Sérénité arlésienne (Lee Ufan)

Lee Ufan, Relatum – Infinity of the vessel

en espagnol

Au fond d’Arles se trouve une histoire.
Au fond de l’histoire se trouve l’image.
Au fond de l’image se trouve l’inconnu.

Lee Ufan, Relatum – Accès

C’est un poème que Lee Ufan a écrit au mur de la cave secrète de l’hôtel particulier qui héberge depuis peu la Fondation Lee Ufan à Arles, cave où vous n’irez que sur demande et accompagné ; pas de photos permises, une niche, deux peintures en bleu et marron dégradés au sol, un rocher, les ingrédients essentiels de la méditation. Le rez-de-chaussée est dédié aux sculptures de l’artiste, l’étage aux peintures, murales ou sur toile. Dès l’entrée, on ressent un sentiment de paix et de pureté : des rochers, du gravier, de la lumière. Des morceaux de nature, tout juste polis, arrangés, composés, transplantés là : une économie de moyens qui génère une transcendance, une contemplation à nulle autre pareille.

Lee Ufan, Relatum 1969/2002

Ici un miroir d’eau vertigineux, là deux rochers face à face et leur fausse ombre dessinée en gravier plus sombre; plus loin une bande d’acier courbée reflétant un rocher, puis du verre qu’un rocher a brisé. Tout est ici d’une simplicité extrême, et c’est de ce dépouillement que naît la force.

Lee Ufan (avec Tadao Ando), Relatum – ciel sous terre

Au risque de paraître sacrilège, j’ai moins goûté la spirale de béton construite par Tadao Ando (qui a aussi construit son musée) au centre de laquelle une vidéo semble refléter le ciel : matrice contemplative certes, mais l’artifice du béton en diminue la force, comme si la mise en scène par l’architecte venait soustraire quelque chose, comme si l’artifice de monstration distrayait de la beauté de la pièce.

Lee Ufan, vue d’exposition (1er étage), années 1970/80

A l’étage, donc, de nombreux tableaux des années 1960 à aujourd’hui. D’abord, une touche répétitive, sérielle, puis des jeux de lumière et de couleur dégradée. On en ressort avec le sentiment d’avoir participé à une quête, d’avoir été partie prenante d’une expérience autant métaphysique qu’esthétique.

Arthur Jafa, AGHDRA, 2021, vidéo

Il ne faut surtout pas passer sans transition de cette pureté au bavardage assourdissant des expositions actuelles de la Fondation Luma : passer trop vite du silence au verbiage, du discret au criard et de la sobriété au tape-à-l’oeil, entre Parreno, Gonzalez-Foerster, Etel Adnan et Rachel Rose, m’a été fatal. Je n’ai retrouvé un peu de sérénité que dans la superbe installation d’Arthur Jafa, et en particulier face aux soubresauts de cette solide mer noire … Mieux aurait valu aller aux Alyscamps.