Giacometti l’Égyptien ?

Alberto Giacometti, Grande femme, 1958, plâtre peint;
Statue de la déesse Nephthys, 18e dynastie (1391-1353 BC), diorite, Musée du Louvre;
Alberto Giacometti, Femme qui marche, 1932-36, plâtre, 152.1×28.2x39cm (photo de l’auteur)

en espagnol

Autant l’exposition sur Giacometti et les Étrusques il y a quelques années avait été plutõt vide de sens, et centrée seulement sur des ressemblances formelles, autant celle actuellement (jusqu’au 10 octobre) à la Fondation Giacometti sur ses rapports avec l’art égyptien est riche. Bien sûr, il y a ici aussi des parentés formelles, un certain hiératisme, une pureté ascétique, et surtout un rapport à la marche : signifier le mouvement plutôt que le représenter. Mais il y a aussi la démonstration d’un réel intérêt de l’artiste pour cette antiquité, les livres qu’il annote, les motifs qu’il copie.

Portrait du Fayoum, fin du IVe siècle, peinture à la détrempe sur bois de ficus, 36x17x0.5cm, Musée du Louvre

On trouvera bien sûr une grande proximité avec les portraits du Fayoum, ces icônes mortuaires au regard pénétrant qui sont les premières peintures (en Méditerranée) à rendre compte de la réalité d’un individu, des ses traits véritables. Et aussi une plus grande similitude avec l’art amarnien, les traits allongés et fins d’Akhénaton et de ses proches, comme dans le buste ci-dessous.

Alberto Giacometti, Buste mince sur socle (dit Aménophis), 1954, plâtre, 39.7×33.1×13.7cm

Par contre, Giacometti, dans cet exercice, semble peu mettre l’accent sur le divin, tant le caractère funèbre des portraits que la dimension éternelle, cette transcendance de la mort qui sous-tend tout l’art égyptien antique. Son propre questionnement sur la représentation reste formel, esthétique : peu de dépassement religieux chez lui.

3 réflexions sur “Giacometti l’Égyptien ?

  1. Margotte dit :

    Bonjour Monsieur Lunettes,
    J’espère que tu te portes bien. Ici on (re)jongle entre télétravail et garde d’enfant pour cause de fermeture de classe dès la rentrée (cas de covid).
    Je ne pense pas avoir la possibilité et le temps de voir cette exposition. quand bien même la Fondation de Paris vaut paraît-il le déplacement.
    Peux-tu développer, stp, la proximité de certaines oeuvres de Giacometti avec les portraits funéraires du Fayoum ? et lesquelles par exemple.
    (Cet aspect de son art m’est totalement inconnu.)

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    • Extrait du DP : « la ressemblance [d’une tête] constitue un point d’achoppement qu’il s’agit de dépasser en captant quelque chose de la vie, non pas celle intérieure du modèle, mais quelque chose qui rende la tête vivante. C’est cette caractéristique qu’il loue dans la statuaire égyptienne de l’époque pharaonique et qu’il retrouve aussi dans les effigies des momies de la période romaine. Ses portraits de petit format, peints entre la fin des années 40 et la fin des années 50, montrent des têtes qui surgissent d’un fond sombre et captent l’attention par un puissant effet de présence. Ils reposent sur un même principe de concentration sur le regard que les « portraits du Fayoum ». En illustration un dessin à l’encre d’environ 1950 « Copies d’après un portrait de momie du fayoum et deux masques de Nouvelle Guinée »

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