usage des TW (qui font partie pourtant du règlement de cette faculté) » . C’est certainement une question de nuances et de subjectivité, mais on peut tout à fait comprendre que cet étudiant, ce jour-là, se soit senti ridiculisé.
    Mais, contrairement à ce que tu affirmes, les « trigger warnings » ne font pas (ou en tout cas ne faisaient pas alors) partie du règlement de la SAIC : dans l’article de Rawvision : « SAIC n’a pas de politique quant aux trigger warnings et ne les exige pas ». De plus, je ne sais pas si la règle des trigger warnings doit s’appliquer à une conversation privée entre un professeur et un élève pendant l’interclasse (ce qui fut le cas) ou si elle s’applique uniquement pendant le cours quand le professeur s’adresse à tous les élèves de la classe.
    2. – « mettre dans même panier deux étudiants transgenres sous le seul prétexte qu’il rencontre des problèmes avec eux ». C’est certainement ce qu’il a fait (le texte anglais dit « associating » qui est plus neutre que « mettre dans le même panier », mais bon, on n’est pas à ça près …). Peut-on admettre l’énervement de Bonesteel accusé à deux jours d’intervalle par deux étudiants de la même communauté (laquelle, statistiquement, doit représenter entre 10 et 20 étudiants sur les 3000 de la SAIC) et y voyant autre chose qu’une simple coïncidence ? Juste un exemple personnel : je viens d’être victime, à quelques heures d’intervalle, d’un même mauvais procédé (à propos de mon article sur Nolde) de la part de deux sites de l’extrême-droite sioniste : si j’y vois davantage qu’une simple coïncidence, dois-je être accusé d’antisémitisme ? En tout cas, ça me paraît être un argument très faible pour décider de sanctionner un professeur. Question d’opinion.

    Par contre, tu écris, après, dis-tu, avoir lu attentivement la lettre de la Doyenne, qu’il a été sanctionné pour une troisième raison :
    – « mégenrer systématiquement ses étudiants transgenres (c’est à dire, utiliser volontairement, ou par maladresse, ou manque de respect, le genre de naissance d’une personne trans) ».
    Contrairement à ce que tu affirmes, c’est inexact. Je crains que, dans ton désir de prouver ton point, tu aies lu de travers la lettre de Mme Wainwright qui dit « The investigation did not substantiate the student’s contention that you consistently failed to use preferred pronouns with them » ( L’enquête n’a pas validé l’accusation de l’élève que, de manière constante, vous n’utilisiez pas le pronom adéquat avec eux) , c’est-à-dire l’exact contraire de ce que tu affirmes. Or c’était la seule accusation qui avait une base factuelle, à laquelle on pouvait répondre par oui ou par non de manière indubitable, et non sur la base d’un ressenti.

    Contrairement à ce que tu affirmes, Bonesteel n’a pas été sanctionné pour l’incident Darger (voir The Art Newspaper et The Chicago Reader), mais pour la plainte suite à l’incident dans la classe de « comic books » et la plainte subséquente de l’étudiant qui a dit avoir été perturbé par ce/ces incidents.

    Contrairement à ce que tu affirmes, je ne vois nulle part qu’il y aurait eu une enquête interne au sein de la faculté (au sens, je présume, de « faculty », c’est-à-dire du corps enseignant). Peux-tu me dire où tu as trouvé cette information ? La lettre de Mme Wainwright ne dit rien d’une telle enquête, et indique seulement que Nora Taylor, « Faculty Liaison » (c’est-à-dire responsable au sein de l’administration de la SAIC des rapports avec les professeurs) a mené l’enquête. Je ne trouve aucune trace d’une enquête interne au corps enseignant dans aucun des articles, mais tu as peut-être des sources que je n’ai pas.
    Je lis par contre (Rawvision) : « Plusieurs étudiants de la SAIC qui avaient suivi les cours de Bonesteel, ainsi qu’un certain nombre de ses collègues professeurs, exprimèrent à l’administration de l’école leur soutien pour lui. »

