Les femmes de Raphaël

Couverture du catalogue avec son Autoportrait de 1504-06 (huile sur bois, 47.5x33cm, Galerie des Offices, Florence)

Je n’ai pas pu voir la grande exposition romaine de Raphaël l’été dernier : plus de places quand j’étais à Rome, même à 3h du matin. C’était le 500ème anniversaire de sa mort (le Vendredi Saint de 1520) et il y avait déjà eu plusieurs grandes expositions depuis le 500ème anniversaire de sa naissance (aussi un Vendredi Saint, peut-être, en 1483). Une grande exposition présentée à rebours, même dans son titre (1520-1483) : je ne peux jouir que du catalogue.

Raphaël, La Velata (la femme voilée), vers 1516, huile sur toile, 85x64cm, Galerie Palatine, Florence.

Celui-ci (en anglais chez Skira ; existe aussi en italien, mais épuisé) est impressionnant : 544 pages, de très nombreuses reproductions, 15 essais, une importante bibliographie, mais, hélas, pas de liste récapitulative des oeuvres présentées ou citées. Les 204 oeuvres montrées dans l’exposition sont réparties au fil du livre dans 11 sections, mais la logique de ces sections n’est pas vraiment explicitée et doit se deviner ; chaque oeuvre y a droit à une ou plusieurs illustrations et est accompagnée d’une notice scientifique plus ou moins longue. De ces 204 oeuvres, sauf erreur, 117 sont de Raphaël, peintures, dessins ou textes manuscrits, mais aucun index ne les recense, ce qui rend fort malaisée l’utilisation du livre comme référence. En plus (et parfois en double), les essais eux-mêmes comprennent, sauf erreur, 175 illustrations, là aussi sans le moindre index : une désinvolture éditoriale assez irritante quand vous cherchez une image précise.

Raphaël, La Fornarina, 1518-19, huile sur bois, 85x60cm, Palais Barberini, Rome.

Comme toujours, il y a des querelles d’attribution : les auteurs ont réattribué à Raphaël, ou plutôt à Raphaël et son atelier, des oeuvres précédemment considérées comme étant de certains de ses élèves, en particulier Penni et Jules Romain : le comité scientifique a estimé que la qualité des oeuvres de ces peintres baissait drastiquement après 1520. Je n’ai évidemment aucun avis et aucune compétence en la matière, mais il me semble que ce sujet aurait mérité un essai spécifique dans le catalogue, plutôt qu’une mention en passant dans la préface par la présidente dudit comité, Sylvia Ferino-Pagden.

Raphaël, Portrait de jeune femme, vers 1520, huile sur bois, 60x44cm, Musée des Beaux-arts, Strasbourg

Ceci dit, les essais sont dans l’ensemble de grande qualité. Certains portent sur un sujet précis et étroit, les bijoux dans ses tableaux, ou les discours sur sa mort et ses funérailles et leur représentation par d’autres peintres (j’ignorais que sa promise, Maria Bibbiena, toujours pas épousée après six ans de fiançailles, avait été enterrée avec lui). D’autres sur une oeuvre spécifique importante, le portrait du pape Léon X avec deux cardinaux, ou la lettre de Raphaël à Léon X sur, entre autres, son projet d’urbanisme pour Rome.

Raphaël, Sainte Catherine d’Alexandrie, vers 1507, pierre noire avec rehauts de blanc, dessin piqué pour le transfert, 58.7×43.6cm, Musée du Louvre.

D’autres explorent son oeuvre avant sa venue à Rome en 1509, ses débuts à Urbino, Città del Castello et Pérouge, puis son accomplissement à Florence, et d’autres son rapport à l’Antique ou sa poésie. Deux essais analysent ses rapports avec les deux papes qui furent essentiels dans sa carrière, Jules II, puis Léon X. L’essai initial de Marzia Faietti, commissaire de l’exposition et éditrice du catalogue avec Matteo Lafranconi, est sans doute le plus inspiré, celui qui retransmet le mieux le génie de Raphaël.

Raphaël, Sainte Catherine d’Alexandrie, 1507-09, huile sur bois, 71x55cm, National Gallery, Londres (pas dans l’exposition, ni le catalogue).

Je ne prétends nullement me mesurer à ces écrits savants. Mais, comme la première image du catalogue, en page de garde, est un gros plan sur la main droite de la Fornarina soulignant son sein droit, j’ai été saisi par la relative fréquence de ce geste dans d’autres tableaux de Raphaël : La Velata représente aussi sa maîtresse, moins dévêtue mais pas moins audacieuse, mais qu’en est-il de cette autre jeune femme au geste encore plus franc et osé ? Et quel est le sens d’un tel geste chez Sainte Catherine en extase (le tableau n’est ni dans l’exposition, ni dans le catalogue, seulement le dessin préparatoire) ? Geste de pudeur ou d’invite ? La légende vasarienne dit que Raphaël mourut de ses excès sexuels. Quant à la Fornarina, peut-être son surnom ne vient-il pas de la profession de son père ou mari boulanger, mais de l’assimilation de son vagin à un four brûlant. Ses images détonnent au milieu d’une multitude de Vierges (dont certaines eurent aussi Margarita Luti comme modèle, d’ailleurs) et de pudiques jeunes femmes (une à la licorne, symbole éminent de chasteté). Et le catalogue vous offrira bien d’autres plaisirs que celui, très étroit, que j’ai retenu ici.

Livre reçu en service de presse.

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