Les Rencontres d’Arles redémarrent (enfin…)

Mold is beautiful (SFP, Luce Lebart, 2015)

Mold is beautiful (SFP, Luce Lebart, 2015)

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Soyons clair, cette édition des Rencontres Photographiques d’Arles (jusqu’au 20 septembre, sauf mention contraire) est un tournant. Après une lente dégradation de la qualité des Rencontres au fil des années (2010, 2011, 2012, 2013), jusqu’à la catastrophique édition 2014 (que j’avais boycottée, sans regrets), on sent cette année un souffle nouveau, une amélioration certaine, une ambiance plus agréable. J’avais osé, il y a un an, émettre quelques suggestions de simple bon sens, disant tout haut ce que d’autres n’osaient que murmurer anonymement, et je dois dire que, cette année, je suis content. D’abord, les Rencontres sont ouvertes sur la ville, réconciliées avec les autres acteurs, respectueuses des étudiants de l’École, collaborant avec le Off; l’espace Cosmos est remarquable, regroupant livres et petites expositions (ci-dessus des moisissures affectant des photographies des collections de la SFP(1), présentées par Luce Lebart dans cet espace). Le meilleur exemple en a été, à mes yeux, l’intégration des Gitans des Papeteries Étienne dans la Nuit de l’Année : une anecdote, trois fois rien, mais un signe fort.

Markus Brunetti, Reims, Cathédrale Notre-Dame, 2013-2014

Markus Brunetti, Reims, Cathédrale Notre-Dame, 2013-2014

Ensuite, la contrainte immobilière a eu l’effet positif de réduire le nombre d’expositions, et donc d’amener à des choix plus rigoureux. Si Pascal avait besoin de temps pour faire des lettres plus courtes, les Rencontres avaient besoin de moins d’espace pour faire mieux. Environ 35 expositions au lieu de plus de cinquante, et surtout un recadrage sur, pour l’essentiel, trois axes : de grands noms, des découvertes et des singularités. Si quelques expositions sont un peu décevantes dans leur propos par trop sommaire (le coup de foudre, les néons) ou dans leur forme déroutante (ainsi, je reste froid devant les façades d’église retravaillées jusqu’à devenir irréelles de Brunetti, ci-dessus), une seule m’a fait hurler (patientez un peu pour savoir laquelle), beaucoup m’ont plu et quelques unes m’ont enthousiasmé, j’y reviendrai dans les prochains billets.

Vincent Ferrané, Bienvenue, Commanderie Sainte-Luce, Arles, vue d'exposition

Vincent Ferrané, Bienvenue, Commanderie Sainte-Luce, Arles, vue d’exposition

Enfin, j’émettais le désir de voir des expositions, et pas seulement des accrochages, en espérant plus de « commissariat » : c’est encore assez inégal [mais un signe très prometteur est que, dans son interview à OAI13, Sam Stourdzé dit qu’il assure la direction artistique du festival, mais pas l’intégralité du commissariat, qu’il a fait appel à 39 commissaires d’exposition, dont des jeunes commissaires, et qu’il voudrait que Arles ne soit pas seulement le festival des photographes, mais devienne aussi le festival des commissaires d’expositions]. De fort belles expositions sont encore de simples alignements de photographies les unes à la suite des autres; peut-être faut-il davantage de commissaires invités. Deux des expositions les plus intelligemment présentées sont, selon moi, celle sur le travail pour la presse de Walker Evans (dont je reparlerai; commissariat et textes de David Campany et Jean-Paul Deridder) et, à l’autre bout du spectre, la petite exposition poétique de Vincent Ferrané autour des non-lieux (commissariat de Fannie Escoulen, texte de Léa Bismuth; jusqu’au 30 août). A contrario, par exemple, la visite de l’exposition de Stephen Shore (j’y reviendrai aussi), aussi remarquables soient les photos, est une longue déambulation univoque de salle en salle où le visiteur ne peut que « consommer » linéairement image après image.

Chaise longue éditée par Martin Parr, Église des Frères Prêcheurs, Arles

Chaise longue éditée par Martin Parr, Église des Frères Prêcheurs, Arles

Un exemple discutable, à mes yeux, de commissariat est celui de l’exposition regroupant Mathieu Chedid et Martin Parr dans l’église des Frères Prêcheurs (jusqu’au 30 août). Je ne suis un fan inconditionnel, ni de l’un (mais mes goûts musicaux…), ni de l’autre. Cette idée de faire dialoguer un musicien et un photographe mérite certes d’être explorée, mais, au-delà de leurs discours respectifs assez convenus (« j’ai découvert sa musique », « j’adore ses photos »), j’ai du mal à suivre leur dialogue, à comprendre leur enchaînement, à saisir leur harmonie. Le choix fait là de décomposer un morceau de Chedid en 8 pistes (voix, synthé, piano, etc.) et d’associer chacun à un mode de présentation des photos de Parr (projection, affiches, petits cadres, etc.) est certes une amusante déconstruction, mais comment aller au-delà de l’artifice, comment introduire là du sens ? Je ne sais; la mise en scène ecclésiale est forte (même si les chaises-longues signées Parr ne donnent guère envie de s’y poser), mais je suis resté un peu sur ma faim. De Martin Parr, sans surprise (pour moi), j’ai préféré ses anciennes photos en noir et blanc, plus humbles, plus tendres, plutôt que l’ironie mordante, voire méprisante, de son travail en couleur.

Martin Parr. GB. England. Yorkshire. Hebden Bridge. Hangingroyd Road. Tom Greenwood cleaning. 1975.

Martin Parr. GB. England. Yorkshire. Hebden Bridge. Hangingroyd Road. Tom Greenwood cleaning. 1975.

(1) Note déontologique : l’auteur est Trésorier de la SFP, mais n’a en rien participé à cette exposition.

Photos de l’auteur, excepté Brunetti (courtoisie des Rencontres, de l’artiste et de Hartmann Projects) et Parr (Magnum)

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2 réflexions sur “Les Rencontres d’Arles redémarrent (enfin…)

  1. Adrian dit :

    Bonjour, n’avez vous pas été étonné des grandes reproductions murales de Walker Evans pas du tout fidèles aux originaux.
    Tout d’abord une taille énorme et surtout des tirages très contrastés loin des images d’origines ou des magazines.

    C’est ce dont le public va se rappeler.
    Ne serait ce pas une façon de modifier le travail de Evans pour le rendre plus contemporain et ainsi le comparer plus facilement avec les travaux actuels..

    Quel dommage quand on le compare au magnifique catalogue de la Tate.

    Bien à vous,
    Adrian

    [Patience, ce n’est que mon premier billet…]

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  2. Michelle dit :

    Comment être indifférent à l’oeuvre de Brunetti ! Chacun ses goûts alors je souhaite dire que ces photos sont extra-ordinaires, elles ne semblent pas être un panégyrique de lieux sacrés mais du génie architectural et artistique de ces époques, permettant par ce soin photographique inédit, leur grandes dimensions d’exposition, un nouveau regard sur ces monuments. Et paradoxalement, ces photos d’aspects froids et documentaires sont très narratives telles de grands livres d’images.
    Cordialement

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