Bilan 2021

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80 articles cette année (dont 50 sur des expositions et 19 exclusivement sur des livres)

65 livres recensés (hors catalogues d’exposition vues)

318 500 visiteurs

Billet le plus lu, 24 000 fois en une semaine : La supercherie Vivian Maier

Meilleure exposition à Paris : Taysir Batniji au MAC VAL

Meilleure exposition en province : Mahjoub Ben Bella à Tourcoing

Meilleure exposition à l’étranger : Les artistes femmes portugaises

Meilleur livre recensé : The Color of a Flea’s Eye. The Picture Collection de Taryn Simon
Mention spéciale : la collection Roman d’un chef d’oeuvre aux Ateliers Henry Dougier (et aussi là)

Sommaire Novembre-Décembre 2021 et livres

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9 articles ce bimestre

8 novembre : Les fantômes d’Henri Foucault

19 novembre : Archives vendues, archives volées, et la société du spectacle (Sanguinetti, Kambalu)

20 novembre : La critique de livres de photographie (The PhotoBook Review)

21 novembre : Les lignes de Bernar Venet

22 novembre : Nature et culture (Éva Jospin)

22 décembre : La supercherie Vivian Maier

23 décembre : Anselm Kiefer, l’overdose

28 décembre : Air et eau, haut et bas (Andreas Müller-Pohle)

30 décembre : Ombres et lumières

Et le bilan de l’année

ET DES LIVRES

Animaux : Encore un très joli petit livre chez Hazan Jeunesse, sur les animaux dans l’art, par Didier Baraud et Christian Demilly : cochon d’Andy Warhol, cheval de Géricault, bien sûr, vache jaune de Franz Marc, pigeon de Magritte, chat de Appel, et d’autres, avec un court texte poétique, l’élément pertinent du tableau, et dans le rabat, le tableau complet : une belle voie d’entrée dans la peinture pour des tout petits.

Alter Ego, une Histoire du Portrait en Photographie, de Phillip Prodger, chez Textuel. Contrairement à son titre, ceci n’est pas une histoire du portrait en photographie, mais une réflexion personnelle sur le portrait par l’auteur, directeur du département de photographie à la National Portrait Gallery de Londres. Après une préface assez drôle rendant compte d’une réunion du comité d’acquisition de son musée (posant d’emblée la question du rapport peinture/photographie), le livre s’organise en huit chapitres thématiques autour du selfie, de l’émotion, du studio, de la mode, de la mise en scène ou de l’anthropologie. Outre ces analyses, environ un tiers des portraits présentés sont accompagnés de notices à dominante iconographique (parfois tirées par les cheveux, tentant par exemple de tirer une leçon du fait que tel portrait de Dijkstra a été fait au Tiergarten et le 1er juillet 2000). Environ 70% des artistes mentionnés sont anglo-saxons (et sa connaissance de la photographie française contemporaine semble s’être arrêtée à Valérie Belin …). Les notices sont empreintes d’un parfum rétroactif politiquement correct de bon aloi (le principal commentaire, à propos du portrait de Lee Miller par Man Ray, est que les hommes surréalistes « freinaient des quatre fers dès que les femmes partenaires prétendaient jouir elles aussi des libertés qu’ils s’octroyaient » p. 113) et surtout elles évitent soigneusement tout discours politique inconvenant pour l’Occident : dans le portrait p. 213 par le Nord-Vietnamien Lê Minh Truong d’une combattante vietcong en 1973, la notice parle de la « violence explicite » de la présence d’une kalachnikov et d’un foulard khan ran dans l’image, et évoque « quelqu’un à qui on a volé son innocence », sans que les mots « libération », « indépendance » ou « communisme » soient mentionnés, sans que les raisons de cette violence et de cette perte d’innocence soient explicitées.

Sur un sujet sans doute encore plus délicat pour l’auteur, un portrait p.126-127 issu du studio El Madani à Saïda au Sud Liban, et réinvesti par Akram Zaatari, montre une petite fille amputée d’une jambe : sans mentionner une seule fois le nom du pays voisin qui a maintes fois bombardé Saïda, l’auteur se focalise sur deux portraits de Al-Bakr et de Saddam Hussein épinglés à la robe de la fillette et a l’impudence d’écrire « Nous ignorons si l’enfant est irakienne, libanaise ou d’une autre nationalité » (ainsi que « certains civils libanais étaient armés »…) ; cette pirouette malhonnête lui permet ainsi d’éviter toute réflexion politique sur cette image, qui, pourtant, est chargée de sens. Un livre donc très « subjectif ».

Maurice Allemand, ou comment l’art moderne vint à Saint-Etienne (1947-1966), de Cécile Bargues, Éditions du MAMC+ : J’avais rendu compte de l’excellente exposition de Cécile Bargues au MAMC+ à Saint-Étienne sur l’homme qui avait fait de ce musée un des meilleurs musées d’art contemporain de province. Ce livre complète et enrichit l’expérience de l’exposition avec de nombreuses illustrations, des documents (au sujet de Gaston Chaissac, Otto Freundlich, Marcelle Kahn, …), une interview de sa fille Claude Allemand, elle aussi conservatrice de musée. Je reprends ce que j’écrivais lors de l’exposition : « Avec trés peu de moyens et bien des contraintes, mais avec ténacité et intelligence, il a su construire une collection extraordinaire et monter des expositions qui ont fait date. C’était un esprit ouvert et curieux, passionné par l’abstraction, mais ne s’y limitant pas, refusant de se laisser cantonner à l’École de Paris ou d’ailleurs à la peinture française, et dépourvu du chauvinisme anti-boche de bien de ses confrères, il était toujours prêt à explorer, á découvrir, et à montrer, à expliquer aussi (car la dimension pédagogique du Musée était remarquable, et indispensable dans cette ville ouvrière dénué des codes culturels des métropoles). »

Ce même musée vient de copublier un livre très documenté sur la collection d’art précolombien des époux Durand-Dessert, à l’occasion de l’exposition qui leur est consacrée dans ce même musée, mais que je n’ai pas proprement visitée.

