Nostalgie post soixante-huitarde

Michel Journiac, Hommage au putain inconnu, 1973, ph. Thierry Ollivier

en espagnol

Bien sûr, l’exposition sur les contre-cultures de 1969 à 1989, ironiquement titrée L’Esprit français (jusqu’au 21 mai à la Maison Rouge) plait à quiconque a vécu ces années là et y revit élans nostalgiques et regrets de n’avoir point connu alors ceci et cela. On y fait étalage d’idéalisme et de nihilisme, d’humour et de tragique, d’insolence et d’hédonisme, et chacun s’y retrouve, que ce soit les vieillards ressassant leurs aventures ou les plus jeunes rêvant de ces moments utopiques de liberté. De ce point de vue là, que je qualifierais de « marketing », c’est une exposition fort réussie. Qui peut rester indifférent devant cette chronologie allant de Gabrielle Russier à la chute du Mur de Berlin, en passant par la loi Veil, la mort de Mesrine et l’élection de Tonton ? Qui ne passerait des heures à regarder ces fanzines oubliées, ces BDs datées, à écouter ces chanteurs disparus ?

Pierre et Gilles, Marie-France, 1980

Ceci fait donc une exposition essentiellement documentaire, près du réel, sans grande distanciation. Rares sont les pièces qui, artistiquement, résistent à l »épreuve du temps : Journiac est pratiquement le seul à sortir grandi de cette exposition, avec sans doute aussi Molinier et Pommereulle (plus l’installation sobre et déjantée de Claude Lévêque au sous-sol). Mais 95% des pièces présentées n’ont plus de valeur que documentaire, traduisant certes bien une époque, mais n’ayant guère plus d’épaisseur qu’une feuille de papier à cigarette : Jean Yanne, Copi, Coluche, Topor, etc. ne pèsent plus guère que par les souvenirs datés que nous en avons. Et ce portrait par Pierre et Gilles de la trans Marie-France en est l’exemple le plus flagrant, oeuvre facile et fade reprise partout.

Photos de la Marche des Beurs (marche pour l’égalité et le racisme, 15 octobre – 3 décembre 1981)

Donc acceptons cette exposition comme une exposition documentaire et non esthétique. Alors, on peut questionner les parti-pris des commissaires, leurs choix terriblement parisiens (Ah, tout un mur pour le Palace..), leur vision étroite depuis un certain microcosme, celui dans lequel ils s’inscrivent délibérément. Les thèmes, trop nombreux, sont à peine survolés, chacun dans sa section dédiée : allez, un peu de féminisme, un zeste de radios pirates, trois mots d’école alternative (plutôt bien d’ailleurs).. Et, nécessairement, on voit alors les manques, les impasses : la province, quasi absente; les cités, vues d’un point de vue purement technique, urbanistique; les populations issues de l’immigration, vues à travers le seul prisme de la Marche des Beurs (bien vite récupérée par ceux qui nous ont conduit là où nous sommes aujourd’hui, entre parenthèses).Et aucune dimension internationale : restons entre nous.

Lire Maxence Alcalde, plus éloquent que moi sur  les lacunes de cette exposition.

Photos 1 & 2 courtesy de la Maiosn Rouge; photo 3 de l’auteur

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s