Ceija Stojka

Ceija Stojka, ST, 1994, acrylique sur carton, 100x70cm

en espagnol

Plus que quelques jours pour aller voir l’exposition des peintures de Ceija Stojka à la galerie Christophe Gaillard, surtout si vous n’aviez pas vu son exposition à la Maison Rouge il y a trois ans. Je reprends ici quelques éléments du billet que j’écrivis alors. Ce témoignage sur le génocide des Gitans par les nazis dérange parce qu’on a trop souvent dit « je ne savais pas », ou en tout cas « je n’étais pas conscient ». Ce génocide ignoré, qui eut tant de mal à être reconnu dans l’ombre de l’autre, ce génocide dont personne ne parlait, que nulle organisation, nul état a fortiori, ne mettait en avant, qu’en savons-nous ? Le nombre des morts nous vient-il immédiatement à l’esprit ? Le nom d’une jeune martyre est-il présent dans tous les esprits, et son Journal lu dans toutes les écoles ? Un mémorial a-t-il trouvé sa place dans toutes les mémoires ? Rien de tout cela. Aujourd’hui encore, nous en parlons si peu, nous y pensons si peu. Et c’est bien pourquoi Ceija Stojka, matricule Z6399 tatoué sur son avant-bras, est tellement importante. Parce que là où les discours politiques n’ont quasiment rien dit, là où les livres d’historiens n’ont quasiment pas eu d’impact, là où les rares témoignages sont restés dans l’ombre, là où la mémoire a été orientée, obscurcie, seule une artiste ayant vécu ça peut bouleverser les esprits, elle seule peut changer le cours, non de l’histoire, mais de sa perception, et redonner de la justice, rétablir des équilibres, ressusciter la mémoire. Ces yeux dissimulés parmi les herbes disent mieux que des mots la peur et l’envie de survivre, malgré tout.

Ceija Stojka, Ravensbrück, 20/08/2009, acrylique sur toile, 80x60cm

C’est l’art d’une autodidacte, un art naïf, expressionniste, au premier degré : les scènes joyeuses d’avant et d’après la guerre ne valent que par leurs couleurs gaies, leur contraste apaisé avec les images de la déportation, et nul n’y prêterait beaucoup attention hors contexte. Ceija Stojka nous livre un témoignage : elle dit, avec des mots simples, les peurs d’une enfant de dix ans, le réconfort de la présence maternelle, l’absence d’effroi face à la mort. Et c’est bien parce que ces sentiments sont simples et bruts, et parce qu’elle les revisite 40 ou 50 ans plus tard, que son oeuvre a autant de force. C’est bien parce qu’elle ne sait pas bien peindre que ses peintures nous sautent au coeur. Leur force vient de ces visages occultés, de ces corps réduits à quelques traits, de ces couleurs brutales.

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