    Contrairement à ce que tu affirmes, le processus de sanction à la SAIC ne ressemble guère à une procédure qu’on pourrait qualifier de juste et démocratique :
    – l’accusé n’a pas connaissance des plaintes écrites des accusateurs;
    – il n’y a pas de tentative de médiation entre accusateurs et accusé;
    – il n’y a pas de confrontation entre accusateurs et accusé;
    – il n’y a pas de « open hearing ».
    Même si dans certains régimes politiques, passés ou actuels, cela passe pour un processus judiciaire normal, je pense que, dans une société démocratique, un tel processus ne relève pas de notre conception de la justice. Interrogée par Rawvision, Mme Wainwright a refusé de répondre sur ces questions.
    Bonesteel, certainement amer, a déclaré à Rawvision : « Il n’y a pas eu de tentative de médiation. La Faculty Liaison [Mme Taylor] qui m’a interviewé plusieurs fois et qui a soumis ses résultats au Dean of Faculty [Mme Wainwright] m’a informé que les tentatives de réconciliation entre des professeurs et les étudiants LGBT qui les accusaient ont échoué dans le passé parce que le mandat des étudiants LGBT est zéro tolérance. »

    Venons-en à Darger. Tu qualifies de simples opinions et de lieux communs ce que la grande majorité des experts pensent sur ce sujet : libre à toi, même si tu n’apportes aucun élément pour contrer leurs dires. Mais, dans un même souci d’honnêteté intellectuelle, qualifions alors aussi de simples opinions ce que tu affirmes avec force sur ces étudiants ; à simple titre d’exemple, quand tu affirmes : « que ces signalements aient été effectués par des étudiants trans ne change strictement rien à l’affaire ; ces recours auraient eu le même poids et les mêmes effets, déposées [sic] par des étudiant-es cisgenres », c’est une simple opinion qui n’est fondée sur aucun fait, seulement sur ta conviction personnelle non étayée par des faits.
    Et j’ai peut-être tort, mais, dans le programme de la SAIC cette année, je n’ai trouvé aucun cours consacré à l’art brut/outsider : il semble bien que Darger soit en effet passé à la trappe.
    A ce propos, Rawvision cite le texte de Bonesteel du 14 décembre : « Je vais faire tous les efforts pour essayer d’améliorer mon approche sur ce sujet dans le futur. Ceci dit, cela ne nie pas l’importance de considérer toutes les possibilités dans le cas de Darger. L’idée que Darger ait pu se considérer comme un individu transgenre est nouvelle pour moi, mais maintenant ça semble être une possibilité de plus. On est aussi dans le domaine des conjectures pour ce qui concerne les abus sexuels subis par Darger. Il n’y a pas de preuve, mais il y a bien des signes indiquant que cela a pu arriver quand il était dans une institution éducative. »

    Ca fait beaucoup d' »erreurs », pour quelqu’un qui dit avoir passé des heures à « écumer un grand nombre de sources en ligne » afin de maîtriser le sujet, mais sans pour autant être capable de mentionner une quelconque source autre que celles que j’avais mentionnées, tout en les déformant et les citant de manière délibérément erronée comme démontré ci-dessus.
    De plus, tu dis, pour les trois étudiants transgenres censeurs, avoir vérifié qu’on pouvait « tomber en quelques clics sur leur e-mail personnel », mais tu ne les a pas contactés pour avoir leur version, alors que tu avais ce que moi je n’avais pas, leurs adresses mails (je n’avais pas le mail de Bonesteel non plus, d’ailleurs). Alors que les journalistes que j’avais cités les avaient interrogés (au moins deux d’entre eux), tu n’as pas jugé bon de le faire toi-même, tu leur as toi-même dénié le droit à la parole pour imposer à la place ta propre interprétation biaisée, ce que n’avaient pas fait les journalistes que j’avais cités.

    Je trouve tout cela bien curieux, et, pour tout dire, pas honnête intellectuellement.

    En conclusion, pour moi, la conclusion de Rawvision s’impose : il s’agit d’un conflit entre la liberté de penser et de parler d’un enseignant et l’obligation légale qu’a une école de protéger ses étudiants contre une certaine forme de discrimination, en l’occurrence l’exposition non désirée à des informations, idées, images ou textes que certains d’entre eux pourraient considérer comme offensants ou dérangeants. Lisa Kipnes, que je mentionne dans mon article, est éloquente à ce sujet.
    Je comprends tout à fait ton discours militant pour tenter de déminer une affaire potentiellement assez gênante pour cette cause, mais, comme tu le dis, encore faut-il faire preuve d’honnêteté intellectuelle et non de parti-pris, ce que démontrent à l’évidence toutes les désinformations que j’ai soulignées ci-dessus.
    Ton apologie de la censure, basée sur la victimisation, la désinformation et la condescendance, dessert ta cause plus qu’autre chose.

