Le Diable est dans les détails (Josefa de Óbidos)

Josefa de Ayala, Agnus Dei, 1680, huile sur toile, 105x85cm, Irmandade dos Congredados, Braga.

Josefa de Ayala, dite de Óbidos (1630-1684) est LA peintre portugaise historique, non seulement une des rares peintres qui émergent de l’histoire de l’art portugais avant le XIXe siècle (avec Nuno Gonçalves deux siècles plus tôt), mais en plus une femme à l’époque où il ne leur était pas toujours aisé, non point de peindre, mais d’accéder aux commandes royales ou de l’Église. Quelques portraits, des natures mortes et beaucoup de tableaux religieux. Une gloire locale, que le cher et acide Charles Sterling qualifiait d’artiste dotée d' »une charmante gaucherie provinciale ». Une exposition titrée l’art religieux au féminin présente jusqu’au 23 mai vingt-et-une de ses toiles avec plus de cent tableaux et dessins religieux de Paula Rego, ici chez elle, que je ne goûte guère, et dont je ne vous parlerai point. Pas grand chose à en dire. Des huit salles de l’exposition, seule la première est consacrée à Josefa de Óbidos.

Josefa de Ayala, Narure morte avec douceurs et pâtisseries, 1675, huile sur toile, 84.5×176.5cm, détail, Musée municipal de Santarem.

Il y a là deux natures mortes trés minutieuses, dégoulinantes de sucreries (détail ci-dessus), au point qu’un livre lie sa peinture et des recettes de cuisine pour diabétiques. Il y a plusieurs tableaux de la vie de Sainte Thérèse provenant de la paroisse voisine et des Enfants Jésus plutôt androgynes.

Josefa de Ayala, Sainte Marie.Madeleine, vers 1650, huile sur cuivre, 22.8×18.4cm, Musée Machado de Castro, Coïmbra.

Les deux toiles les plus intéressantes sont sans doute cette Marie-Madeleine éplorée de 1650, peinte sur cuivre et, en haut, cet Agneau Pascal hyper-réaliste de 1670. Pas de quoi vous écrire un billet très conséquent (je laisse ça aux « érudits« ). Alors, m’ennuyant un peu, j’ai regardé les détails, et n’ai pas été déçu.

Josefa de Ayala, La Sainte Famille, 1672, huile sur toile, 166×143.5cm, détail, Paroisse de Cascais.

L’enfant Jésus ne veut plus téter, et le lait de sa mère gicle sur son visage (Saint Bernard n’aurait jamais fait ça).

Josefa de Ayala, Sainte Thérèse devant la Sainte Trinité, 1672, huile sur toile, 111.5x148cm, détail, Paroisse de Cascais

Un ectoplasme s’invite entre Sainte Thérèse et la Sainte Trinité.

Josefa de Ayala, Transverbération de Sainte Thérèse, 1672, huile sur toile, 180.5x140cm, détail, Paroisse de Cascais.

Des flammes jaillissent du coeur de Thérèse transpercé lors de sa transverbération.

Josefa de Ayala, Sainte Thérèse inspirée par le Saint Esprit, 1672, huile sur toile, 110.5×146.5cm, détail, Paroisse de Cascais

Et l’extase de la Sainte n’a rien de la sensualité ambiguë de celle du Bernin ou des figures chères à Pascal Ory.

Josefa de Ayala, L’Enfant Jésus Sauveur du Monde, 1673, huile sur toile, 95×116.5cm, détail, Paroisse de Cascais.

Enfin, l’entre-jambes du petit Jésus reste un mystère voilé, une phallophanie hypocrite. Tout cela m’a peu convaincu, mais bien distrait. Les lusophones pourront lire une critique plus sérieuse que la mienne. Mais je me dis que ces détails surprenants mériteraient peut-être une attention plus savante que la mienne (comme Murielle Gagnebin le fit pour le Saint Bernard de Cano, combinant psychanalyse et esthétique).

Photos de l’auteur excepté les nº 1 et 3.

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