Ce qu’il se passe. Lesbos 2020, de Mathieu Pernot, Éditions GwinZegal : Mathieu Pernot est un photographe à l’écoute du monde, de manière modeste et tenace. Il s’est rendu à Lesbos, au camp de réfugiés de Moria, en janvier puis en septembre 2020 (après l’incendie du camp le 9 septembre). Intercalant entre ses deux séries d’images des captures de vidéos réalisées par des migrants, il compose un ensemble qui dit en quelques chapitres (chacun ponctué d’un beau portrait, étonnamment paisible) la vie des réfugiés : Sur le chemin, Traverser la passerelle, Construire un abri (où, au-delà de la misére et de la précarité, on est saisi par la forme même des objets/abris photographiés), Faire un feu, Attendre, Occuper ses journées, puis, en septembre, Devoir partir, Quand il ne reste rien, Sauver ce qui peut l’être, Tout recommencer. De manière un peu surprenante, la violence, la révolte (ce sont les réfugiés qui ont incendié eux-mêmes le camp pour protester contre leur condition) ne sont guère visibles dans les photographies de Pernot, mais seulement dans les vidéos dont il a intégré des images : manifestations, meurtres, incendies. Un livre poignant, mais aussi une réflexion sur le travail photographique et la position du photographe face aux migrants.

On Alinari: Archive in Transition, dirigé par Costanza Caraffa, chez a+mbookstore (en italien et en anglais): Actes d’un colloque tenu à Florence en octobre 2020, sous les auspices du Kunsthistoriches Institut in Florenz (Max Planck Institut). Les archives photographiques de la fameuse Fondation Alinari sont transférées au secteur public et plusieurs chercheurs et historiens se penchent sur cette mutation. Le livre comprend aussi des photographies de Armin Linke documentant cette transition.

Tous livres reçus en service de presse

Sommaire d’octobre 2021

12 billets ce mois-ci

1er octobre : Photographies du MoMA au Jeu de Paume

3 octobre : Hamburger Bahnhof

4 octobre : Soutine et de Kooning, la peinture au-delà de la forme

5 octobre : C’était au temps …. Boucher et le libertinage

6 octobre : Du sang et des larmes : António Saint Silvestre

11 octobre : Ruines modernes (Nuno Perestrelo)

12 octobre : Brognon Rollin, passeurs de frontières, magiciens du temps (bis)

16 octobre : Botticelli, l’adorer ou l’abhorrer ?

20 octobre : Poèmes industriels de Marcel Broodthaers

21 octobre : Les Détenues de Bettina Rheims

22 octobre : Mahjoub Ben Bella, peintre de la musique, musicien de la peinture

23 octobre : Marlene Dumas, entre impressionnistes, romantiques et Sumériens


Er deux livres pour enfants dans la collection « En chemin avec » chez Hazan Jeunesse, de Didier Barraud et Christian Demilly (chacun 32 pages, 20 oeuvres, service de presse) :

  • Hokusai avec des explications très claires sur son style, sa technique, et aussi le Mont Fuji et la vie quotidienne. Ainsi qu’une incidente sur son influence, de Van Gogh aux mangas.
  • Gustav Klimt, pas trop édulcoré, et mettant bien l’accent sur le trouble qui nous envahit face aux fonds dorés et aux détails chatoyants.

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Sommaire août – septembre 2021 et livres

8 billets ce bimestre

31 août : Romans d’un chef d’oeuvre (suite)
7 septembre : Giacometti l’Égyptien ?
21 septembre : L’image et son double
23 septembre : Anni Albers (et son mari)
24 septembre : Orphée, « Vénus », Bastet (Deroubaix)
25 septembre : Alicia Penalba (ma première sculptrice)
29 septembre : Ceija Stojka
30 septembre : Georgia O’Keeffe, une peinture libre, neuve et sensuelle

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Quelques livres

Orazio Gentileschi, Le Repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte, vers 1628, huile sur toile, 157x225cm, Musée du Louvre

La maison de négoce littéraire (pour ne pas dire éditeur) Malo Quirvane, qui semble avoir un pedigree intéressant, a lancé une collection « XVIIème » où des auteurs sont invités à écrire une courte nouvelle (ça se lit en moins de 30 minutes) autour d’un tableau du Louvre de ce siècle-là. L’idée est alléchante, mais quatre des cinq auteurs de la collection utilisent ce tableau comme un simple prétexte, un ornement accessoire, et les histoires qu’ils content (certaines fort bien écrites, comme celle autour du Portrait d’Alof de Wignacourt, d’autres fort convenues autour de La Sainte Face) ont peu à voir avec le tableau, voire rien du tout. La seule nouvelle qui m’ait intéressé, car la seule à conjuguer peinture et littérature, est « L’Oeil d’Artemisia » d’Emmanuelle Favier … et il ne s’agit pas d’un tableau d’Artemisia, mais de son père Orazio Gentileschi, Le Repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte : l’auteure nous conte qu’Artemisia aurait repeint l’oeil de l’Enfant Jésus tétant sa mère, oeil qu’elle ouvre et qui regarde le spectateur. C’est une belle occasion pour opposer la peinture du père et de la fille, et, bien sûr pour évoquer le viol d’Artemisia par Tassi, au prix de quelques anachronismes : le viol a lieu en 1611, le procès pour refus d’épouser la victime en 1612, mais la toile Judith décapitant Holopherne date au plus tôt de 1614, mais peu importe, affirmer sa concomittance avec le viol est une license créative, un peu facile, mais très parlante. J’ai un peu tiqué quand j’ai lu « les bondieuseries caravagesques », mais cette nouvelle est intéressante, audacieuse, rythmée, au vocabulaire riche (parfois trop : ainsi le mot « pétrichorien » a besoin d’une note de bas de page …)

En couverture : Paul McCarthy, Basement Bunker: A Painted Queen Small Green Room, 2003, coll. privée

Arty est un roman policier du collectionneur Louis Nègre, paru chez Cohen & Cohen, un roman sur le milieu de l’art contemporain, qui campe fort bien les travers et les excès de ce petit milieu, avec des portraits à charge fort divertissants, certains à clef : le galeriste international, la directrice de la FIAC, la journaliste franco-iranienne. On voit que l’auteur connaît ce monde, pour lequel il n’éprouve guère de tendresse, et avec lequel il semble parfois règler ses comptes (qu’a-t-il donc contre le Guggenheim Bilbao ?). L’intrigue est secondaire, ce qui distrait ici, c’est la peinture sans concession de ce petit monde « arty ». Livre reçu en service de presse.