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    1. 3. Réponse de SMITH le 14 septembre cloturant l’échange

    merci Marc pour ces précisions. n’ayant pas tout lu dans les détails pour me concentrer sur la structure de ce qui se joue ici, et que j’ai tant bien que mal essayé de pointer, je te fais confiance pour tout ce que tu as noté, corrigé et précisé. mais l’enjeu de mon commentaire était ailleurs. je ne « cherche à prouver » aucun « point » ; à « déminer » aucune « affaire potentiellement gênante ».
    je regrette et je déplore simplement et sincèrement que dans cet échange symptomatique, il soit totalement impossible de déplacer un débat qui pose largement moins la question de la censure que celle des privilèges, des violences systémiques et de leur institutionnalisation ; pour pointer le faisceau sur un climat soit-disant totalitaire. c’est dommage. je ne peux qu’espérer que chacun sera, dans un futur proche, à même de considérer le racisme, le sexisme, le cis-sexisme -etc, comme quelque chose de systémique, comme un fait social global, un ensemble d’institutions, de rapports objectifs de privilèges et de domination, et de représentations. cette affaire n’en n’est qu’un symptôme.
    je me permets de partager cet article qui me semble parfaitement décrire la situation qui conduit à ce genre de posts : « C’est justement parce que la liberté d’expression est si protégée [aux USA] que les groupes qui souhaitaient alerter sur les effets de certains discours ont emprunté une voie extrajudiciaire, lançant des controverses et des dénonciations publiques. Ceux qui ne « peuvent plus rien dire » qualifient de « censure » des actions dont l’objectif, la plupart du temps, est de soulever des questions nouvelles et d’attirer le regard sur des violences auparavant inaperçues. »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/18/on-ne-peut-plus-rien-dire-qu-est-ce-a-dire_5258655_3232.html
    je m’arrête là.

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  4. La censure de Bonesteel me semble comparable à la manière dont ceux qui osent critiquer Israel se font aussitôt traiter d’antisémites, d’islamofascistes et de nazis par les sionistes, qui s’empressent de se poser eux aussi en victimes, d’évoquer la Shoah et les souffrances de leur peuple, qui accusent leurs opposants de violences et de discriminations envers les Juifs, et qui, comme ici, alignent sans vergogne les mensonges, en prétendant ensuite, une fois découverts, que ce ne sont que des « erreurs d’inattention », mais que le fond reste vrai.
    Alors tout l’univers politiquement correct suit et censure, par crainte de ce lobby, pour éviter d’être accusé des mêmes vices. J’y vois de grandes similitudes.

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  5. Pour info sur la possibilité que Darger ait subi des sévices sexuels dans son enfance :

    Une étude dans le Journal of Psychology and Human Sexuality en 1994 portant sur 45 sujets trans a montré que 60 % d’entre eux avaient subi une forme quelconque de violence pendant leur enfance, 31 % avaient été victimes de violence sexuelle, 29 % de violence psychologique et 38 % de violence physique

    https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1300/J056v06n03_04

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  6. SMITH m’a adressé le 1er janvier, au nom d’un prétendu « droit de réponse » sans le moindre fondement juridique, plus de 15 messages comminatoires par divers médias, m’enjoignant tantôt de supprimer des commentaires ci-dessus, tantôt de les réviser, tantôt de reprendre son 3ème commentaire sur FB que je n’avais pas inclus ici, le jugeant superfétatoire. Cette personne aurait fort bien pu, si elle l’avait voulu, poster elle-même directement ses commentaires ici même sur le blog, mais elle a choisi de procéder différemment. Face à cela, dans un souci d’apaisement, j’ai accepté de poster ici sa version « révisée » de ses commentaires sur FB, à laquelle je ne répondrai pas, ayant perdu assez de temps avec ces attaques.
    Mais, comme il est encore ici question de censure, je n’ai pas accepté de censurer les commentaires ci-dessus.
    J’ai reçu de cette personne un document titré « réponse manquante » de 21 pages. Je n’en ai gardé, comme indiqué, que sa révision de ses trois commentaires sur FB, qui est ci-dessous.
    Le 1er commentaire est une réécriture de son premier commentaire sur FB, repris plus haut (et dont j’ai refusé sa demande de suppression), comme tout un chacun peut le constater.
    Le 2nd commentaire semble être identique à celui sur FB, repris ci-dessus.
    Le 3ème commentaire est censé reprendre son 3ème commentaire sur FB, que je n’avais pas recopié et dont je n’ai pas conservé le texte ; il n’est à l’évidence pas une reprise à l’identique puisque, entre autres, il comporte des textes en couleur et des fonds en couleur, ce qui est, comme chacun sait, impossible dans un commentaire FB.
    Les fautes d’orthographe et de grammaire n’ont pas été corrigées. Excepté pour les problèmes typographiques, le texte ici est identique au texte reçu.
    Cette personne dit bien connaître WordPress, mais elle semble ignorer que (en tout cas pour un non-programmeur html) il n’est pas possible d’avoir dans des commentaires sur un blog WordPress, des polices de caractère différentes, des textes colorés ou des fonds colorés. La mise en page sophistiquée de sa « réponse manquante » n’a donc pas pu être conservée ici. Postant rapidement son texte hier, le résultat de ces paramétrages de mise en page était assez peu lisible, ce que cette personne m’a bien entendu aussi reproché. Je viens donc de perdre une heure pour tenter de lui donner un peu plus de lisibilité, ci-dessous. Le commentaire d’hier est donc supprimé.
    Les commentaires sur cet article sont désormais fermés.

