Pour qui bat ce tambour ? Pour qui sonne ce glas ?

La Hamburger Bahnhof à Berlin est un splendide musée d’art contemporain, immense et absorbant. Il héberge de très belles collections, le hall d’entrée est habité par Kiefer, toute une aile latérale par Beuys, et vous découvrirez au fil des salles des oeuvres de grande qualité. L’exposition temporaire dédiée à Roman Signer est interminable, et un peu lassante. Je veux donc plutôt vous parler d’une installation qui m’a enthousiasmé.

viola-3.1198538890.JPGBill Viola a alors 25 ans, il revient d’un voyage anthropologique dans le Pacifique. He weeps for you est une de ses premières oeuvres. Dans une pièce sombre, une goutte d’eau se forme au bout d’un tuyau, grandit, vibre, puis se détache et tombe sur un tambour au sol environ toutes les trente secondes. Le son de la percussion est amplifié et résonne dans toute la pièce. Une caméra filme à travers la goutte d’eau qui fait lentille, l’image est projetée sur un écran, de côté. viola-2.1198538875.JPGVous vous placez à l’endroit adéquat, votre corps apparaît, tête en bas et de côté, sur l’écran. Il vous faut tordre la tête pour regarder la caméra, et en même temps vous voir à l’écran. Votre image est fragile, elle tremble un peu, le tremblement s’accentue, les bords de la goutte vibrent de plus en plus fort, elle se débat, tente de se libérer, de s’abandonner à la pesanteur, à son destin, et soudain, dans un climax, elle se détache, vous tombez, tête la première, vous vous écrasez au sol dans un grondement. Puis tout s’apaise et tout recommence, sans fin.

C’est une installation fascinante, terrifiante, mystique, érotique, une expérience totale, un « espace accordé » dit Viola (écouter aussi ici). En comparaison, la vidéo d’Aernout Mik, Refraction, que le musée met en parallèle, paraît bien faible, pesante et futile.

Photos (médiocres) de l’auteur. Allez plutôt voir ici.