En couverture : Piero di Cosimo, Portrait de Simonetta Vespucci, vers 1480, huile sur bois, 57x42cm, Musée Condé, Chantilly

Les éditions L’Atelier Contemporain publient une collection « Studiolo » autour de l’art (plutôt classique). J’ai déjà mentionné le livre de Jérôme Thélot sur Géricault. Parmi les autres titres lus cet été, le Manet de Georges Bataille, aussi révélateur sur l’auteur que sur le peintre, tous deux des « accoucheurs », l’auteur cherchant une nouvelle manière d’écrire sur l’art, le peintre bourgeois un peu falot mais dépassé, transcendé par la révolution picturale qu’il accomplit ; Dürer , Le Burin du Graveur de l’écrivain Alain Borer, très érudit et rendant compte des diverses facettes de l’artiste, de sa personnalité et de son talent ; et le petit bijou Piero di Cosimo ou la forêt sacrilège du poète Alain Jouffroy, une biographie romancée, qui, à partir de quelques données historiques (Vasari surtout) et d’un regard aiguisé sur ces tableaux (les profanes, surtout, bien plus originaux), nous retrace un portrait de ce mystérieux « marginal » de talent, « extraordinairement ex-centrique », en opposition tant aux pouvoirs civils et ecclésiastiques qu’aux néo-platoniciens, et que Jouffroy relie à André Breton. Il me reste encore quelques livres à lire dans cette collection… Livres reçus en service de presse.

Sommaire de juin-juillet 2021

11 billets ce bimestre, de nouveau des expositions.

4 juin : Les exclus nous accusent (Luciano D’Alessandro)

5 juin : De l’imagination préventive (C. Bonfili et W. Schoerle)

6 juin : La Vraie Croix (Luigi Presicce)

5 juillet : Femmes, peintres et reconnues

6 juillet : Une inquiétante étrangeté (Raymond Galle)

7 juillet : Femmes, artistes et noires

8 juillet : Atget et Cartier-Bresson

10 juillet : Par qui est « faite » l’abstraction ? Une histoire genrée

11 juillet : Kentridge à Luxembourg, arbre et procession

14 juillet : Femmes artistes : le paradoxe portugais

20 juillet : Magritte 1940-1948 : Contre-malheur ou suicide pictural ?

Sommaire de mai 2021 et quelques livres

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9 billets ce mois-ci

4 mai : Les ANGES sont des adultes, les CHÉRUBINS des enfants, il y a aussi des CUPIDONS (Taryn Simon)
7 mai : La rétine photographique : le mythe de l’optogramme (1. Histoire)
8 mai : La rétine photographique : le mythe de l’optogramme (2. Fiction et Art)
9 mai : La rétine photographique : le mythe de l’optogramme (3. Critique)
17 mai : Louise Bourgeois, masculin-féminin
18 mai : Les Portugais(es) n’ont pas de corps
19 mai : Photographier les sculptures ? (Giacometti et Lindbergh)
20 mai : Les bons sentiments ne font pas nécessairement de bonnes photographies (Biennale photo de Porto)
24 mai : Les femmes de Raphaël

Et quelques livres

Ilyes Griyeb, portrait de Rahma bent L’Khel, Aït Ouallal, Meknès, 2018.

Morocco, par le jeune photographe Ilyes Griyeb (autoédité, 120 pages, avec un court texte FR/EN de Myriam Ben Salah) présente une autre vision du Maroc, pas celle du photographe étranger, blanc, curieux de couleur locale (lire ce texte de Griyeb), ni celle du photographe marocain ou arabe bourgeois cultivé, mais celle d’un jeune homme franco-marocain resté très proche des réalités du peuple. De son pays d’origine, il montre les failles, les stigmates, les à-côtés, l’inachevé, le délaissé, le négligeable. Des jeunes désoeuvrés (voir cet article qui m’a incité à acheter son livre), mais aussi des travailleurs agricoles, dont les formes du corps et les traits du visage disparaissent dans leur vêtements, dans des portraits tout de dignité et d’honneur. Dans ses photographies aux couleurs chaudes, baignées de lumière, j’ai vu aussi une esthétique de l’empilement : tas de pneus, de bois, de plastiques, d’ordures, comme un trop-plein sans destination. Une force inhabituelle se dégage de ces images.

André Gill, À la foire aux pains d’épice. Un amateur distingué (portrait-charge de Jules Ferry dans La Petite Lune, avril 1879, nº 42), Musée Carnavalet, page 196 de Les iconophages.

Les iconophages, de Jérémie Koering (Actes Sud, 352 pages, 115 illustrations N&B dans le texte, 16 planches couleur) est un livre fort érudit sur l’ingestion d’aliments portant une image au fil de l’histoire, mais il couvre en fait un champ bien plus large, allant de la boisson d’un liquide ayant ruisselé sur une statue (Horus enfant sur les crocodiles) ou dans lequel une relique a baigné, jusqu’au fait d’ingérer, réellement (Artémise, veuve du roi Mausole) ou symboliquement (ossa dei morti en Calabre et Sicile), le corps des morts ou leurs cendres, en passant par la nourriture spirituelle que peuvent constituer le lait de la Vierge (le fameux tableau d’Alonso Cano, mais aussi une Vierge à l’Enfant du XVIIIe en Haute-Autriche avec un tuyau dans le sein pour abreuver les fidèles) ou le sang du Christ (la messe de Saint Grégoire ou Sainte Catherine buvant à la plaie du Christ). Toutes pratiques rituelles, religieuses, thérapeutiques, auxquelles on peut ajouter l’ingestion de poussière grattée sur une statue ou une fresque. Mais les cas stricto sensu d’iconophagie sont plus rares : des hosties gaufrées avec une figure sainte, des pains d’épice ludiques ou caricaturaux; la caricature ci-dessus de Jules Ferry anticlérical est réjouissante. Enfin quelques exemples en art contemporain : Meret Oppenheim (Das Frühlingsfest) ou Jasper Johns (Painting bitten by a Man). Un livre dense qui touche à l’histoire de l’art (avec un important développement sur l’iconoclasme), à celle des religions et à l’ethnologie. Très importante bibliographie. Livre reçu en service de presse.

Couverture du livre.

