Les lignes de Bernar Venet

en espagnol

Le nouvel espace de la galerie Ceysson & Bénétière à Saint-Étienne, situé entre deux des hauts lieux locaux (le Chaudron et la Comédie, avec les mânes de Jean Snella et de Jean Dasté, deux idoles de ma jeunesse) est une cathédrale : d’immenses salles lumineuses où des oeuvres de grande taille peuvent se déployer. Je ne sais quel sera l’effet quand ils présenteront des miniatures de Philippe Favier, mais l’exposition inaugurale, avec les sculptures de Bernar Venet (jusqu’au 23 décembre; voir aussi le site de sa fondation), est idéale pour cet espace imposant. Venet vient du noir, du goudron, du charbon, de l’obscur, et il vient de l’équation, de la formule, de la ligne.

Sont montrées principalement ici ses Lignes indéterminées, qui, aléatoires, imprévisibles, s’affranchissant de la rigueur mathématique, flirtent avec le gribouillis informe, révélateur d’un inconscient distrait : des anti-sculptures en quelque sorte. Et ces Lignes, découpées au chalumeau dans un combat avec la matière, où le geste de l’artiste se confronte à la résistance de la matière, sont de fer, sombre ou rougeâtre (car rouillé), immenses, massives et pourtant aériennes, quasi menaçantes dans cet espace qu’elles occupent comme autant de créatures inconnues, d’insectes mutants, de tourbillons envoûtants. La plus ancienne, de 1980, en bois patiné, semble encore apprivoisable, caressable, mais nul n’ose s’approcher trop près des lourds monstres d’acier, enroulés sur eux-mêmes, entremêlés, parfois effondrés, mais qu’on imagine prêts à se détendre d’un coup et bondir. Leur gravité et leur harmonie les font uniques, avec leurs douces rondeurs et leurs aspérités vives.

Et parfois la ligne devient surface, aplat, dont le contour dentelé délimite un terrain, un espace d’acier moiré, une fenêtre obscure, mais sur quoi ?

Dessin de Bernar Venet (détail d’une photographie de vue d’exposition).

À noter aussi les dessins de Venet, où encre et graphite composent des reliefs lumineux, des reflets chatoyants. Les éditions d’art Ceysson viennent d’ailleurs d’éditer un superbe livre de 336 pages qui reprend les dessins de Bernar Venet, le plus ancien datant de 1953. Après ses débuts scolaires (portraits d’après Botticelli et Rembrandt de 1958/59) et les dessins plus mathématiques des années 60 et 70, le catalogue déploie sur plus de 200 pages ses lignes indéterminées. Brève introduction historique (6 pages) de François-René Martin (livre reçu en service de presse). Le même éditeur vient de publier Le tas de charbon, sur cette oeuvre de 1963 de Venet, avec, là, un appareil critique important, un long texte à la fois érudit et sensible de Bernard Ceysson (107 pages, plus 75 pages de notes, sur les 232 pages de l’ouvrage; 28€).

Toutes images : vues d’exposition, (c) C. Cauvet, courtesy de la galerie.

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