Sommaire janvier 2020 (et quelques livres)

11 billets ce mois-ci

2 janvier : Les morts de Christian Boltanski
3 janvier : Greco, peintre d’ailleurs
6 janvier : La photographie utile ? (Oriol Maspons)
9 janvier : Potential History. Unlearning Imperialism (Ariella Aïsha Azoulay) 1/2
10 janvier : Potential History. Unlearning Imperialism (Ariella Aïsha Azoulay) 2/2
15 janvier : Hans Hartung, entre rigueur mathématique et élan impulsif
21 janvier : Daniela Ortiz, femme du Sud, provocatrice et engagée
22 janvier : Ville et photo, de la modernité poétique à la surveillance et la destruction
23 janvier : Takis : faire voir l’invisible
30 janvier : Le temps, la liberté et la création (Manon de Boer)
31 janvier : Montrer l’art

 

Livres reçus (hors catalogues d’exposition critiquées)

Mâkhi Xenakis, Les folles d’enfer de la Salpêtrière, Actes Sud, 2004 / 2020 : ayant créé en 2004 des sculptures pour la Chapelle Saint-Louis de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (qui seront bientôt à Issoudun), Mâkhi Xenakis (auteur par ailleurs d’un beau livre sur sa relation avec Louise Bourgeois) a exploré les archives de l’hôpital, et, dans un texte poétique hâché, ni ponctué, ni structuré, mais jeté sur la page, crié à voix haute, hurlé, pleuré (et en interligne de quatre), a exhumé l’histoire des femmes enfermées là, folles, indigentes, malades, prostituées, des rafles de 1657 jusqu’à Charcot. Réédition avec de nouvelles images du livre de 2004; voir aussi cette vidéo.

Unhinged. On Jitterbugs, Melancholics and Mad-Doctors, Hannibal, 2019. Ce recueil accompagne une exposition (jusqu’à fin 2020) du Musée du Dr. Guislain à Gand, musée auquel j’avais consacré un billet il y a bientôt six ans. C’est un livre sur la folie, et surtout sur ses frontières. Cinq essais sur l’architecture psychiatrique, sur l’histoire de la psychiatrie, sur l’imagination et la créativité, sur les classifications et dénominations psychiatriques, et sur le pouvoir et le langage. Mais surtout une très riche iconographie, tant des reportages sur la psychiatrie elle-même (Claudio Cricca, Karin Borghouts, Viviane Joakim, David Horvitz, Hugo Minnen, Gianni Berengo Gardin et de nombreux documents) que des oeuvres d’art brut (le patient Denmark qui réalise des empreintes de son front à l’encre, Oswald Tschirtner, August Walla, Johann Fischer, Madge Gill), mais aussi Roger Ballen. Comment traduire « unhinged » ? Dégondé ?

Ivo Andric, Conversation with Goya, (1935), Dereta, 2014 (en serbe et en anglais, traduction Celia Hawkesworth). Le Prix Nobel de littérature (1892-1975) conte sa rencontre un soir dans un café des faubourgs de Bordeaux (où Goya mourut en 1828) avec un vieil homme sourd, aux mains comme des rochers, qui lui parle d’art, de beauté, de théâtre, de portraits, du noir, puis qui disparaît. Andric note ses paroles : « Un artiste est un suspect, un homme masqué dans la pénombre, un voyageur avec un faux passeport »; « Il y a entre un artiste et la société la même distance qu’entre Dieu et le monde »; « J’ai tout appris de ma tante Annunciata dans ma ville natale Fuente de Todos qui, enseignant le tissage à sa fille, lui répétait « plus serré, encore plus serré, comprime davantage » et c’est ce que j’ai toujours fait dans ma peinture ». Andric aussi, dans ses livres. Dans le même volume, Bridges et une sélection de Signes au bord du chemin.

Fin d’année 2019

Mon bilan de l’année écoulée

Meilleure expo à Paris : Le modèle noir 

Meilleure expo au Portugal : Jorge Molder 

Meilleur expo ailleurs : Ernest Pignon Ernest

Meilleur livre recensé : Emil Nolde

Pire expo : Hassan Hajjaj 

Billet le plus lu (25 000 fois) : Bacon à Pompidou

Un des thémes clefs cette année a été la censure; non plus seulement la censure politique, que j’ai encore dénoncée (Walid Raad), mais la censure bien pensante, celle qui, sous couvert de « causes nobles », veut supprimer la voix d’un artiste (comme Polanski ou Gauguin) ou d’un professeur (Michael Bonesteel; voir ma réponse aux commentaires tentant de justifier la censure), ou interdire qu’on questionne certains faits caractéristiques d’une artiste (Berthe Morisot; voir les commentaires des censeures).