Paperboard. La conférence performance : Artistes et cas d’étude, aux éditions T&P Work Unit (208 pages) reprend des éléments présentés lors de journées d’étude sur ce sujet à Rennes en 2013 et 2016 avec le Musée de la Danse, le Frac et l’École d’art de Bretagne. Le livre, à la mise en page originale (comme souvent chez T&P) reprend des textes théoriques, des monographies sur des artistes et des brèves documentations de quelques conférences /performances, après un avant-propos lumineux de Boris Charmatz sur les danseurs et le discours. Ce champ est au confluent de deux courants : d’abord, les artistes plasticiens qui parlent de leur travail en dépassant le formalisme de la simple conférence ; le meilleur exemple en est la conférence d’Yves Klein en Sorbonne le 3 juin 1959, brillamment et éruditement analysée et décortiquée par Denys Riout. S’y rattachent les essais sur les discours, conférences illustrées ou projections commentées d’artistes aussi divers que Joshua Reynolds, Robert Smithson, Thomas Huber ou Yves Chaudouët (qui certes, joue avec les règles « laissez vos téléphones allumés », mais bon …). Bien plus intéressants, car déplaçant le propos, sont les artistes qui font de la conférence l’objet même de leur travail : l’inénarrable Éric Duyckaerts (qui n’a hélas droit qu’à deux petites pages, quel dommage !), Rabih Mroué (s’interrogeant sur le médium ; mais pourquoi avoir omis Walid Raad ?), Esther Ferrer se dénudant progressivement au fil de sa conférence, Xavier Le Roy (racontant sa vie entre science et danse). Et aussi la remarquable Encyclopédie de la Parole de Joris Lacoste et ses compères, présentée par Nicolas Fourgeaud. Sur ce deuxième volet, on aurait aimé plus de recherches; ce n’est pas l’ouvrage définitif sur le sujet, mais c’est un élément intéressant sur un sujet peu étudié (manquent une bibliographie, qui aurait été très utile, et un index). Livre reçu en service de presse.

Couverture du livre, avec Kandinsky, Composition VIII, 1923, détail.

À la suite des deux excellents petits livres pour enfants sur les formes et les couleurs parus chez Hazan (que j’avais loués là), les deux mêmes auteurs, Didier Baraud et Christian Demilly, sortent deux nouveaux ouvrages « En chemin avec », l’un avec Frida Kahlo et l’autre avec Kandinsky, chacun de 32 pages avec 14 ou 15 oeuvres reproduites pleine page (plus 2 ou 3 photographies). Inévitablement les textes explicatifs sur Kahlo parlent autant de sa vie que de son art, et lient fort bien les deux, ce qui sera aisément accessible aux jeunes lecteurs sensibles aux histoires tragiques. Les textes sur Kandinsky, tout en restant clairement écrits, mettent davantage l’accent sur l’esthétique et les questionnements qui se font jour dans ses oeuvres, ouvrant l’intérêt pour l’abstraction et la réflexion sous-jacente : pas nécessairement pour des enfants plus âgés, mais bien dans la lignée de l’ouvrage sur les formes. Livres reçus en service de presse.

Sommaire mars-avril 2021, et quelques livres

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13 billets ce bimestre (dont 5 expositions)

1er mars : Trois livres de photographes (Barbey, Neusüss, Heinisch)
18 mars : Charles Jones, l’Atget ou le Sander des légumes
21 mars : Romans d’un chef d’oeuvre (à suivre) (Manet, Hopper, Klimt)
23 mars : Laurence Aëgerter, l’infiltrée au musée
24 mars : Taysir Batniji : effacements, arrachements
4 avril : Du Caravage à Poussin : contemporanéité des tableaux (Tal Sterngast)
7 avril : Voyages avec un photographe (Albers, Mulas, Basilico)
10 avril : La reprise des images (Jean-Marc Cerino)
11 avril : Dialogue de deux Maîtres ? (Rodin Arp)
16 avril : Bricoler, braconner, saboter (AntiDATA)
19 avril : Vivian Maier, à travers deux filtres
21 avril : Le Diable est dans les détails (Josefa de Óbidos)
24 avril : Détruire les images pour sauver les âmes

Berna Reale, Paloma, 2012, p. 157 de Revista Zum nº 17.

Parmi la dizaine de revues sur la photographie que je lis, la meilleure, à mes yeux, est la revue brésilienne ZUM, publiée par l’Institut Moreira Salles. Dans l’avant-dernier numéro, entre autres, une longue interview (7 pages de texte et 13 de photographies) par Marta Gili de la photographe palestinienne Ahlam Shibli (qui fut menacée de mort lors de son exposition au Jeu de Paume), et un important article sur l’artiste brésilienne Berna Reale, photographe, performeuse et criminologue (6 pages de texte et 20 pages de photographies), que j’avais découverte en 2014. Et aussi un beau texte de Zadie Smith sur les images rêvées de Deana Lawson, un portefeuille des photographies de Lebohang Kganye avec sa mère (au passage, ces quatre photographes sont absentes de l’Histoire supposée mondiale des Femmes Photographes), et un excellent article de Eyal et Ines Weizman (les fondateurs de Forensic Architecture) sur la documentation de l’architecture du désastre. Mais il faut lire le portugais.

Hito Steyerl, I will survive, couverture du catalogue

Espérant encore pouvoir voir l’exposition Hito Steyerl au Centre Pompidou d’ici au 5 juillet (et ne l’ayant pas vue à Düsseldorf), je ne ferai pas maintenant une critique détaillée du catalogue (qui le mérite bien), mais seulement quelques notes sur le fond et la forme. Sur la forme, c’est un livre à double entrée : d’un côté, on commence par ses vidéos historiques documentaires dans les années 1990, avec en particulier l’épopée d’Andrea Wolf, proche de la RAF, cheffe d’une bande de filles cassant la figure à tous les mecs qu’elles rencontrent, puis combattante de la guérilla du PKK et tuée par l’armée turque (November, Lovely Andrea). De l’autre côté, c’est son intérêt pour l’espace virtuel qui prédomine, avec des pièces plus récentes, dont SocialSim, une « chorégraphie sociale ». Il y a aussi ses installations vidéo sur le musée et la place de l’art dans la société (Guards, Is the Museum a Battlefield, Duty Free Art). Chaque moitié du livre (chacune avec sa numérotation de pages) comprend des essais (5 dans une moitié, 7 dans l’autre plus une discussion de l’artiste avec Trevor Paglen) et des présentations de ses films (11 dans une moitié, 8 dans l’autre), en français et en anglais, mais avec parfois des légendes en allemand et en turc. Les préfaces et introductions sont au centre du livre. C’est un catalogue très complet, mais assez malaisé à utiliser : cette volonté de traduire dans la maquette du livre la dualité de Hito Steyerl est un peu grossière et absconse. Mais les textes (que je n’ai pas encore terminé de lire) sont très intéressants (au détail près de l’erreur d’un traducteur qui, page 93, place la documenta et le Fridericianum à Hanovre au lieu de Kassel dans le texte de Thomas Elsaesser). Steyerl est passée d’un style plutôt documentaire et militant, avec des vidéos sur un seul écran, sur des sujets ponctuels (antisémitisme, racisme, féminisme) et discrets (au sens mathématique du mot), à des installations multimédias plus complexes, plus intellectuellement critiques que purement documentaires, et questionnant davantage en profondeur la société contemporaine (rôle de l’art, intelligence articifielle, surveillance de masse). Vu le nombre et la longueur des vidéos (il n’est pas très clair quelles sont les vidéos présentées seulement à Düsseldorf ou seulement à Paris, l’information, incertaine, est cachée au milieu d’une des introductions, page 266), je doute que l’exposition puisse être vue en un seul jour. Livre reçu en service de presse.

