L’énergie de la matière (Joana Escoval)

Joana Escoval, vue d’exposition Mutaçoes. The Last Poet, Museu Berardo

en espagnol

Foin du white cube et des accrochages linéaires ! Assez du regard distancié et froid du visiteur face aux oeuvres accrochées aux murs ! L’exposition de Joana Escoval au Musée Berardo (jusqu’au 19 avril) est une expérience englobante, où vous entrez dans un espace visuel, lumineux et sonore comme si vous obéissiez à une injonction d’abandonner tout espoir. Ce boyau organique blanc aux murs sinueux dans lequel on pénètre, non sans quelque appréhension, est déjà une oeuvre en soi, une construction de l’expérience du spectateur, qui n’est plus simple regardeur mais acteur, déambulateur, flâneur, dont tout le corps doit s’adapter aux ondulations du parcours, aux passages du clair à l’obscur et aux variations d’intensité du son. On peut le vivre comme une simple exploration, comme une dérive aventureuse, ou, mieux, comme une régression utérine, dont, à la fin, sans s’y attendre, sans nulle notice, on sera brutalement expulsé dans la brutale lumière d’un corridor de service.

Joana Escoval, vue d’exposition Mutaçoes. The Last Poet, Museu Berardo

Au détour de ces circonvolutions, on rencontre, presque par hasard, des sculptures de Joana Escoval qui, comme toujours avec elle, sont fines, légères, épurées, flottantes, à peine suspendues. La plupart sont des fils de métal, cuivre, bronze ou or, fixés au mur ou au sol, dessinant des courbes simples et élégantes, créant d’autres rondeurs au sein de ces rondes parois. On navigue entre elles, on va parfois jusqu’à esquisser un pas de danse, un contrapposto dynamique pour passer de l’une à l’autre en les esquivant. Certaines sont ancrées dans des laves stromboliennes, comme un écho minéral de la naissance du monde. Entre ces infimes sculptures, notre corps perçoit constamment une oscillation, un flux, un déplacement d’énergie, une tension créatrice, une transformation essentielle.

Joana Escoval, vue d’exposition Mutaçoes. The Last Poet, Museu Berardo

Une vidéo, à distance au fond d’une caverne obscure, montre trois formes mystérieuses, filandreuses, se balançant en cadence : on croirait trois créatures abyssales, avant de saisir qu’il s’agit de la crinière et de la queue d’un cheval, et de la chevelure de la cavalière. Une autre double vidéo, où les câbles d’alimentation des écrans se tordent au sol comme des serpents, met face à face les yeux d’un félin et ceux d’un humain, deux prédateurs cruels.

Joana Escoval, vue d’exposition Mutaçoes. The Last Poet, Museu Berardo

On peut bien sûr parler ici de nature, d’écologie et de la forêt amazonienne ou autre, mais, davantage que ces préoccupations de premier niveau, il me semble que cette installation de Joana Escoval nous replace d’abord dans une relation filiale, fusionnelle, totémique avec le monde minéral et son énergie cosmique originelle, avec la Terre-mère. La sortie en fin d’exposition n’en est que plus brutale.

Photos de Bruno Lopes, courtesy Museu Berardo.

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