Souhaitons que 2020 dissipe ces miasmes nauséabonds : il faut aérer !

Enfin, pour être dans l’air du temps, une statistique, puisque certaines y donnent de l’importance et ne jugent que par cela : sur les 100 billets publiés en 2019, 21 furent consacrés à des artistes hommes et 18 à des artistes femmes (les autres soit à des expositions collectives mixtes, soit à des livres ou autres sujets). Et je ne l’ai même pas fait exprès, c’est naturel chez moi …

 

Sommaire décembre 2019 (et quelques livres)

en espagnol 

8 billets ce mois-ci

1er décembre : L’orientalisme n’est pas mort au Musée de Dijon
2 décembre : Mon premier musée (Saint-Etienne)
6 décembre : Jeux de scène (Farah Atassi)
7 décembre : Phénomènes (Marina Gadonneix)
8 décembre : Giulia Andreani, femme, peintre et libre
11 décembre : Entrer dans l’oeuvre : Arte povera et performance
14 décembre : Peut-on encore photographier des sculptures de Brancusi ?
30 décembre : Femmes Photographes : La Part du Talent

 

Livres reçus gracieusement

Hakima El Djoudi, L’Armée des Ombres, 2019, Silvana; catalogue d’une exposition en 2016-2017 au FRAC Corse qui montrait le travail de l’artiste depuis 15 ans, avec, entre autres, un texte de Pascaline Vallée. Des armées de billets de banque, détournés en objets décoratifs mais en même temps affirmation de puissance, des enseignes lumineuses, mais aussi des portraits de spahis, une installation de sulkies : des oeuvres (installations, vidéos et films) qui questionnent notre regard, notre rapport au réel, entre évidence et immatérialité.

Alberto Vieceli, Holding the Camera, 2019, everyedition (Zurich) & Spector Books (Leipzig), bilingue anglais/allemand. Pendant 4 ans, Alberto Vieceli a réuni plus de 700 images montrant l’acte de photographier, le geste du photographe (appareils analogiques seulement; aucun smartphone); ces images proviennent de manuels techniques ou de revues photographiques. 330 d’entre elles sont reprises et dûment référencées dans ce livre en 26 catégories (une par lettre de l’alphabet) selon la manière de tenir l’appareil (en fermant l’autre oeil, comme un cyclope, en dissimulant l’appareil, etc.), la plus courte (3 images) étant la section O « Shielding the Light », et la plus longue (21 images) la section P « Shooting with Artificial Light ». Mes préférées sont les sections N « Holding without Photographers » et T « Stalking and Shooting », ainsi que l’image bonus #2 où le photographe a les yeux bandés. Introduction (bilingue) par Nadine Olonetzky, inspirée par Flusser. Et, comme elle le remarque, à part une trentaine de Japonais (technologie oblige), tous les modèles sont blancs : ni Noirs, ni Arabes, ni rien. Par contre, il y a plus de femmes (125) que d’hommes (100), même si la préfacière dénonce la domination masculine dans la photographie, en citant Anne Collier.

Marwan T. Assaf, Le sujet photographique au-delà de la mort dans les oeuvres de Nan Goldin et Julia Margaret Cameron, 2019, The Eyes. Ce collectionneur et curateur libanais revient sur le thème de la représentation de personnes mortes avec deux portfolios, celui de Cookie Mueller par Nan Goldin et celui d’Alfred, Lord Tennyson par Julia Margaret Cameron. S’il cite abondamment Barthes, Sontag, Benjamin, Derrida, Kracauer et même le méconnu Eduardo Cadava, son apport original vient du théologien kenyan John Mbiti : la différence entre l’état de Sasa (un mort dont des vivants se souviennent encore, comme Cookie) et l’état de Zamani (un mort, non pas oublié, mais transformé en monument historique, qui, pour les vivants, n’est plus un être humain encore présent dans les mémoires, mais un symbole, une figure, comme Tennyson). Avec 13 photos de Nan Goldin (hélas présentées en double page, et donc disparaissant dans la pliure du livre, une erreur grave de mise en page) et autant de Cameron, en page simple, bien plus visibles.

Numéro de Noël (237) de la revue Aperture sur la spiritualité, édité par Wolfgang Tillmans, qui y inclut un de ses portfolios et un entretien avec le philosophe Martin Hägglund. Il y a aussi, entre autres, des portefeuilles de Minor White (qui fut très porté sur l’occultisme et Gurdjieff), de Susan Hiller (Rough Seas; dont est faite une lecture spirite et érotique) et de Santu Mofokeng (excellent), et un article très intéressant sur la première photo d’un trou noir. Le meilleur essai est sans doute celui de David Campany, « Looking for Transcendance » sur la spiritualité en photographie, entre le ridicule et la fraude (les spirites) et le sublime (les Célestographes de Strindberg, les Equivalents de Stieglitz).