Leticia Zica, My Body is, 2020, performance vidéo, 4’57 », p. 73 du catalogue Précipité.

Les 31 diplômés 2020 du Master Photographie et art contemporain de Paris 8 ont présenté leurs travaux dans une exposition titrée Précipité, que je n’ai pas vue, à Mains d’Oeuvres quelques jours fin mars et ont édité un petit catalogue de 80 pages. J’y ai discerné trois thèmes principaux : les souvenirs de familles et en particulier, à plusieurs reprises, d’une aïeule (avec, entre autres, Paula Petit, Inès Bouchaud ou Amélie Cabocel), mais aussi la nostalgie de la maison disparue de Rose Durr; une recherche sur la matérialité photographique, avec, par exemple, les étranges et fascinants scans de pare-brises brisés d’Émilie Bolou, les résurgences cartographiques spectrales de la Franco-Tunisienne Rima Rabai ou les broderies cicatricielles de Mathilde Dubillot; et une exploration de l’intime et du corps de l’artiste avec les ombres occupantes de Hugo Henry, la plongée dermique de la Libano-Canadienne Helen Karam, et l’orgueilleuse affirmation sexuée de la Brésilienne Leticia Zica. Des jeunes photographes à suivre.

Couverture du livre Les Formes, Hazan Jeunesse

Deux livres très bien faits pour jeunes enfants chez Hazan Jeunesse, Les Couleurs et Les Formes, par Didier Baraud et Christian Demilly, chacun illustré de dix tableaux accompagnés d’un court texte en forme de poème soulignant les mots clés, forme ou couleur, et d’une énigme sur un rabat (par ex. « Dans ce tableau de Vasarely, quel zèbre est devant l’autre ? »). Le livre sur les couleurs, du Douanier Rousseau à Delaunay en passant par les couleurs fondues d’une Meule de foin de Monet, est le plus accessible; celui sur les formes, de Kandinsky à Juan Gris en passant par les bandes de losanges noirs sur le manteau recouvrant tant Guido Riccio da Fogliano que son cheval, demande un peu plus de connaissances géométriques et de perspicacité (« Combien de chapeaux dans Parade de cirque ? »). De quoi tôt éduquer et encourager le regard. Livres reçus en service de presse.

Jo Terrien, Emma #2, « Inside the Fold of Thought », 2018, p. 222 & 223 de Le Tirage à Mains nues de Guillaume Geneste.

Le tireur Guillaume Geneste parle de son métier dans Le Tirage à Mains nues (La maindonne, 2020, 264 pages, une quarantaine de photographies en N&B pour la plupart). C’est un livre qui navigue entre plusieurs niveaux : les techniques de tirage, beaucoup d’anecdotes sur ce petit monde, et, plus intéressantes, des vues plus esthétiques sur le rôle du tireur, davantage traducteur qu’interprète du photographe. Cela fait un livre très riche et un peu décousu, avec une longue (70 pages) interview de Geneste par l’éditeur David Fourré, des entretiens de Geneste avec des photographes, où leur complicité enrichit l’entretien (Ralph Gibson, Arnaud Claass, Sid Kaplan, Gabrielle Duplantier – chez le même excellent éditeur-,Duane Michals, Valérie Belin et la jeune Jo Terrien– image ci-dessus) et aussi son entretien avec le galeriste Howard Greenberg dans lequel ce dernier justifie les tirages modernes de Vivian Maier (p. 210/211, avec cette justification commerciale : il faut « tenir compte de la réaction enthousiaste d’un public international, telle qu’elle n’a jamais eu lieu pour aucun photographe » et cela justifie donc nos choix en matière de tirage, différents de ceux de l’artiste. Hmmm …). Il y a aussi une préface alambiquée de Marc Donnadieu (on aurait préféré Michel Frizot sur ce sujet mariant technique et esthétique), des petits textes de Geneste sur Alix Cléo Roubaud, Henri Cartier-Bresson et Martine Franck, Bernard Plossu, Édouard Boubat, … et des courts textes d’autres auteurs. Une mine d’informations à explorer patiemment. Livre reçu en service de presse

Sommaire de janvier-février 2021 et quelques livres

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10 billets ce bimestre (la plupart sur des livres)

14 janvier : Femmes Photographes
15 janvier : Musée de la gentrification et droit au retour (Nikolaï Nekh)
16 janvier : « Humble servante des arts » (Bacon et d’Agata)
19 janvier : « Je croyais devenir Victor Hugo, je suis devenu Delacroix » (Frédéric Bruly Bouabré)
4 février : « J’est me cette tenue plus esthétique » (Marcel Bascoulard)
22 février : Comment regarder Blossfeldt
24 février : Pedro S. Lobo: l’effacement des images
25 février : Pourquoi l’autoportrait ? (Vivian Maier)
26 février : Mort du papier, mort de l’auteur (Alison Rossiter)
27 février : Maurice Denis, peintre et/ou théoricien


DES LIVRES (beaucoup, fautes d’expositions) :

Sur Edvard Munch, deux livres ;
– Le catalogue de l’exposition (vue en ligne) sur ses photographies au Musée Munch: Je ne vais pas revenir ici sur ce que j’écrivais alors sur ses autoportraits, sur l’érotisme des photos avec les soeurs Meisner, et sur sa technique délibérément approximative, mais seulement commenter le catalogue The experimental Self. The Photography of Edvard Munch (Oslo, Musée Munch, 2020, 120 pages, 122 illustrations dont 105 photographies de Munch sur les 183 recensées, en anglais; existe aussi en norvégien). Trois essais : Patricia Berman montre le lien entre certaines de ses photographies et ses toiles; Tom Gunning se penche sur ses expérimentations photographiques; Marie-Claire Pappas analyse ses autoportraits et ses « selfies ». Manque une bibliographie. Reçu en service de presse.
– Le livre pour enfants Réveille le Munch en toi ! de Dominika Lipniewska (Oslo, Musée Munch, 2020, 66 pages, en français; existe aussi en anglais, en allemand et en norvégien) est une manière amusante d’éveiller la créativité d’un enfant; mais ça ne fonctionne que si on lui montre à côté les toiles de Munch qui doivent l’inspirer, car elles n’ont malheureusement pas été reproduites dans ce livre. Reçu en service de presse.

