Lara Almarcegui, l’envers minimal du décor

Lara Almarcegui, Construction Materials, Cidade de Sao Paulo, 2005-06, affiche

Dans le cabinet graphique de l’École Polytechnique Fédérale de Zurich, on peut visiter (jusqu’au 17 novembre) une exposition de Lara Almarcegui, où il y a peu à voir, mais pas mal à penser. Contrairement au pavillon espagnol à Venise en 2013, elle n’a pas rempli ces salles de leur équivalent en matériaux de construction, mais se contente d’afficher aux murs la quantité de tonnes de béton, d’acier, de verre que représente telle ville ou tel lieu, et d’exposer en vitrines de trop nombreux dessins pour des projets similaires.

Lara Almarcegui, L’Area dismessa ex-Michelin apre al publico, 2006, brochure

Bien plus intéressante est son exploration de lieux abandonnés, de friches urbaines : aprés l’île artificielle de Sacca San Mattia à Venise, aprés les terrains vagues au milieu des hôtels beyrouthins, après un village désert à Sharjah, une friche Michelin en Italie (ci-dessus, avec visite guidée par l’artiste) ou l’Île de la Chèvre prés de Feyzin, elle explore ici les gravières et sablières du Rhin autour de  Bâle, produisant à chaque fois un petit livret fort bien documenté, avec carte, plans, photos, données techniques et histoire du lieu, et, implicitement, dénonciation de la logique industrielle de détérioration de l’espace.

Lara Almarcegui, Miberal Rights, Tveitvangen Norway, 2015, capture écran vidéo

On peut aussi voir ici une série de photos de maisons à Wellington (NZ) qui ont été déplacées, chacune avec son histoire (post coloniale). Je me souviens aussi de son projet à Ivry, une réappropriation de chantier. La plupart  de ces initiatives sont en porte-à-faux entre un Land Art plutôt passif et un engagement social critique plus militant. Le projet le plus pertinent, le moins ambigu est sans doute son acquisition de droits d’exploitation minière en Norvège, droits qu’elle n’utilisera délibérément pas, mais elle a fait mesurer la quantité de minerai de fer disponible dans sa concession. Visuellement, on n’a que quelques dessins et graphiques ingrats, et une vidéo montrant rochers et forêts. Pas grand chose à voir, une fois de plus, mais une position citoyenne, politique, économique qui certes ne témoigne pas d’un engagement (comme chez Matta-Clark, par exemple) mais au moins fait réfléchir.

Photos 1 & 3 de l’auteur

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