L’obsession de l’image (Marlene Dietrich)

Daniel Angeli, Marlene Dietrich et Francis Apesteguy, 1975

en espagnol

Être obsédé par Marlene Dietrich, pourquoi pas ? Réunissant deux mille photographies d’elle, Pierre Passebon en a fait une collection impressionnante qui est exposée à la MEP (jusqu’au 25 février). Cette exposition montre, à mes yeux, essentiellement la construction d’une image, que Marlene Dietrich en quelque sorte imposa aux photographes, et à laquelle ils se plièrent (à une moindre échelle, comme cette autre construction). Restant à la surface, ils nous retransmettent un produit bien emballé,  une image bien léchée, celle d’une femme libre, séductrice, glamour. Marlene Dietrich veut toujours tout contrôler, à chaque instant, l’éclairage, la mise en scène, sur le plateau comme devant l’objectif.

Cecil Beaton, Marlene Dietrich, 1932

Ces photographies sont des portraits d’artistes et des photos de tournage, des images de publicité et quelques images de son quotidien, mais où elle ne baisse jamais, ni la garde, ni le regard. Même quand Cecil Beaton la photographie pas maquillée, pas apprêtée, dans une chemise informe, elle joue les pensives, présente son meilleur profil, et s’échappe sans se livrer. Rare perte de contrôle, son agression du paparazzo Francis Apesteguy dans le parking d’Orly en 1975, prise sur le vif par son collègue Daniel Angeli (en haut).

Irving Penn, Marlene Dietrich, 1948

Le seul photographe qui, à mes yeux, parvint à s’imposer à elle, fut Irving Penn en 1948. D’emblée il lui dit  « Ecoutez, vous êtes Marlene Dietrich et moi, je suis le photographe ». Ensuite, il l’enferme dans son dispositif entre deux parois, il lui impose ce lieu inconfortable d’où elle tente de se défaire. Elle est coincée, un peu tordue, coudes au corps; elle tente de s’imposer par son regard, mais c’est bien Penn qui domine. Dans la photo suivante, elle lève le bras au-dessus de la tête, comme pour s’échapper. De tous les modèles de Penn qui furent coincés dans cet angle aigu, elle est la plus mal à l’aise. Rare exception. Ce que cette exposition montre, en somme, c’est l’obsession d’un collectionneur pour les images d’une femme obsédée par sa propre image.

 

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