Pour-parlers, une publication commune de l’ENS Lyon et de l’ENSP Arles, accompagnant une exposition à l’ENSP à l’automne 2019 : une exploration des liens entre image et poésie lors du périple de huit étudiants entre La Chaise-Dieu et le Lubéron.

 

Autres livres 

Guillaume Bonnel & Danièle Méaux, Anatomie d’une ville, Filigranes, 2019, 136 pages, 25€. Le photographe Guillaume Bonnel a passé un an à Saint-Etienne, à déambuler, à s’imprégner de la ville, à dialoguer avec l’historienne de la photographie Danièle Méaux de l’Université de Saint-Etienne et avec des géographes, des sociologues, des urbanistes. De cette ville (assez peu photographiée aujourd’hui, il faut le dire : Jean-Louis Schoellkopf, Valérie Jouve, Yves Bresson; alors qu’il y eut Félix Thiollier et Ito Josué), il a dressé un portrait morphologique : des vues urbaines, non de monuments, mais de sites ordinaires, quasiment vides de présence humaine, avec, la plupart du temps, plusieurs angles de vue d’un même site, en champ contrechamp (et, pages 22/23, l’endroit où j’ai grandi). De plus, en seconde partie, 16 « grappes » de 16 images chacune autour de mots-clefs : accumulation, clôture, bricolage, déclivité, étagement, rupture, saturation, vide, dont la liste construit aussi un portrait en creux de la ville. Texte éclairant de Danièle Méaux en introduction sur cette démarche, resituant ce travail dans l’histoire et l’urbanisme de la ville, et analysant formellement ces images (traduit en anglais).

Sommaire octobre-novembre 2019

24 billets ce bimestre

1er octobre : La peinture anglaise, sans Ladies et sans Conversation pieces
1er octobre : Giulia Andreani, peintre irrévérencieuse
2 octobre : Censure : Walid Raad se voit dénier le Prix Aachen pour ses opinions politiques
4 octobre : Effacer Bigeard, renverser Lénine : Rosângela Renno
11 octobre : Malgré lui (Jorge Molder)
12 octobre : Lisbonne multiculturelle
13 octobre : Rui Sanches : géométrie et impulsivité
14 octobre : Outsider and Vernacular Art (The Victor F. Keen Collection) : des artistes américains peu connus
15 octobre : Harold Edgerton : un livre très beau et trop lisse
16 octobre : L’Annonciation de Fra Angelico au Prado
27 octobre : Bauhaus Imaginista : un projet dense et ambitieux, mais partiel et partial
28 octobre : Ester Vonplon, aux limites de la photographie
29 octobre : Cinq femmes dans l’espace (Beyeler)
30 octobre : Corpoanarchie et champ de mines (Helmhaus)
31 octobre : Lara Almarcegui, l’envers minimal du décor
1er novembre : Controverses, censures, et le politiquement correct
4 novembre : Guido Baselgia : la défaite du photographe face à la nature
12 novembre : On vous a à l’oeil (Winterthur)
13 novembre : Les fonds de tiroir de Sigmar Polke
14 novembre : Figurer la création du monde (Actes Sud)
15 novembre : Livres autour de la photographie (VALIE EXPORT, Jules Spinatsch, Meyer, Sam Mirlesse)
19 novembre : Des femmes photographes, blanches et non-blanches (Fast Forward & Katalog)
21 novembre : Retour en Enfer
27 novembre : Masqués

Parmi les livres reçus :

Color Mania, The Material of Color in Photography and Film, 240 pages en angalis, catalogue de l’exposition sur la couleur au Fotomuseum Winterthur (copublié avec Lars Müller) : une exposition (finie depuis le 24 novembre)  et un catalogue plus techniques et historiques que proprement esthétiques, fort bien documentés.