Jeux de mains, un livre précieux de Cécile Poimboeuf-Koizumi et Stephen Ellcock (Marseille, Chose commune, 2021, 360 pages, en français et anglais) est cela même, un recueil de mains (mais pas de lignes de vie, comme eux), une anthologie. L’auteure et éditrice dit : « Quand je contemple une oeuvre d’art figurative, je regarde les mains » (je m’y étais prêté pour Rembrandt et Caravage). Ce livre présente dessins, tableaux, sculptures et beaucoup de photographies, allant de l’antiquité à Louise Bourgeois, en passant par, dans le désordre, Egon Schiele, Francesca Woodman, Alberto Giacometti, Edgar Degas, Claude Cahun, Man Ray, Jared Bark, Hans Holbein, Dóra Maurer et bien d’autres. Ce livre a été relié à la japonaise, c’est-à-dire qu’une feuille sur deux n’est pas découpée et ne doit pas l’être : il faut les entrouvrir délicatement pour découvrir le titre des oeuvres. Une préciosité amusante, mais qui entraîne immanquablement quelques déchirures, aussi précautionneux soit-on. Reçu en service de presse.

Quiconque a été touché par l’exposition de Ceija Stojka et par sa relation en images du génocide tant négligé des Tziganes par les nazis lira avec émotion le livre The Paper is Patient (168 pages, 105 illustrations, en anglais avec la transcription des textes en allemand de Stojka, catalogue d’une exposition au Malmö Konsthall, publié par Paraguay et diffusé par les presses du réel). En effet ce livre (pour la première fois ?) reproduit, outre les peintures de Ceija Stojka, les textes qu’elle écrivait au verso (et parfois aussi au recto) dans un allemand approximatif, en fac-similé, en transcription et en traduction. Outre les reproductions, le livre comprend un essai de Noëlig Le Roux sur le rapport de Stojka à l’écriture, une biographie par Paula Aisemberg et un texte de Irka Cederberg sur le Porajmos, le génocide négligé, relégué au second plan. Le titre est une citation de Stojka, mais on pense aussi à Anne Frank, victime de l’autre génocide, qui, n’ayant pas d’amis, ne pouvait se confier qu’à son journal, y écrivant : « Paper is more patient than man ». Un exemple, un seul, des poèmes de Ceija Stojka : « noch Bevor / Der Tot komt / Leben mit Qual » (Avant la mort, une vie d’agonie). Reçu en service de presse.

Nino Migliori reste, pour moi le jeune homme que je rencontrais à Bologne il y a bientôt dix ans, il a aujourd’hui 94 ans et, dans sa jeunesse (en années), il photographia les habitants du Delta du Pô. Gente del Delta 1958 est un petit livre de Humboldt Books (Milan, 2020, 72 pages, 50 photographies en N&B, distribué par les presses du réel, essais en italien et en anglais de Vasco Brondi sur son expérience du Delta, Mauro Zanchi sur Migliori et le néo-réalisme, et Corrado Benigni sur le regard de Migliori). Dans cette zone, alors une des plus pauvres du Nord de l’Italie, Migliori, alors plus documentaire qu’expérimental (il fera des séries similaires sur l’Émilie, le Nord et le Sud, la plus belle à mes yeux), capture l’omniprésence du fleuve, l’humilité des maisons, la détresse digne des paysans, femmes voilées en noir, hommes sombres, enfants rêvant de jouets en vitrine; sur une page, face à une jolie jeune femme avenante, fait irruption une Vespa montée par un jeune homme souriant, symptome d’un futur plus aisé. Reçu en service de presse.

Ces quelques lignes ne sauraient rendre justice à la longue et magnifique bibliographie de Susan Sontag par Benjamin Moser (Penguin, 2020, 818 pages (!), 60 photographies, en anglais; traduit en allemand, en néerlandais, en portugais, en espagnol, mais pas en français …) qui a obtenu le Prix Pulitzer pour les biographies. C’est un travail très (trop ?) détaillé, très bien documenté (l’auteur a eu accès aux archives personnelles de Sontag), fruit d’une recherche extensive, qui relate les faits, vus sous une diversité d’angles suite à ses très nombreuses interviews. Mais il a soulevé quelques controverses. C’est aussi une analyse fine de la pensée de Susan Sontag, et de comment cette pensée s’est construite, à la fois dans sa jeunesse et par ses confrontations. Je suis un peu moins convaincu par l’analyse psychologique, la volonté d’expliquer sa personnalité ambivalente essentiellement par l’alcoolisme de sa mère, et la description un peu simpliste de son angoisse devant son succès. J’y reviendrai, j’espère. Reçu en service de presse

Les secrets des tirages alternatifs par Anaïs Carvalho et Rémy Lapleige (association Dans Ta Cuve) est un livre (Paris, Eyrolles, 2021, 184 pages) bienvenu au moment où tous ces tirages non-standard reviennent en force : l’omniprésence du numérique amène ainsi des photographes résistants à revisiter les techniques du XIXe siècle, anthotype, cyanotype, papier salé, platinum, etc. Le livre s’ouvre sur une section historique, certes sommaire, mais néanmoins très utile pour recontextualiser ces démarches, puis explore, de manière plus technique, le laboratoire, l’internégatif, le tirage contact, les supports (pas que le papier …), et huit différents procédés. Même si c’est un livre plutôt pour ceux qui font, il est aussi très intéressant pour ceux qui, comme moi, regardent. Et si la problématique du tirage vous intéresse, écoutez ce colloque. Reçu en service de presse

Un joli petit livre de dix collages sensuels de l’artiste néerlandais Frits Wiggers (récemment disparu), à compte d’auteur : neuf ou seize photographies identiques d’un bout de corps féminin vu de tout près, assemblées en grille, une conceptualisation graphique d’une sensualité abstractisée. Acheté aux enchères chez Ader.

