L’émir Abd el-Kader

Marie Eléonore Godefroid, Abd el-Kader, 1843/44, huile sur toile, 73.2×59.6cm, Musée de l’Armée

en espagnol

L’exposition sur l’émir Abd el-Kader au MUCEM (jusqu’au 22 août) est une exposition historique de grande qualité. Elle évite les images d’Épinal et montre les différentes facettes de cet homme illustre, résistant, homme d’état, mystique, philosophe. On connait bien sûr l’image du noble résistant à la colonisation française, capable d’unifier une grande partie du peuple algérien et de créer un état moderne. On se souvient de son abandon par le sultan du Maroc et du reniement de la parole donnée quand, contrairement aux promesses du duc d’Aumale, il fut emprisonné en France par les dirigeants de la Deuxième République ; il y restera cinq ans, prisonnier à Pau, puis à Amboise (où, signe des temps, le monument en son honneur a été récement vandalisé par l’extrême-droite islamophobe à la veille de son inauguration ; personne n’a été inculpé …). Libéré par le Prince-Président à la veille du plébiscite impérial (pour lequel il vota, sans doute premier Algérien à voter en France), il partit en terre d’Islam, à Brousse près d’Istanbul, puis à Damas. Conscient des dangers de heurts communautaristes, il en avertit en vain le Sultan ottoman, et, épisode qui fit sa gloire en Occident, il protégea des Maronites contre les exactions des Druzes. Ses deux voyages ultérieurs en France et son soutien au percement du canal de Suez le rendirent éminemment populaire, comme une figure mythique d’un lien possible entre Occident et Orient, entre Français et Arabes, entre colonisateurs et colonisés.

Gustave Le Gray, Abd el-Kader à Amboise, 1851, tirage sur papier albuminé, 21×14.2cm, BnF

De ce personnage complexe, tant l’exposition que le catalogue qui l’accompagne (reçu en service de presse) rendent compte de manière complète et détaillée. Parmi les images qu’on en retient figure sa photographie à Amboise en 1851 par Gustave Le Gray (qui partira lui-même vivre au Proche-Orient neuf ans plus tard).

HFE Philippoteaux, Portraits présumés du Chérif Boubaghla et de Lalla Fatma n’Soumer conduisant l’armée révolutionnaire, 1866, huile sur toile, détail, Musée Fabre, Montpellier

Enfin, on peut admirer, dans ce tableau de Philippoteaux, la figure de la très belle et très digne Lalla Fatma n’Soumer, une des cheffes de la résistance anti-coloniale jusqu’en 1857, alors qu’Abd el-Kader a alors depuis longtemps renoncé et a accepté la domination française ; il n’y a par contre qu’une très mauvaise gravure de l’enfumage des grottes du Dahra par l’armée de Bugeaud, crime de guerre occulté. Un des documents intéressants qui accompagne l’exposition est un petit « journal d’exposition » dont les auteurs, Mo Abbas et Benoît Guillaume, sont allés dans les rues de Marseille pour demander aux gens « Connaissez-vous l’émir Abd el-Kader ? » en huit courts épisodes : de héros à harki, de figure tutélaire à homme d’état oublié, c’est un excellent contrepoint à l’exposition.

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