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    Message de SMITH le 13 septembre
    A titre personnel, quelque chose me déplaît dans ta manière de relater cette affaire. Elle date de 2016 et n’a manifestement pas été importée de notre côté de l’Atlantique avant ton post – en regardant rapidement, je n’ai pas trouvé d’autres articles publiés en France à son sujet – mais elle soulève quelques questions intéressantes qui méritent d’être disputées aujourd’hui. Toutefois, l’angle que tu empruntes dans ton article passe, à mon sens, à côté de l’enjeu de cette histoire. Aussi vais-je tenter, par ce commentaire rédigé rapidement, de remettre la balle au centre. Je vais être obligé d’être bien plus succinct que je le voudrais, faute de temps, mais je voulais au moins ébaucher quelques pistes de réponse.
    En préambule, je trouve très discutable ton titre « censure transgenre ». J’ai retourné l’affaire dans tous les sens : le fait que les signalements aient été effectués par des étudiants trans ne change strictement rien à cette dernière. Ces recours auraient eu le même poids et les mêmes effets, déposées par des étudiant-es cisgenres. Ton article ainsi que les articles-sources américains sont à charge, et les conclusions offusquées de quasiment tous les commentateurs de cet article ne font que suivre cette perspective sans remettre en question les partis-pris de ce récit, que je vais tenter de surligner.
    Il faut d’abord préciser quelques petites choses, qui ne sont absolument pas des détails, mais des éléments déterminants pour comprendre le contexte qui a pu pousser ces étudiants à signaler le comportement ou les propos de leur enseignant. Il est à mon sens ici avant tout question de hiérarchie et de rapports étudiant-es / enseignant-es, plus que de censure dans l’enseignement d’oeuvres jugées controversées:
    On ne sait absolument rien (et pourtant, depuis hier, j’ai écumé un grand nombre de sources en ligne) sur la manière dont se sont déroulés ces cours, et les moments incriminés. On a accès à une seule version du récit, dont on ignore la provenance (le journaliste a-t-il assisté au cours ? le professeur, ou un étudiant présent, lui a-t-il donné sa version ?). Cette version du récit est clairement à charge contre les élèves ayant déposé ces recours. Dans ce récit, qui ne satisfait ainsi pas à la rigueur journalistique, on ne trouve pas de restitution des mots précis employés par l’enseignant, ni par l’élève. On ne sait rien des éventuels antécédents entre cet enseignant et cet élève, des relations de ce professeur avec ses/ces élèves. On ignore si cet enseignant a, ou non, peut-être déjà émis dans le passé des propos déplacés, des sous-entendus homophobes, sexistes, transphobes, racistes… Tout ce que l’on sait, et de son propre aveu, c’est sa façon parfois « brutale » de s’exprimer. De même, on ne sait presque rien de ces étudiantes, en-dehors de leur identité de genre (bizarrement). Ont-ils par le passé déjà signalé des propos problématiques ? Sont-ils des « social warriors » acharnés qui ne laissent passer aucune maladresse ? Dans aucun de ces articles n’avons-nous accès au point de vue des étudiants. Pourtant, cher Marc, c’est bien le travail d’un journaliste que d’aller se documenter ; et dans ce cas précis, cela serait très facile puisque les noms des étudiants sont donnés, et, je viens de le vérifier, on peut tomber en quelques clics sur leur e-mail personnel.
    L’argument selon lequel ce professeur serait noté 4/5 par ses élèves, et serait donc en conséquence, irréprochable, me semble là encore pour le moins discutable. Ce n’est pas parce que cet enseignant est jugé comme « bien sous tout rapports » par la majorité des étudiant-es (selon quels critères ? qui compose la majorité de ces étudiants ?) qu’il est impossible que ce dernier aie tenus des propos ou adopté des comportements susceptibles de heurter, à juste titre, certains élèves.
    J’ai assisté le 6 mai dernier à une passionnante conférence de Judith Butler (philosophe américaine et professeure à l’Université Berkeley en littérature comparée – au cas où) à l’UCLA, intitulée « The Ethics of Pedagogy in Precarious Times ». Il y était précisément question de tout ce dont nous parlons : « This open-ended lecture will consider what obligations faculty have toward their students. The lecture acknowledges the problem of faculty complicity in reproducing the social structures that license sexual harassment and the emotional and financial exploitation of students. Questions that will be considered include: What are the key obligations faculty have toward students? How ought we to intervene to bring a halt to the exploitation of student trust and dependency? How do we understand the obligations of faculty members to students in precarious times and when key problems of social inequality are increasingly intense? How do we identify, name, and oppose the small acts and larger structures that license sexual harassment and other forms of exploitation? »
    Pourquoi mentionner cette conférence ? Parce qu’il est indispensable de préciser, en important cette « affaire » en France, que le contexte universitaire et politique n’est pas le même ici et aux USA, notamment sur la question épineuse des « trigger warnings ». A titre personnel, à ce jour, je ne les utilise pas. Je doute de leur efficacité et je pense qu’effectivement, l’injonction à leur utilisation systématique peut finalement produire les effets inverses à ceux recherchés par leur généralisation. Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet et plutôt partager l’article de Jack Halberstam, universitaire américain lui aussi enseignant en littérature comparée et études de genre à l’université de Columbia, qui se trouve être trans (comme quoi…), publié il y a déjà quelques années, antérieurement à l’affaire Bonesteel, et traduit dans l’importante revue Vacarme en France et que tu peux lire à cet endroit :https://vacarme.org/article2766.html.
