Miroslav Tichy à Marseille

en espagnol

A partir du 7 juillet au centre international de poésie Marseille (à la Vieille Charité), une exposition de photographies de Tichy appartenant à Gianfranco Sanguinetti, rarement montrées

http://cipmarseille.com/presse/2017/tichy_dp.pdf

A cette occasion, j’ai réécrit un texte sur la réception critique de Tichy, qui n’avait été publié qu’en allemand :

http://cipmarseille.com/presse/2017/cahier_263.pdf

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Fieret et Tichý : à marginal, marginal et demi

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

en espagnol

Il y a six ans le Fotomuseum de La Haye consacrait une exposition à trois artistes marginaux : Miroslav Tichý, Gerard Petrus Fieret et Anton Heyboer. Je sais peu de choses du troisième, mais deux expositions récentes m’ont donné l’occasion de revisiter les deux premiers, et donc de mieux saisir ce qui les rapproche et ce qui les distingue : dans le cadre de Photo España, une vingtaine d’œuvres de Tichý (et une nouvelle version de Tarzan à la retraite) sont montrées (jusqu’au 28 août) au Musée du Romantisme à Madrid, cependant que Fieret est exposé pour la première fois en France au BAL (jusqu’au 28 août aussi).

Miroslav Tichy, sans titre, sans date

Miroslav Tichy, sans titre, sans date

Grandes sont les similitudes entre ces deux artistes de la même génération : éducation artistique interrompue, statut social en marge de la société, insoumission, paranoïa, obsession du corps féminin, indifférence envers les règles de la « bonne photographie », et donc photographies de qualité incertaine techniquement parlant, mais avec une esthétique douce-amère, floue et brumeuse, indécise et rêveuse.

Miroslav Tichy, sans titre, sans date

Miroslav Tichy, sans titre, sans date

Ce qui les distingue est, me semble-t-il, leur rapport à leur oeuvre et à sa réception. Pour résumer ce que j’ai développé ailleurs, Tichý s’en fout : il est en retrait, ne souhaite pas montrer ses photographies, ne veut rencontrer personne, et (au moins en surface) se satisfait d’une posture d’ermite bougon, n’attachant aucune importance à son travail photographique, qui ne servirait qu’à l’aider à passer le temps. C’est un flâneur indifférent et détaché du monde, capturant simplement le hasard des scènes qui s’offrent à lui dans ses errances.

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

Fieret au contraire est d’abord un metteur en scène de ses obsessions, travaillant avec des modèles qui posent pour lui, dans la rue ou dans l’atelier, et composant soigneusement ses photographies comme, écrit Violette Gillet dans le catalogue, des « simulacres de happenings ». Lui-même s’affirme comme « descartien » (Tichý pencherait plutôt du côté de Schopenhauer…).

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

De plus, Fieret semble avoir eu un immense besoin d’être reconnu comme artiste, il harcèle critiques et conservateurs, leur explique interminablement son travail, obtient des articles, réalise des expositions, et fait tout pour être reconnu, accepté, célébré, parfois avec rage, avec colère et vindicte. Rien de pacifique chez lui (tichý signifie pacifique en tchèque). Tichý ne signe presque jamais ses photographies (j’en connais une seule), Fieret signe, et plutôt deux fois qu’une, et de plus tamponne « Foto copyright G.P. Fieret » à profusion, marquant son territoire, mais surtout affirmant : « ceci est une oeuvre d’artiste, mon oeuvre à moi, qu’ainsi vous ne pourrez pas me voler », une marchandise en somme, en tout cas un objet de marché.

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

Gerard Petrus Fieret, sans titre, sans date (1965-75)

L’un dit avec rage « il n’y a pas de photos ratées », l’autre sourit avec détachement « seules les photos ratées sont bonnes ». À marginal, marginal et demi.