Arles 2 : répétitions d’Estefanía Peñafiel Loaiza, et autres expositions

Jacqueline Salmon, Christ après la flagellation (?), Musée de Louvain

en espagnol

Un deuxième jour bien plus enthousiasmant que le premier. Et d’abord l’exposition sur le périzonium de Jacqueline Salmon au Musée Réattu, qui mérite un article à part entière, la semaine prochaine, tant le sujet est riche et l’approche obsessionnelle de l’artiste passionnante.

Estefanía Peñafiel Loaiza, sfila (détail), Carmen (répétitions), 2022

À l’ENSP, Estefanía Peñafiel Loaiza part à la recherche de sa tante, Myriam / Carmen, qui en 1980, prétendit qu’elle partait étudier en Europe, et en fait rejoignit un mouvement clandestin en Équateur, et fut tuée quelques mois plus tard. Confrontée à cette héroïne familière qui a brouillé ses traces, l’artiste joue sur trois registres : d’abord la mémoire, les souvenirs, qu’elle retrouve dans les placards verrouillés de sa famille, photographies, lettres (prétendument écrites d’Europe), témoignages de camarades, et le tableau mythique du 4ème état, qui ornait le salon familial et dont son père reconstitue le puzzle. Ensuite, l’imagination : si Myriam / Carmen était venue en Europe, qu’aurait-elle vu, à quelles luttes aurait-elle participé ? Mais cela ne suffit pas pour savoir, pour comprendre, pour faire son deuil : il faut aller sur place, retrouver les lieux où elle a vécu, chercher ses traces, tenter de relier passé et présent. Et c’est là que tout s’enraye : la caméra refuse de fonctionner, le film se bloque, l’artiste ne raméne que quelques images endommagées (ci-dessus). Le destin s’est ri d’elle, la tentative de bouclage de l’histoire a échoué. Il faudra répéter, encore et encore.

Bettina Grossman, vue d’exposition

Sur la méconnue Bettina Grossman (1927-2021), une petite exposition d’où émergent sa rigueur conceptuelle et sa pureté. Pour Yto Barrada, qui présente cette exposition, Bettina a été une amie, une mentor et un soutien réciproque.

Frank Horvat, Nuit de Noël dans un bar de marins, Calcutta, 1962

Au sous-sol de la librairie Actes Sud, une petite exposition de Frank Horvat : la nuit, les femmes, entraineuses désabusées et strip-teaseuses nonchalantes. Des images granuleuses, tendres et ironiques sur le désir et l’ennui.

Natacha Polli, Juste avant

Et, dans le cloître de l’hôtel Jules César, les lauréats du Prix Arles Expo : les photographies documentaires d’Olivier Föllmi sur l’Himalaya, les tirages hybrides végétaux d’Aurélien David, les témoignages secrets des Sahraouis d’Elli Lorz, et des images meurtries et reconstituées provenant de plaques de verre datant de 1938, par Natacha Polli.