    Halberstam y prend vivement parti contre ce qu’il désigne comme une « rhétorique néolibérale de la blessure, du danger et du traumatisme », incarnée par les « trigger warning ». Mais bien que je le partage, cela reste un point de vue, et il faut bien entendre que dans le milieu universitaire américain cette rhétorique, qu’on le déplore ou qu’on en fasse les louanges, y est dorénavant et pour le moment bien implantée.
    En France et ailleurs, les cas d’enseignants artistiques ayant fait preuve de propos ou de gestes sexistes (ou homophobes, transphobes, racistes, antisémites – j’en passe), nul ne peut aujourd’hui l’ignorer, sont légion. Je t’invite par exemple à aller consulter sur Youtube l’importante série d’entretiens intitulée « HERstory/Archives » que mènent Julie Crenn et Pascal Lievre depuis quelques années à ce propos. il va sans dire que ce sont très rarement des étudiants ou artistes à la fois mâles/cisgenres/hétérosexuels/blancs qui rapportent des récits, vécus, ou propos oppressifs. Lorsque je lis, Marc, l’article que tu rapportes, je ne peux pas m’empêcher, sous la forme d’une hypothèse, de me figurer l’hypothétique part manquante dans le récit de cette histoire : la version de l’étudiant appartenant à une minorité pour qui le vase était déjà trop plein, et qui a profité de cette « goutte de trop » pour avertir sa direction. Mais cela, sans interroger directement les concernés, on ne le saura jamais. Je m’appuie toutefois, pour formuler cette hypothèse, sur la lettre de Lisa Wainwright, doyenne de la faculté (on trouve un lien vers sa lettre dans ton article). Cette dernière décrit entre autres (je traduis rapidement) le comportement du Pr. Bonesteel comme « inapproprié » et qualifiable de « harcèlement basé sur l’identité de genre ». exemple parmi d’autre : tourner en ridicule les demandes des étudiant-es de respecter l’usage des TW (qui font partie pourtant du règlement de cette faculté) ; mettre dans même panier deux étudiants transgenres sous le seul prétexte qu’il rencontre des problèmes avec eux ; ou mégenrer systématiquement ses étudiants transgenres (c’est à dire, ignorer volontairement, ou par maladresse, ou manque de respect, le genre et les pronoms choisis d’une personne trans), ce qui a conduit cet étudiant à redouter ce cours. Est-ce que tout cela te semble normal ?
    Si ce comportement ne relève peut-être pas de cis-sexisme ou de transphobie conscients, il relève au moins d’un manque sérieux de bonne volonté ou d’éducation de la part de cet enseignant. Ce constat, la doyenne le dit, a été obtenu après une enquête interne au sein de la faculté, il ne repose donc pas uniquement sur les recours posés par les étudiants. Suite à ce constat, la doyenne impose effectivement à cet enseignant, « en vertu des lois fédérales, étatiques et locales sur les discriminations et le harcèlement dans l’éducation supérieure du 29 aout 2017 » de suivre une « formation » et une rencontre avec la Directrice des Affaires Académiques pour la Diversité et l’Inclusion ». Cela, Marc, que tu décris comme un « cours de reéducation pour pouvoir enseigner », te semble grotesque ? Si le respect élémentaire des identités de chacun ne va pas de soi, alors il doit passer par l’éducation, quel que soit l’âge et la position sociale de la personne qui a besoin de recevoir cette éducation. On a exactement ce débat en France aujourd’hui, autour des insultes racistes et homophobes dans les stades, et plus généralement autour de la question du racisme ou du sexisme systémique. Le respect et l’inclusion ne peuvent passer que par l’éducation, et si cela ne suffit pas, par des lois. Cela n’a, à mon sens, rien à voir avec de la censure, avec de l’hypersensibilité, avec du fascisme – je cite le vocabulaire employé par les personnes ayant commenté ce post.
    Ainsi, pour moi, dans cette histoire, le jugement sur le travail de Darger devient bien secondaire : il n’est pas ici question d’une personne transgenre trop sensible, fascisante, et qui demande à ce que soit annulé l’enseignement du travail d’un artiste jugé controversé, parce que la vue de cette oeuvre lui fait violence (et provoquant par un jeu de dominos l’annulation de l’assurance maladie de son professeur et limitant la liberté d’expression de ce dernier). En effet, ce cas pourrait tout aussi bien être regardé comme celui d’un étudiant appartenant à une minorité largement opprimée et sous-représentée au sein de la société, et dans l’histoire de l’art, et au sein des écoles d’art, formulant à l’un de ses professeurs la demande explicite de cesser de véhiculer de lieux-communs (d’autant plus lorsque ces derniers relèvent d’une opinion, qui bien qu’elle soit partagée par de nombreux experts, demeure une opinion) à propos d’une identité/communauté à laquelle il appartient et qui pour une fois se voit représentée dans l’oeuvre d’un artiste majeur enseigné à l’université, et que cette représentation se voit associée à un trauma, de manière subjective.
    Il n’est jamais question de demande de censure de l’enseignement d’une oeuvre ici. il est question de manière d’enseigner ; de qui enseigne quoi à qui et comment ; il est question de privilèges ; il est question de respect ; et il est question d’honnêteté intellectuelle.

