Cristina Ataide, en rouge et noir

Cristina Ataide, (Im)permanências (Im-permanences), 2003, bois, pigment, fils d’acier, 50x1050x120cm

en espagnol  

Tout ou presque est binaire dans cette exposition de Cristina Ataide au Musée Berardo (jusqu’au 14 mars) : le plein corporel et le vide spirituel dès le titre (« Donner du corps au vide »), l’individu confronté à son environnement, le voyage (physique ou intérieur) et la connaissance (de terrain ou en chambre). Les médiums se chevauchent, sculpture, dessin, vidéo, photographie, installations; l’arbre, la montagne et l’eau sont les principaux personnages, fruits de rêves ou de rencontres. Ce bateau en bois, sombre et effilé, copie d’une pirogue indienne, violemment éclairé au milieu de la pénombre de la salle (pages 62-67 du catalogue), est suspendu et flotte un peu à mon passage; son intérieur est peint en rouge et le contraste des deux couleurs est saisissant : effet formel d’abord, pensé pour attirer le regard, mais aussi mémoires de voyages, de passages, de traversées, et peut-être prémonition de l’ultime voyage, avec Charon. Rouge aussi est l’intérieur d’une sculpture sombre en bois, accrochée au mur, Surge, dont la forme un peu anatomique évoque certains moules érotiques de Duchamp.

Cristina Ataide, Todas as Montanhas do Mundo (toutes les montagnes du monde), n°1 (2008) et n°2 à 5 (2020), fer, MDF, pigment, fils d’acier, dimensions variables de 140 à 270 par 100 à 140 cm, vue partielle n°1, 3 et 4; au fond, Ficus n°1 à 4, 2004, bronze

On retrouve le plein et le vide, le rouge et le noir, dans ces formes lacustres ou îliennes, l’une au sol remplie de pigment rouge, les autres flottant, suspendues, et n’étant plus que des frontières, des contours d’un espace vide, des fantômes (leur circonférence est colorée du même pigment entre deux rails noirs) : positif et négatif, certes, mais surtout opposition entre surface et ligne. C’est sans doute la pièce la plus subtile de toute l’exposition, la plus complexe et la moins réductible à un discours trop simpliste. Cette ambiguïté (terre ou eau, île ou lac, plein ou vide) se retrouve dans beaucoup de ses autres travaux, comme par exemple ses petites montagnes de bronze, doublon en miroir haut et bas, la couronne montagneuse en marbre suspendue à l’entrée, ou le trou dans un mur en revers d’une petite sculpture de montagne en bronze (pages 22-23 et 35 du catalogue).

Cristina Ataide, Autoretratos (autoportraits) n°1 à 6, impression pigmentaire sur papier photo, chacune 120x200cm

Alors que nous avions là des empreintes, son travail aquatique a davantage à voir avec la dissolution des formes, que ce soit la vidéo biface de reflets vertigineux dans l’eau (pages 59-61 du catalogue) ou les photographies de la dernière salle, au mur et au sol, où un monde indistinct et coloré se mire dans une eau huileuse : rien ne bouge, sinon notre regard qui, hypnotisé, vacille. C’est aussi une salle (pages 68-79 du catalogue) dédiée à la poussière, une poussière métaphysique qui, dans des inscriptions (en anglais) au sol ou sur les photographies, occupe tout, devient tout, habite tout, coeur, désir, solitude, évasion, intimité, nudité, tendresse, virginité, mélancolie, en binômes contrastés : « Dust as my heart, my heart as dust ». Coeur rouge et poussière noire. Tout est poussière, tout retournera à la poussière, dit la Genèse.

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