A propos de Zineb Sedira représentant la France à la Biennale de Venise et du BDS

Comme j’ai été, très modestement, un des acteurs de l’ « instrumentalisation » de Zineb Sedira par le BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), j’ai voulu mentionner ici quelques faits indubitables.

Il y a quelques mois, l’artiste libano-américain Walid Raad a reçu le prix Aachen décerné par la Fondation Ludwig. Mais le maire de la ville a accusé Walid Raad de supporter le boycott d’Israël; la seule accusation à ce sujet, pour citer le Jerusalem Post, était : « In 2017, Raad removed his work from The Mediterranean Biennale due to BDS ». Confronté à ces accusations, Walid Raad a refusé de se justifier, il a été, toujours d’après le Jerusalem Post, « mocking and snug ». Le maire d’Aix a donc refusé que le Prix lui soit décerné. Le Conseil d’Administration de la Fondation Ludwig a tenu bon, et Walid Raad, resté digne et ne s’étant pas renié, a reçu le Prix. J’ai donné plus de détails dans ce billet.

On a annoncé il y a quelques jours (le 24 janvier) que l’artiste franco-algérienne Zineb Sedira allait représenter la France à la Biennale de Venise en 2021. Dans les jours qui ont suivi, elle a été la cible d’attaques venant de l’extrême-droite sioniste (Causeur, BHL, le CRIF, Jacqueline Frydman, etc.) et accusée de soutien au BDS, et donc, classiquement, d’antisémitisme, car elle avait retiré une de ses oeuvres qui devait être montrée dans cette même Biennale en Israël en 2017, tout comme Walid Raad et au moins quatre autres artistes : Jordi Colomer, Akram Zaatari, Yto Barrada et Bouchra Khalili (une comparaison de la liste initiale avec la liste finale des artistes exposés montre aussi le retrait de Pierre Huyghe et de Pipilotti Rist, peut-être pour d’autres raisons).

Confrontée à ces attaques, Zineb Sedira a envoyé le 29 janvier un communiqué à l’AFP, dont je n’ai pas trouvé le texte complet, mais dont i24news a repris la teneur : « son retrait a été instrumentalisé par le  BDS », dire qu’elle s’est retirée pour soutenir le BDS constitue « des accusations infondées et calomnieuses », et « quand elle s’est retirée d’une exposition au sein de la Biennale de la Méditerranée en juin 2017, ses raisons « n’avaient absolument rien à voir avec ce mouvement dit BDS » mais étaient « purement artistiques », en raison des mauvaises conditions d’installation d’une de ses vidéos. » BHL, dans La Règle du Jeu et sur Twitter, s’en est aussitôt félicité, remplaçant dans son tweet « raisons purement artistiques » par « considérations morales  » (un lapsus intéressant ?) et ajoutant (est-ce dans le communiqué AFP ?) « la page Facebook en ligne depuis lors qui l’associait au BDS a été publiée sans son consentement ».

J’ai donc été, très modestement, un des acteurs de cette « instrumentalisation » de Zineb Sedira. Voici les faits indubitables :
– le 23 juin, le site d’information e-flux (dont je reçois les mails) publie un communiqué de cette Biennale Méditerranéenne qui doit commencer le 30 juin. Parmi les 55 artistes annoncés se trouvent Yto Barrada, Jordi Colomer, Bouchra Khalili, Walid Raad, Zineb Sedira et Akram Zaatari;
– quelques heures plus tard, à 21h09, l’artiste libanais Akram Zaatari publie sur sa page Facebook (toujours en ligne) son refus de participer à cette Biennale israélienne, accusant le FRAC PACA (dirigé par Pascal Neveux) d’avoir prêté son oeuvre contre son gré (capture d’écran ci-dessous); cette page FB a 101 commentaires et 173 partages (dont le mien);

  • je relaie peu après cette information sur ma page FB (aujourd’hui supprimée) en me demandant si d’autres artistes (que je nomme, parmi ceux que je connais) vont prendre ou non la même décision;
  • j’échange par mail avec certains de ces artistes le matin du 24 juin pour savoir s’ils ou elles vont réagir; certaines disent, oui, dans la journée;
  • le 24 juin à 11h50, Akram Zaatari écrit en commentaire de son post (capture d’écran ci-dessous) « Yto Barrada – Bouchra Khalili – walid Raad – Zineb Sedira and myself asked Frac to remove our works from this exhibition and promised to send out an e-flux statement »

-le 24 juin à 18h07, Akram Zaatari écrit en commentaire de ce même post (capture d’écran ci-dessous) « I do not know anyone [in the list of artists] except Yto Zeynab Bouchra and walid. And we all withdrew together »

Le 26 juin j’ai écrit un billet sur mon blog, récapitulant l’affaire : https://www.lemonde.fr/blog/lunettesrouges/2017/06/26/using-art-to-whitewash-oppression-comment-utiliser-lart-pour-legitimer-la-colonisation/
[Précision complémentaire : je n’ai pas pu citer ici certaines correspondances privées du matin du 24 juin, faute d’accord de la personne avec qui j’avais alors échangé.]

Je vous laisse donc juges du caractère « infondé et calomnieux » de ces informations, des « raisons purement artistiques » du retrait de Zineb Sedira, et de son « instrumentalisation par le BDS ».

La seule conclusion que, désabusé, j’en tire est qu’il ne faut pas, ici non plus, confondre la personne et l’oeuvre. Zineb Sedira reste, à mes yeux, une grande artiste. Dommage.

[Ajout 2 février :]

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