    Réponse de SMITH le 14 septembre
    Merci Marc pour ces précisions ; n’ayant pas tout lu dans les détails pour me concentrer sur la structure de ce qui se joue ici, et que j’ai tant bien que mal essayé de pointer, je te fais confiance pour tout ce que tu as noté, corrigé et précisé. Mais l’enjeu de mon commentaire était ailleurs. Je ne « cherche à prouver » aucun « point » ; à « déminer » aucune « affaire potentiellement gênante ». Je regrette et je déplore simplement et sincèrement que dans cet échange symptomatique, il soit totalement impossible de déplacer un débat qui pose largement moins la question de la censure que celle des privilèges, des violences systémiques et de leur institutionnalisation ; pour pointer le faisceau sur un climat soit-disant totalitaire. C’est dommage. Je ne peux qu’espérer que chacun sera, dans un futur proche, à même de considérer le racisme, le sexisme, le cis-sexisme -etc, comme quelque chose de systémique, comme un fait social global, un ensemble d’institutions, de rapports objectifs de privilèges et de domination, et de représentations. cette affaire n’en n’est qu’un symptôme.
    Je me permets de partager cet article qui me semble parfaitement décrire la situation qui conduit à ce genre de posts : « C’est justement parce que la liberté d’expression est si protégée [aux USA] que les groupes qui souhaitaient alerter sur les effets de certains discours ont emprunté une voie extrajudiciaire, lançant des controverses et des dénonciations publiques. Ceux qui ne « peuvent plus rien dire » qualifient de « censure » des actions dont l’objectif, la plupart du temps, est de soulever des questions nouvelles et d’attirer le regard sur des violences auparavant inaperçues. »https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/18/on-ne-peut-plus-rien-dire-qu-est-ce-a-dire_5258655_3232.html
    Je m’arrête là.