Sommaire août-septembre 2019

En espagnol

17 billets ce bimestre

1er août :           Arles 2 : Dictatures et libérations
2 août :               Arles 3 : recherches
3 août :               Arles 4 : Histoires
5 août :               Arles 5 : de tout un peu (avant-dernier billet en forme de conclusion)
15 août :            Arrêt des commentaires du fait du spam
4 septembre :   Arles 6 : Photographie brute, vers un peu de conhérence
6 septembre :   Jean Dubuffet, l’Européen sous un masque de barbare
7 septembre :   Original, copie, série (Daniel Blaufuks)
8 septembre :   Henry Darger, autrement
9 septembre :   Giorgio de Chirico, la Métaphysique continue
11 septembre : Emil Nolde, l’homme et l’artiste, le sombre et le clair : hystérie vertueuse
12 septembre : Censure transgenre : Darger n’est pas politiquement correct (Michael Bonesteel)
18 septembre : Niko Pirosmani, peintre prolétaire et réaliste inspiré
19 septembre : Berthe Morisot, l’entre-femmes
20 septembre : Les nus tristes de Vilhelm Hammershoi
22 septembre : Francis Bacon à Pompidou : le degré zéro de l’exposition *
29 septembre : Hassan Hajjaj, l’Arabe de service à la MEP

  • Cet article sur Bacon a été vu plus de 20 000 fois, alors qu’il n’avait pas été « remonté » sur le site du Monde.fr, un record

Livres reçus (hors catalogues d’exposition visitées et services de presse spécifiques) :

Arles, Les Rencontres de la Photographie, 50 ans d’Histoire  (La Martinière, 2019, 288 pages), sous la direction de Françoise Denoyelle. Ce livre est le reflet de l’exposition cet été sur les 50 ans des Rencontres : beaucoup d’anecdotes et peu de réflexion historique. On regarde les photos avec plaisir et nostalgie.

Sommaire du trimestre mai-juin-juillet 2019

En espagnol.

24 billets ce trimestre

3 mai : Sur le modèle noir, le regard de l’artiste blanc
4 mai : Jean-Jacques Lequeu, prince de l’échec
6 juin : Deux livres sur Léonard de Vinci
7 juin : « Le nu orientalisant » de Colette Juilliard, une critique par Malika Dorbani
8 juin : L’antiportrait, ou les mensonges du visage
10 juin : « Les pensées sont libres » (Kovi Konowiecki et Susan Hiller)
11 juin : Lisbonne culturel (guide Henry Dougier)
12 juin : Magritte, la ligne de vie
16 juin : Vasco Araujo, un artiste de paroles
17 juin : Antonello de Messine, peintre de regards, de sourires et de souffrances
18 juin : Banksy : la honte
19 juin : Artaud dessinateur
19 juillet : Préhistoire et modernité
20 juillet : Des femmes brutes
21 juillet : Messerschmidt et les têtes parlantes
22 juillet : Kiki Smith, corps, animaux et religion
23 juillet : Renouée : une histoire d’invasion, de colonisation, d’épuration
24 juillet : Kokoschka, l’enfant terrible devenu conformiste
25 juillet : Jiri Hanke, à la fois documentaire et conceptuel
26 juillet : La philosophie du désert (Driss Aroussi et Hassen Ferhani)
27 juillet : Face aux murs, de nouveau (Ernest Pignon-Ernest)*
28 juillet : Collection Lambert : des saints, des voiles, et une peintre
29 juillet : Dora Maar inattendue
30 juillet : Arles 1 : vue d’ensemble et premiers coups de coeur

  • article mis en avant sur le site lemonde.fr

Livres reçus (hors catalogues d’exposition visitées et services de presse spécifiques) :

  • Florence de Mèredieu, Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, Blusson, Paris, 1984/2008, 120 pages, en écho à mon billet sur un autre livre de dessins d’Artaud. Le premier livre de cette spécialiste d’Artaud sur l’artiste, écrit en 1980-81, ici en édition révisée, avec deux nouveaux textes, « Artaud / Balthus » et « Artaud / Graffiti ». Un texte plus dense et plus critique : il suffit de lire les titres de chapitres pour le voir, « Une peinture du vide », « L’aventure plastique », « Histoire de l’art et primitivité », « Entre abstraction et figuration », « Figurer l’infigurable » (mon préféré), « L’écorché pictural », « L’autophagie créatrice », « L’effacement du visible ». Avec sept courts textes de Artaud, et de nombreux hors-textes en couleurs (en tout76 illustrations).
  • To Lose your Head (Idols), (catalogue du pavillon catalan à la Biennale de Venise), Tenov, Barcelone, 2019, sous la direction du commissaire Pedro Azara, en anglais et en catalan, 192 pages, en écho à mon billet sur le livre sur les idoles, et en particulier à mon éloge du texte du même Azara dans ce livre. Comment les statues dans l’espace public, religieuses ou politiques, peuvent assumer un rôle actif, vivant dans la cité; avec les oeuvres de six sculpteurs.
  • Jean-François Chevrier, Bernard Réquichot, Zones sensibles, Flammarion, Paris, 2019, 272 pages. Réquichot, né en 1929, qui se suiicda à 32 ans la veille de son vernissage chez Daniel Cordier, est redécouvert miantenant, en partie grâce à cette galerie. une peinture pour l’essentiel abstraite, informelle, parfois hallucinante, souvent anatomique, biologique plutôt, mais aussi des dessins nerveux, comme automatiques, explosions ou spirales, une oeuvre que Chebrie repalce dans son contexte des années 60, Dado et Dubuffet en particulier. Certaines pièces faites de collages de photos de magazines (« Papiers choisis »), quelque part entre art brut et Dada.
  • Le monde d’après Thierry Girard, Lightmotiv, La Madeleine (59), 2019, 240 pages. Thierry Girard photographie les pays miniers du Nord, dans les années 80 en noir et blanc et aujourd’hui en couleur : des mêmes paysages, une déshérence urbaine, la pauvreté, des mineurs hier, des familles aujourd’hui d’origines marocaine, italienne, polonaise, les ducasses, les brocantes et les colombophiles. Et toujours l’omniprésence du terril (qui fut le crassier de mon enfance), hier encore fumant, aujourd’hui un peu verdi ou transformé en piste de ski artificiel. A partir d’un microcosme, Thierry Girard apporte un témoignage poignant sur la mort d’une région.

