Musée de la gentrification et droit au retour

Nikolai Nekh, photo de João Laia, The Smallville Hotel, Beyrouth, 18/10/2019, 17h36

en espagnol

Beyrouth, 18 octobre 2019 : des centaines de milliers de Libanais manifestent contre la « taxe WhatsApp » et vont faire tomber le gouvernement Hariri. L’artiste russo-portugais Nikolai Nekh, alors en résidence à Beyrouth avec une bourse Gulbenkian, craint de sortir en ville au milieu des émeutiers, et préfère rester à l’hôtel, profitant de la piscine au dernier étage, loin des problèmes locaux. Sa photo, tirée sur une grande bâche du type utilisé dans les travaux de construction, attire le regard quand on entre dans la galerie Balcony, à Lisbonne (désormais fermée pour cause de confinement). Le travail présenté fait partie d’un projet commencé en 2018, titré « Musée de la gentrification« . De même que ceux qui achètent des appartements dans des quartiers « gentrifiés » et y vivent (en particulier les étrangers qui le font au Portugal) sont protégés des réalités économiques et sociales du reste du pays, de même Nekh s’était protégé de la vie réelle du pays où il devait passer quelques mois.

Vue d’exposition, photo de l’auteur

Outre cette grande photographie, la petite exposition consiste en sculptures faites à partir d’objets recueillis dans la rue, déposés là lors de travaux de rénovation d’immeubles en cours de gentrification : tubes, chassis de lits, estrades, échafaudages, tout ce rebut abandonné suite à ces travaux; et aussi des photographies de ces objets vestiges des rénovations immobilières. L’idée est évidemment que, une fois transformées en oeuvre d’art, ces sculptures et ces photographies soient achetées par des collectionneurs qui vont les installer dans les appartements mêmes d’où provenaient les objets. Un droit au retour, tout aussi politique que l’autre.

Vue d’exposition, courtesy de la galerie

Voilà, dernière critique d’exposition avant quelque temps, je le crains …