    Commentaire de SMITH, le 18 septembre
    Je vais commencer par une brève mise au point – particulièrement en réponse à cette phrase : « Je comprends tout à fait ton discours militant pour tenter de déminer une affaire potentiellement assez gênante pour cette cause »
    Ainsi : tu considères mon commentaire sur ta page facebook, que tu élèves au statut de « discours », comme étant militant, et au service d’une « cause ». Dans l’économie de ta réponse, ce qualificatif est synonyme de propagandiste. Tu opposes – dis-moi si je m’égare – l’objectivité de ton approche de l’affaire Bonesteel, partagée par certains médias et commentateurs, à la soit-disant partisanerie de la mienne, dont l’objet serait de défendre un parti, voire un lobby, une cause… lesquel et dans quels buts ? Le fait que tu décrives mon point de vue comme étant militant, et le tien comme étant objectif, n’est pas un détail : c’est précisément là que se situe le coeur de notre discussion, et le sens de mon intervention. J’aimerais avoir le temps, l’énergie et les qualités nécessaires pour t’offrir un cours sur la notion d’universel au XXIème siècle, mais il existe largement assez de ressources accessibles en ligne, en bibliothèques, en librairies.
    Je t’invite, entre deux séances d’indignation, à aller jeter un oeil à la définition de quelques mots-clés pour t’aiguiller dans cette enquête : intersectionnalité / savoirs situés / privilège épistémique / généalogie du savoir… à leur rencontre, tu n’es pas à l’abri d’un décoiffant renversement d’épistemè, et c’est bien tout ce que je te souhaite. Leur exploration te permettra peut-être aussi de remettre en question l’hypothèse étonnante selon laquelle ton point de vue, à l’exclusion de tous les autres, serait objectif, et d’effleurer l’idée que ta manière de présenter l’affaire Bonesteel, relayant passivement une idéologie dissimulée sous de grands principes (la liberté d’expression, le refus de la censure, etc), est peut-être la seule qui soit ici militante ; d’un militantisme auquel ton article contribue, et dont l’objet serait d’assurer la conservation d’un point de vue hégémonique dans lequel s’inscrit le tien, sur l’analyse du monde dans tous les domaines – de l’histoire de l’art en l’occurrence, du travail de Darger en particulier.
    Lorsque tu me dis : « Venons-en à Darger. Tu qualifies de simples opinions et de lieux communs ce que la grande majorité des experts pensent sur ce sujet : libre à toi » : cela sous-entend que ce que pensent ces experts, et non pas ce qu’ils peuvent affirmer à partir de l’analyse d’éléments, archives, preuves tangibles… est la vérité absolue. C’est inexact. Ce qu’ils pensent, déduisent, imaginent, à partir de leur même point de vue situé, n’est qu’une hypothèse. C’est entre autres cela, Marc, que tu peux travailler à remettre en question.
    Il y a un implicite, un informulé que j’ai peur de comprendre dans ton titre « censure transgenre », et dans ta lecture de l’affaire Bonesteel : qu’il y aurait quelque chose comme un lobby trans (voire LGBTQI+, tant que nous y sommes, puisque c’est bien connu, nous formons une grande famille nucléaire – dont d’ailleurs E.Lebovici est l’intraitable matriarche) et dont l’agenda politique radical consisterait à…. à quoi d’ailleurs ? Comme plus haut, je trouverais intéressant que tu explicites tes inquiétudes, que tu formules autrement dans ce commentaire : « Peut-on admettre l’énervement de Bonesteel accusé à deux jours d’intervalle par deux étudiants de la même communauté et y voyant autre chose qu’une simple coïncidence ? ».
    De même que tu interpelles Lebovici dans un précédent commentaire, sur son absence de réaction à cette affaire américaine et ancienne de 3 ans (et dont à ma connaissance personne n’avait parlé en France avant toi), je pourrais te renvoyer à ton absence de commentaire aux innombrables récits d’actes et de paroles sexistes, racistes, homophobes, transphobes relayées notamment par les invité-es des vidéos « HERstory » de Julie Crenn et Pascal Lièvre, plus proches de nous dans le temps et l’espace, et que j’ai mentionnées dans un précédent commentaire.
    Ensuite, et parce que tu n’as pas répondu sur le fond de mon commentaire, mais t’es contenté d’en pointer les lacunes et erreurs -que je regrette amèrement d’avoir commises : après vérification, tu as tout à fait raison sur les faits que tu pointes. Je prie les lecteurs éventuels de ce nouveau commentaire re-publié, d’excuser mon manque de rigueur, car je le rappelle, cet échange s’est initialement exercé dans la sphère privée d’un commentaire Facebook écrit rapidement.
