Noir sentimental et blanc de deuil : Joël Andrianomearisoa et la saudade

Joël Andrianomearisoa, Ausência, 2017 (détail)
Textile, 90 x 70 cm chacun (28 éléments)

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De Joël Andrianomearisoa, je connaissais (depuis 2005) le noir : un noir somptueux, sentimental, joyeux et triste à la fois, des installations tactiles, sensuelles, qui frémissaient au passage du visiteur, « des fantômes noirs, feuilles de papier et morceaux de toile qui semblent animés, possédés, sensibles, lettres, d’amour sûrement, imbibées d’encre noire, des traces d’amours mortes et de désirs inassouvis, des formes mystérieuses, chargées d’émotions plus que de signifiants. » Un mélange de mélancolie et d’allégresse, entre froideur et douceur, entre formalité et sensibilité : en somme une saudade métisse, une saudade venant du Sud.

Joël Andrianomearisoa, Ausencia, vue d’expo
UMA LULIK_, ph. Bruno Lopes

Pas très étonnant dès lors qu’on le retrouve à Lisbonne, dans l’exposition inaugurale (jusqu’au 18 janvier) de la galerie Uma Lulik_  (la maison sacrée en tétoum, une langue de Timor) que vient d’ouvrir Miguel Leal Rios (qui montrera de nouveau son travail à la Fondation Leal Rios, juste à côté, à partir de mai prochain). L’exposition se nomme Ausência, Absence, et c’est d’abord l’absence du noir qui saute aux yeux. Au mur, des formes blanches, panneaux de tissus pliés que nul vent n’agite, et dont la proximité, sans recul possible, oppresse et séduit à la fois. Les jeux de lumière sur ces livres suspendus aux pages vierges repliées sur elles-mêmes (« des nymphes profondes« ) sont fascinants.C’est un effacement, un gommage, une disparition où subsistent néanmoins d’imperceptibles traces : ce sont des pièces à regarder longuement, attentivement, pour discerner les formes changeantes, chatoyantes, animées au sein de ces plis immobiles, de ces fentes figées, de ces profondeurs fantasmatiques. Tentation du monochrome, certes, déclinaison baroque peut-être, mais surtout deuil : quelle absence est-ce là ? Quel corps aimé n’est plus là  ? Qui pleurons-nous ? L’artiste évoque les couches de tissus blancs superposées qui sont les linceuls des morts malgaches, et c’est bien devant une oeuvre funèbre que nous sommes.

Joel Andrianomearisoa, Dead Tree of My New Life, 2017

La pièce au sol, éparpillement de morceaux noirs épars, se nomme L’arbre mort de ma nouvelle vie. On peut y voir un hommage au galeriste changeant de vie, mais on aimerait aller au-delà de ce prétexte, et méditer sur cet éclatement labyrinthique , cette brisure, ce morcellement d’absence qui permettrait une renaissance. En réserve, des pièces plus noires, dont des textes poétiques et énigmatiques comme celui-ci.

Photo 1 courtesy de l’artiste et Sabrina Amrani gallery. Photo 2 courtesy Uma Lulik_.

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