Arles 1 : le grand écart de Lee Miller, et autres

Lee Miller, Femmes accusées d’avaoir collaboré avec les nazis, Rennes, 1944

en espagnol

1ère journée aux Rencontres d’Arles : jusqu’ici, rien d’inoubliable. Le travail professionnel de Lee Miller (par opposition à son travail personnel) : portraitiste de 1932 à 1934 (exclusivement de femmes, semble-t-il), dont un magnifique portrait de Colette aux cheveux baignés de lumière, une interruption de 1934 à 1939 quand elle vit en Égypte, puis, entre 1939 et 1945 à la fois photographe de mode et photojournaliste de guerre. Comment, à peu de mois d’intervalles, peut-on concilier les deux, passer sans trouble d’un univers à l’autre ? Elle n’est pas la seule femme photographe de guerre (un article de Illustrated en montre 12 autres), mais celle qui a accès à Vogue. La fameuse photo dans la baignoire d’Hitler n’apparait que dans une vignette de magazine, mais tirages originaux comme reproductions dans des magazines montrent ici des rescapés et des morts, nazis ou déportés, des Françaises tondues, Londres sous les bombes, et la résilience des Allemands après la défaite. Un grand écart, certes, mais dont une branche est cent fois plus intéressante que l’autre, les photos de mode un peu mièvres.

Romain Urhausen, S.T. Luxembourg, années 1960

À côté, le Luxembourgeois Romain Urhausen fait un peu second couteau, un photographe humaniste parmi d’autres, et la confrontation dans l’exposition de ses images avec celles de Cartier-Bresson ou de Doisneau n’est guère à son avantage. Sa seule originalité marquante semble être son travail dans les usines sidérurgiques et la magie du métal en fusion. De même ses photographies expérimentales en font un bon élève de Steinert, mais rien de très marquant. Seuls certains nus sortent du lot.

Babette Mangolte, Icy Fire, NYC, 37th Street & 9th Avenue, 1974

L’exposition sur Babette Mangolte, quel que soit son talent, quelle que soit sa proximité avec danseuses et chorégraphes, montre surtout l’impossibilité de rendre compte de la danse par la photographie : ses images, inévitablement, restent froides, distantes, figées. Dans l’image fixe, les corps ne sont plus que des formes gelées; par contraste son film Water Motor avec Trisha Brown (une version normale et une au ralenti) montre cette impuissance. Finalement, ses photographies d’immeubles new-yorkais touchent davantage.

Seif Kousmate, Paysage de l’Oasis d’Akka

Le Prix Découverte est cette année un exemple parfait de l’axiome disant que les bons sentiments et le politiquement correct ne suffisent pas à faire de la bonne photographie : chez quasiment tous les sélectionnés, aucune distance, aucune profondeur, juste un discours de poncifs plus ou moins militants mal traduits en images. J’ai voté pour le seul qui se détache du lot, Seif Kousmate : l’écosystéme menacé de l’oasis, et cette menace se traduit dans la détérioration de la photographie elle-même. Mais je n’ai pas d’illusions : le prix ira à un des travaux dans la ligne politiquement correcte des temps présents.

Chloe Sells, S.T.

Plus quelques autres expositions qui ne m’ont pas particulièrement frappé. Juste un mot pour signaler Chloe Sells à la galerie Miranda qui superpose dessins de courbes de niveau et photos de paysage : une recherche intéressante.

Une réflexion sur “Arles 1 : le grand écart de Lee Miller, et autres

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s