    Dans quel but, Marc, t’adresser cet addendum ? Celui de montrer que mon point de vue n’est pas moins objectif que le tien, et qu’en se basant exactement sur les mêmes informations, on peut considérer cette affaire tout à fait différemment. NB : Suites à tes rectifications, Marc, je poste donc ici quelques extraits de mon commentaire initial, laissant la typographie intacte, en remplaçant, en rose, des affirmations erronées par des questions qui te sont adressées, afin de comprendre si mes erreurs faussaient mon argumentaire, ce que je ne crois pas être le cas ; le fond gris indique que le commentaire initial est laissé intact, copié-collé directement depuis Facebook. […]
    en préambule, je trouve très discutable ton titre « censure transgenre ». Je vais te poser une question : peux-tu m’expliquer très clairement, sans sous-entendus, ce que cela change à cette affaire, que les signalements à l’encontre du professeur aient été effectués par des étudiants transgenres ? ton article et même les articles-sources américains sont à charge, et les conclusions offusquées de quasiment tous les commentateurs de cet article ne font que suivre cette perspective sans remettre en question les partis-pris de ce récit ; c’est ce que je vais essayer de montrer.
    il faut d’abord préciser ou souligner quelques petites choses. ces précisions ne sont absolument pas des détails ; ce sont des éléments déterminants pour comprendre le contexte qui a pu pousser ces étudiants à signaler le comportement ou les propos de leur enseignant. il est à mon sens ici avant tout question de hiérarchie et de rapports étudiant-es / enseignant-es, plus que de censure dans l’enseignement d’oeuvres jugées controversées:
    – en dépit d’extraits d’entretiens avec les étudiants, qui mentionnent notamment leur inconfort au sein de ce cours (ils « ne se sentent pas en sécurité », ils font l’objet de « vendettas »), l’immense majorité des articles sur cette affaire sont à charge contre les étudiants ayant déposé ces recours. […]
    je m’appuie toutefois, pour formuler cette hypothèse, sur la lettre de Lisa Wainwright, doyenne de la faculté (on trouve un lien vers sa lettre dans ton article). cette dernière décrit entre autres (je traduis rapidement) le comportement du Pr. Bonesteel comme « inapproprié » et qualifiable de « harcèlement basé sur l’identité de genre ». exemple parmi d’autre : tourner en ridicule les demandes des étudiant-es de respecter l’usage des TW (qui, il faut placer cette histoire dans le contexte nord-américain qui n’est pas le même que le nôtre, y sont courants, notamment lorsqu’il est question de traumatismes d’ordre sexuel) ; opérer une analogie entre deux étudiants transgenres sous le seul prétexte qu’il rencontre des problèmes avec eux ; ce qui a conduit cet étudiant à redouter ce cours. est-ce que tout cela te semble normal ?
    si ce comportement ne relève peut-être pas de cis-sexisme ou de transphobie conscient-es, il relève au moins d’un manque sérieux de bonne volonté ou d’éducation de la part de ce professeur. ce constat, la doyenne le dit, a été obtenu après une enquête menée par Nora Taylor, « Faculty Liaison », au sein de la faculté – il ne repose donc pas uniquement sur les recours posés par les étudiants. suite à ce constat, la doyenne impose effectivement à et enseignant, « en vertu des lois fédérales, étatiques et locales sur les discriminations et le harcèlement dans l’éducation supérieure du 29 aout 2017 » de suivre une « formation » et une rencontre avec la Directrice des Affaires Académiques pour la Diversité et l’Inclusion ». cela, Marc, que tu décris comme un « cours de reéducation pour pouvoir enseigner », te semble grotesque ? si le respect élémentaire des identités de chacun ne va pas de soi, alors il doit passer par l’éducation, quel que soit l’âge et la position sociale de la personne qui a besoin de recevoir cette éducation. on a exactement ce débat en France aujourd’hui, autour des insultes racistes et homophobes dans les stades. le respect et l’inclusion ne peuvent passer que par l’éducation. et si cela ne suffit pas, par des lois. cela n’a rien à voir avec de la censure, avec de l’hypersensibilité, avec du fascisme – je cite le vocabulaire employé par les personnes ayant commenté ce post. […]
    Pour finir, cher Marc, je te demande, si tu ne souhaites pas poursuivre cet échange, de bien vouloir me retirer de ta liste d’amis, de même que tu l’as fait avec celle-ux parmi nos ami-es commun-es qui ont liké mon commentaire, affichant donc un point de vue divergeant du tien, censurant, de fait, leur point de vue (sic ?). Je ne le ferai pas moi-même, d’une part car je chéris les réseaux sociaux pour l’opportunité qu’ils offrent, quand on sait la saisir, de palier au déficit démocratique ambiant et à la croissante individualisation à l’extrême, qui font que chacun-e n’est désormais plus d’accord qu’avec lui/elle-même ; et parce que je crois sincèrement en ta capacité à faire évoluer tes certitudes.

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