Anselm Kiefer, l’overdose

Anselm Kiefer, Arsenal, détail, Grand Palais Éphémère

en espagnol

Ne ressentez-vous pas une overdose de Kiefer ? Combien de grandes expositions depuis celle il y a15 ans au Grand Palais ? On sait que Macron l’aime beaucoup, pour des raisons bien égotistes, mais doit-on en faire pour autant l’artiste officiel de la République ? D’autant plus qu’on a le sentiment, en voyant son exposition Pour Paul Celan au Grand Palais (éphémère cette fois), qu’il ne se renouvelle guère, qu’il exploite la même veine : encore et toujours de très grandes toiles sombres couvertes de textes en allemand (ici des poèmes de Paul Celan, qui mérite mieux). Peut-on dater un Kiefer, voir une évolution stylistique, une innovation au fil des ans ? Mêmes couleurs, mêmes formats, mêmes constructions de l’image, mêmes ajouts de matières (mêmes maquettes rouillées de navires de guerre, mêmes pavots désséchés, …). Au début, on est fasciné par sa force tragique, puis on est encore très impressionné, puis seulement intéressé, puis on se sent étranger à ces discours, et aujourd’hui on cherche en vain dans cette grande halle une émotion, une originalité, une étincelle. Comme dit Bertrand Badiou (expert en Celan, lui), « C’est une peinture pour communicants, qui fait mine de résoudre les problèmes complexes avec des réponses sans nuances.« 

Anselm Kiefer, Avion, détail, Grand Palais Éphémère

L’étincelle pourrait-elle venir du blockhaus piqué de pavots : trop évident pour avoir vraiment du sens. Ou bien de l’avion en plomb cloué au sol dont les ailes sont elles-mêmes plombées de livres lourds du même métal ? Ce que j’ai préféré, c’est l’entrepôt au fond où, sur des étagères de magasin IKEA, sont rangés ses matériaux, dans une rigueur de catalogue, pierres, plantes, textiles, bois : ça déborde, ça coule, ça s’effondre presque. On pense à Rodin à Meudon et à ses abattis. Tout en haut, quelques robes blanches d’innocentes, en plâtre, floues, mystérieuses. Juste assez pour offrir une once de plaisir dans cette exposition compassée.

3 réflexions sur “Anselm Kiefer, l’overdose

  1. djimi rachid dit :

    Comme par hasard j’écoutais hier son interview,agréable personnage, A part ses peintures bas relief qui sont fascinantes,le reste c’est la rançon du succés,!!!

    ________________________________

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