Enfin, un passionnant ouvrage sur Arthur Rimbaud et la photographie, Arthur Rimbaud Photographe par Hugues Fontaine (Paris, Textuel, 2019, 216 pages, très nombreuses illustrations). D’une part une analyse très fine des portraits de Rimbaud, enfant, chez Carjat, puis en Abyssinie (trois autoportraits en très mauvais état) et à Aden (un portrait de groupe, qui fut controversé). D’autre part le récit de l’entreprise de Rimbaud comme photographe à Harar, avec bon nombre d’images à lui attribuées. C’est un livre basé sur une recherche approfondie tant sur la vie de Rimbaud et sa correspondance, que sur l’Éthiopie et Aden à la fin du XIXe siècle et les gens qu’il y croisa. Et, surtout, c’est un récit passionnant, pas linéaire, mais fait d’une suite de vignettes, qui se lit comme un roman. On peut aussi lire Rimbaud à Aden (Paris, Fayard, 2001, 168 pages, une centaine de photos), à partir de la « fameuse » photo de Rimbaud, mêlant photos anciennes et revisite de ces lieux à Aden par le photographe Jean-Hughes Berrou (textes de Pierre Leroy et Jean-Jacques Lefrère). Livres achetés au merveilleux Espace de la Reine de Saba, un antre empli de richesses sur la Corne de l’Afrique et le Yemen.

Bilan 2020

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Pendant cette étrange année, voyant moins d’exposition depuis Mars (une soixantaine au total cette année), j’ai beaucoup écrit sur des livres (près de 50, dont une vingtaine en billets spécifiques, les autres dans les sommaires récapitulatifs) et, à Paris en décembre, sur des oeuvres d’art dans des églises (Périples parisiens tala), faute de musées, fermés.

Meilleure exposition de l’année, indubitablement, celle de David Brognon et Stéphanie Rollin au MAC VAL.

Meilleure exposition hors de Paris (et c’est aussi un livre), celle d’Ariella Aïsha Azoulay à Barcelone (deuxième billet).

Moins bonne exposition, car j’en attendais davantage, celle du Louvre sur la figure de l’artiste, pas vraiment mauvaise, mais décevante.

Meilleur « gros » livre recensé, celui sur Kirchner chez Prestel, son génie et ses ambiguïtés, catalogue de l’exposition à la Neue Galerie.

Meilleur « petit » livre recensé, Éros et Vertu d’Alberto Maria Banti, chez Alma.

Pire livre, le catalogue de l’exposition Masculinities au Barbican, chez Prestel.

Et, entre les deux, un livre dont l’intention était excellente, mais la réalisation imparfaite, l’Histoire mondiale des femmes photographes, chez Textuel.

315 000 visiteurs cette année.

Article le plus lu cette année, plus de 8000 fois, mon billet de 2019 sur Charlotte Salomon.
Et article de 2020 le plus lu en 2020, celui sur l’exposition « Notre monde brûle » au Palais de Tokyo, lu près de 2000 fois (je ne m’y attendais pas).

Pour les obsédées de la parité, au total 29 billets consacrés à des femmes (dont 20 expositions) et 31 billets à des hommes (dont 22 expositions) : or je n’y fais même pas attention au quotidien, mais seulement en récapitulant au moment du bilan annuel. Comme on ne peut pas dire que le monde de l’art ne soit plus inégalitaire, c’est donc que, inconsciemment, mon regard est biaisé. Par contre, l’art dans les églises, c’est autre chose.

Sommaire de décembre 2020, et quelques livres

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17 articles ce mois-ci, dont 11 sur des églises parisiennes

1er décembre : Cristina Ataide, en rouge et noir
3 décembre : Trois expositions à Lisbonne (Filipa Ventura, Catarina Marto & Raquel Pedro, et Elisa Pône)
6 décembre : Le régime israélien d’occupation, une archive photographique (1967-2007), Ariella Aïsha Azoulay
14 décembre : Le flipper situationniste (Jacqueline de Jong)
15 décembre : Christo et les faucons crécerelles (Cahiers d’Art)
16 décembre : Temps fantôme, temps gratuit (Raphaël Dallaporta)
17 décembre : Périples parisiens tala 1 : Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (Delacroix)
18 décembre : Périples parisiens tala 2 : Saint-Paul-Saint-Louis (Delacroix)
19 décembre : Périples parisiens tala 3 : Saint-Sulpice (Delacroix)
20 décembre : Périples parisiens tala 4 : Saint-Germain-des-Prés (Restout et Heim)
21 décembre : Périples parisiens tala 5 : Saint-Germain-l’Auxerrois
22 décembre : Périples parisiens tala 6 : Saint-Gervais-Saint-Protais (Préault)
23 décembre : Périples parisiens tala 7 : Saint-Louis-en-l’Île (Lehmann)
24 décembre : Périples parisiens tala 8 : Saint-François-Xavier (Tintoret, Giordano, Gennari)
25 décembre : Périples parisiens tala 9 : Saint-Michel-des-Batignolles (Morgan Snell et Chicotot)
26 décembre : Périples parisiens tala 10 et dernier : Saint-Séverin (Bazaine, Brueghel, Schneider)
27 décembre : Périples parisiens tala : petit bilan

Quelques livres

Note déontologique : Comme je vois moins d’expositions, j’écris beaucoup sur des livres depuis quelques mois. Je souhaite donc expliciter les règles que je me suis fixées. J’écris systématiquement quelque chose sur les livres que j’ai sollicités auprès de l’éditeur (ou du diffuseur, ou du musée), parfois quelques lignes, parfois un article entier, selon mon intérêt et mon inspiration. J’écris presque toujours sur les livres qui m’ont été envoyés sans que je les ai sollicités, sauf s’ils ne m’intéressent vraiment pas du tout. Et, dans ces deux cas, je mentionne « reçu en service de presse ». J’écris aussi sur des livres que j’ai achetés moi-même, selon mes envies, y compris sur des livres que j’avais sollicités, mais que, craignant peut-être ma critique, on ne m’a pas envoyés, et que j’ai donc achetés (et, perfide, j’en indique alors le prix). Et, comme j’espère vous l’avez remarqué, ici par exemple, ce n’est pas parce que j’ai reçu un livre gracieusement que ça influence mon jugement.