Sommaire janvier février 2019 et livres reçus

en espagnol

8 articles ce bimestre

2 janvier  : Livre sur l’art brut (pas que Dubuffet)
15 janvier : Livre sur Bruegel, au-delà du visible
4 février  : Waiting (Beckett & autres)
11 février : Un vide dans l’image (Manuel Casimiro)
18 février : Des Roumains à Paris
22 février : Les Jeux de Jacqueline de Jong
23 février : Photo africaine à Amsterdam, et l’inspiration du Nonce
25 février : Les images d’images de Luigi Ghirri

 

Livres reçus (hors catalogues d’exposition recensée)

Daniel MarchesseauDiego Giacometti, Sculpteur de meubles, Editions du Regard, 2018 : sur le petit frère, resté dans l’ombre, une monographie très complète sur son travail de créateur de meubles : symbolique animale, dépouilement des formes (lui aussi) et la merveilleuse chambre à livres de Marc Barbezat (l’éditeur de Jean Genet), dont je rêverais (mais elle est partie au Japon). Lire ici et .

Digital after love. Que restera-t-il de nos amours ?, Actes Sud, 2019. Photographies de Oan Kim, musique de Ruppert Pupkin (aka Emmanuelle Destremau), Prix Swiss Life à 4 mains, avec un CD et un petit encart amoureux à demi effacé; des traces, une archéologie amoureuse. Lire ici.

Silvi SimonChimie lumineuse, Galerie Yves Iffrig et Editions In Extremis, 2018 : chimigrammes (y compris sur films), et installations immersives (cinéma élargi; voir Burstscratch) de cette photographe expérimentale. Texte de Dominique Païni.

Jean-Daniel BaltassatLa Tristesse des femmes en mousseline, Calmann-Lévy, 2018. Un roman à trois niveaux (ou plus, peut-être) : Paul Valéry en 1940/45, misanthrope solitaire apostrophé par une Cassandre dans une exposition de Berthe Morisot (elle lui demande comment on peut encore jouir de la beauté, de l’art par ces temps d’horreur), accueillant une Juive rescapée et se remémorant sa jeunesse; Paul Valéry à 25 ans, jeune écrivain plein d’admiration, rencontrant Mallarmé, Degas (superbe portrait de Degas), Régnier et … Berthe Morisot; et un carnet de Berthe Morisot, que Mallarmé fait lire à Valéry, qui, à lui seul fait 130 des 330 pages du roman, et qui parle d’excès d’amour et de son amour pour Edouard Manet (elle épousera Eugène, son frère). Fiction fort bien informée, fort bien construite, où tout tourne autour de cet « excès d’amour » et d’une aquarelle « Lisière, Forêt de Fontainebleau, août 1893 », mais aussi de la possibilité de l’art après Auschwitz. De Baltassat, j’avais adoré Le Valet de peinture, van Eyck et la virginité de l’Infante Isabel de Portugal; je vais me plonger dans ses autres romans. De Morisot je n’avais qu’une image convenue, « féminine » (écrasée par le machisme de l’histoire de l’art, et des peintres eux-mêmes) qu’il est temps de revisiter : une peintre de lumière, et de mélancolie, au centre de cette avant-garde des années 1890, à voir bientôt, et dès maintenant. Lire ici et . Et regardez ça.