Dada Africa

John Heartfield, couverture du livre Afrika in Sicht de Richard Hüelsenbeck, 1928

Chacun connaît les influences de l’art africain sur Picasso et le cubisme, mais les rapports de Dada avec l’Afrique (et de manière plus large avec les arts dits premiers) sont, je crois, un sujet moins fréquemment abordé. D’où l’intérêt de cette exposition à l’Orangerie (jusqu’au 19 février). Non seulement nous y avons un panorama assez complet de ce que fut Dada, mais surtout, on y présente tous les indices qui pointent vers ces influences. Le début de l’exposition est plutôt politique : Dada mouvement anti-guerre (ce qui choque d’ailleurs le patriote Apollinaire : une vitrine présente sa lettre critique à Tzara le 6 février 1918), à un moment où les soldats africains sont de la chair à canon pour les armées européennes. Comme on sait,  la critique de la guerre et du bellicisme fut bien plus le fait d’artistes allemands (Grosz, Heartfield, Hausmann) que de plasticiens français.

Mary Wigman Hexentanz 1929

Mais après ce préambule, l’exposition met surtout l’accent sur les similitudes formelles, et elle le fait remarquablement bien, avec de nombreuses juxtapositions d’œuvres, des démonstrations convaincantes d’inspiration. C’est aussi vrai pour le vocabulaire (écoutez sur un vieux téléphone les poèmes sonores d’Hugo Ball et de Raoul Hausmann, et la lecture d’un texte maori par Tzara) et pour la danse (ainsi Mary Wigman et sa Hexentanz).

Kachinas hopi et Emil Nolde, Figures exotiques, 1911

Ceci ne se limite pas à l’Afrique et on voit ainsi l’influence des Hopis (ici Emil Nolde), mais le voyage de Warburg en 1895 ne semble pas avoir inspiré ces artistes, et, une fois de ‘plus, on en reste à des rapprochements formels, sans que, semble-t-il, les artistes Dada se soient beaucoup intéressés au substrat culturel, et encore moins à la politique coloniale et à l’oppression exercée sur ces cultures.

Hannah Höch, Mit Mütze (avec casquette, 1924)

S’il y a une exception, c’est Hannah Höch et ses collages radicaux, comme celui-ci avec une casquette militaire sur un masque baoulé ou son appropriation d’une statue cambodgienne.

Photos 1, 3 & 4 de l’auteur

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