Poèmes industriels de Marcel Broodthaers

Marcel Broodthaers, Département des Aigles, 1971

en espagnol

Wiels à Bruxelles présente (jusqu’au 9 janvier) la totalité des Poèmes industriels de Marcel Broodthaers, ces plaques en plastique qu’il ornait de textes, de signes, de graphiques, de rébus, comme un détournement de l’affiche publicitaire. Certaines, pionnières de la critique institutionnelle, ont à voir avec le Musée d’Art Moderne, Département des Aigles et ses diverses sections, XVIIIe, XIXe, Littérature, où affleure son intérêt pour David, pour Ingres, pour Courbet et pour Antoine Wiertz, pompier romantique méconnu (l’étage supérieur de Wiels consacre en écho une exposition de la révison des oeuvres de Wiertz par R.H. Quaytman, simpliste et assez peu convaincante). La plupart des plaques traitent de la langue, de la sémiotique, codes, grammaire et syntaxe, sujets très à la mode dans les années 70.

Marcel Broodthaers, Nous n’irons plus au bois, 1972

Ce qui est frappant pour moi, et en général assez peu mis en avant dans les textes sur Broodthaers qui souvent se limitent au message, c’est la richesse du médium : ces plaques de plastique se déclinent en différentes couleurs, composant des ensembles modulés. Certaines jouent sur le positif / négatif, proposant des images inversées, reprenant sous forme visuelle ses diptyques vrai / faux, être / ne pas être, etc. D’autres composent des jeux esthétiques avec les formes essentielles de la géométrie, cube, sphère, cylindre, pyramide. Même la pipe se décline visuellement et pas seulement sémantiquement : fumante, cassée, comme pictogramme, comme lettre, et même réduite à des volutes de fumée.

Marcel Broodthaers, S.T., 1968, argile & Lettres et ponctuations, plasticine colorée, 1969

À côté de ces plaques de plastique très « clean », il y aussi (dans une vitrine et dans la pièce « air ») des lettres en argile et en plasticine, grossièrement faites et portant de ce fait une certaine charge émotionnelle : le fait que l’artiste les ait modelées leur confère une proximité, une chaleur inhabituelles dans ce froid univers plastique. On trouve aussi dans l’exposition ses lettres ouvertes sur des lectrins au fil des salles, mais un peu plus de contextualisation de ces lettres aurait été bienvenue. Gros catalogue de 400 pages (50€) avec les 36 plaques et une importante documentation.

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