Yves Klein, Les éléments et les couleurs, Paris, Arteos, 2020, 248 pages, plus de 120 reproductions en couleur d’oeuvres d’Yves Klein plus de nombreux documents en noir et blanc. Ouvrage accompagnant l’exposition éponyme (que je n’ai pas vue, mais je en suis pas le seul : je n’ai trouvé qu’une seule critique; jusqu’au 29 janvier) au Domaine des Etangs à Massignac (hôtel de luxe avec un espace d’exposition), commissaires Daniel Moquay et Philippe Siauve. Essai bilingue français anglais de Klaus Ottmann, notices de Ottmann sur certaines oeuvres. Ce n’est pas vraiment un catalogue de l’exposition, mais plutôt un ouvrage de référence sur Yves Klein, organisé en six parties : les quatre éléments alchimiques, feu, eau, terre et air (chacune avec les oeuvres se rattachant à un de ces éléments), plus l’immatériel (avec en particulier, les Zones de sensibilité picturale immatérielle), et un chapitre un peu bancal sur les couleurs (dont l’ex-voto de Santa Rita de Cascia), plus quelques images de réactivation de certaines de ses installations (et des vues du parc du château …). L’essai de Ottmann met l’accent sur la spiritualité de Klein, catholique et rosicrucien, utopiste sans être mystique, influencé par Fourier et par Bachelard; c’est plus une histoire intellectuelle de Klein (son précédent livre avait pour titre Yves Klein le philosophe) étayée par de nombreuses citations de l’artiste. Dans ce contexte, plus philosophique, on aurait pu souhaiter un peu plus de référence à l’alchimie et à la Rose-Croix, voire à la pensée des Archers de Saint Sébastien, mais c’est une démonstration intéressante et originale par rapport à la plupart des écrits plus classiques sur l’artiste, même si elle peut dérouter. Livre reçu en service de presse.

Manifesta 13 Marseille, Le Grand Puzzle, Berlin, Hatje Cantz, 2020, 336 pages (existe aussi en anglais). A l’occasion de Manifesta, le cabinet d’architecture hollandais MVRDV et l’université de Delft (The Why Factory), sous la direction de Winy Maas ont réalisé une étude urbanistique de Marseille. Marseille, ville française la plus ouverte sur le monde, ville rebelle, multiculturelle, créative, fière et accueillante à tous les exils. Après des entretiens de notables (préface de Jean-Claude Gaudin, c’était avant …), d’universitaires, de cultureux, mais aussi d’un agent d’entretien et de deux dirigeants de l’OM, le livre présente 35 cartes statistiques, comparant Marseille avec six autres villes portuaires européennes (Oslo, Copenhague, Rotterdam, Valence, Naples et Athènes; curieusement, pas Barcelone) : Marseille est n°1 en habitat insalubre, en vote d’extrême-droite, en nombre de quartiers fermés, en nombre de SDF, n°2 en homicides (après Athènes), n°3 en pauvreté, mais n°4 en nombre de mosquées et n°6 en proportion d’habitants étrangers (non citoyens), contrairement à bien des idées reçues. Enfin, une trentaine de propositions plus ou moins utopistes, comme un brumisateur géant devant la Major, un pont vers Alger (752 km) et un colosse à l’entrée du Vieux Port (pour remplacer le pont-transbordeur). Mais peu de choses pour améliorer la vie dans les Quartiers Nord … Livre reçu en service de presse.

Nino Migliori, Lumen, Cappella dei Pianeti e dello Zodiaco nel Tempio Malatestiano, San Severino Marche, Quinlan, 2017, 100 pages, 40 photographies noir et blanc. Nino Migliori, qui n’a que 94 ans, est un des plus grands photographes italiens contemporains, trop peu connu en France; son travail va du néoréalisme à l’expérimentation alchimique en passant par une réinterprétation du réel, dont les séries Lumen sont un exemple. Comment les contemporains voyaient-ils les sculptures et bas-reliefs au Moyen-Âge ou à la Renaissance, dans la pénombre des églises ? A la lueur des bougies. Et donc Migliori, éclairé à la bougie, a photographié les lions de la Cathédrale de Modène, la lamentation sur le corps du Christ de Bologne, le Christ voilé de Naples, le Tombeau d’Ilaria à Lucques, le Baptistère de Parme et, ici, la Chapelle des Planètes et du Zodiaque du Temple Malatesta à Rimini, avec les bas-reliefs d’Agostino di Duccio montrant les 12 symboles zodiacaux, mais aussi sept dieux et déesses antiques pour les planètes (ce que Pie II n’apprécia guère : « moins une église chrétienne que le temple d’infidèles adorant le démon »). Les très belles photographies en gros plan, remarquablement imprimées sur fond noir, jouent avec la matière du bas-relief et la fragilité de la lumière. Textes en italien de Moreno Neri et de Roberto Maggiori, commissaire de l’exposition à Rimini en 2017/18. Livre reçu en service de presse.

Plusieurs livres de photographie de cette même maison d’édition italienne Quinlan: Fabio Torre sur le fameux Hotel Chelsea à New York (en anglais et italien); A Macchia do Leopardo de Renato Gasperini (avec un beau texte de Sabrina Ragucci sur la chaise de Vincent, en italien); Populusque, de Pietro de Tilla et Carlo Matteo Golla sur des personnes en costume de centurions romains (texte de Sergio Giusti en italien); une réédition (préfacée par Italo Zannier) d’un livre de 1903 sur les tatouages de criminels (classés par thème : religieux, de vendetta, politiques, érotiques et obscènes, affectifs, contre le mauvais sort, animaliers) avec 42 photographies étonnantes et des textes en italien de Emanuele Mirabella et du fameux Cesare Lombroso; Miss Q Lee de Jacopo Benassi sur un trans; et le catalogue d’une exposition d’une centaine de portraits non conventionnels de 27 photographes italiens, dont Nino Migliori (né en 1926), Guido Guidi, Mario Cresci, Paolo Gioli (Sconosciuti), Fabio Sandri, jusqu’à Fabrizio Bellomo (le plus jeune, né en 1982; des dessins composites au stylo-bille), avec un texte en italien de Roberto Maggiori. Livres reçus en service de presse.

Et enfin, plusieurs livres de photographie publiés par l’Espace Jhannia Castro à Porto : l’Espagnole Ampara Garrido photographie Tiergarten, un jardin romantique au fil des saisons; Juan Rodriguez, dans Nowhere, propose des photos de voyage souvent incertaines et mystérieuses; Igor Sterpin, qui vit à Porto, montre des paysages brumeux, des détails ambigus, des ombres envahissantes; les vues nocturnes de Paris d’Andréas Lang sont très hugoliennes; et les sombres photographies de prostituées philippines de Guy Monnet s’efforcent de redonner une dignité à ces femmes, sans voyeurisme (textes d’Elvira Lindo et de Maité Leal). Livres reçus en service de presse.