Arles 4 : la rigueur épurée de Lukas Hoffmann, et autres expositions

Lukas Hoffmann, Bronx River Avenue, NYC, 2016

en espagnol

Après les deux dernières éditions, on aurait pu craindre que l’espace d’exposition au-dessus du Monoprix était désormais dévolu à des artistes autrefois prometteurs, mais ayant vendu leur âme au marché et aux thèmes à la mode. Or, y étant allé cette année avec précaution, on jubile en y découvrant un artiste exigeant, rigoureux, et ne cherchant pas à plaire à tout prix. Lukas Hoffmann propose des polyptiques allant jusqu’à 24 images, ordonnancés et méthodiques, offrant des visions étendues de surfaces difficiles à identifier : une haie, le flanc d’un container Evergreen aux lettres effacées, des pierres, un mur marqué de traces, d’égratignures, de cicatrices. Ces séries font ressortir des formes indistinctes, des textures inusitées, et nous entraînent vers l’abstraction. Hoffmann photographie aussi des gens dans la rue, un travail tout aussi méthodique, mais moins épuré.

Marie Clerel, Midi 2018

Les salles voisines proposent un panorama de nuages avec une vingtaine d’artistes : beaucoup d’oeuvres intéressantes, tant historiques (Charles Nègre, et Lisa Oppenheim revisitant les manipulations de Gustave Le Gray) que contemporaines, avec les algorithmes de Raphael Dallaporta et ce très beau calendrier solaire de Marie Clerel (chaque jour de l’année à midi, une feuille insolée). Mais la volonté de la commissaire de relier ces nuages atmosphériques aux clouds informatiques (inreprésentables par définition) ne convainct guère.

Julien Lombardi, La Perte, série La terre où est né le soleil, Wirikuta, Mexique, 2017-2021

La mode cette année semble être aux Amérindiens : au milieu d’expositions assez documentaristes sur ces peuples, la plus intéressante est sans doute celle de Julien Lombardi, lequel prend ses distances par rapport à son sujet : il ne prélève pas d’objets dans le territoire où il intervient, mais en fait des moulages, et il laisse le soleil ou la poussière perturber ses prises de vue, laissant naître des étranges interférences dans l’image, des dédoublements, des contaminations inattendues.

Joan Fontcuberta & Pilar Rosado, Beautiful Agony, 2021, détail

Dans deux expositions différentes, Pilar Rosado et Joan Fontcuberta explorent l’intelligence artificielle et le deep learning, d’abord en recréant des oeuvres fictives mais vraisembables car similaires d’autres d’un musée de Deauville, et ensuite en analysant (grâce à ce site) les caractéristiques faciales expressives de l’orgasme et en les appliquant à quatre queuteurs bien connus : Trump, Juan Carlos, Berlusconi et DSK. On rit beaucoup, certes, on admire la technologie AI, mais on s’inquiète aussi de la facilité avec laquelle on peut construire un « deepfake ».

Les Zoomers, vue d’exposition, galerie Huit, 2022

Dans Arles qui s’embourgeoise et se droitise, l’écrivain Philippe Fenwick et la photographe/activiste Olivia Moura ont noté qu’aucun Arlésien de naissance n’a jamais été exposé aux Rencontres, ni admis à l’ENSP, et que les habitants des quartiers, s’ils photographient, ne sont jamais exposés dans le centre d’Arles, mais restent confinés dans leurs périphéries. Ils ont donc lancé pendant le confinement un projet, Les Zoomers, où ils ont confié des appareils jetables à des habitants (de 13 à 83 ans) de Barriol, de Trébon et de Griffeuille, et les ont invités à photographier leur environnement urbain. Les images ont d’abord été exposées dans la galerie Huit, au centre d’Arles, puis à Photodoc à Paris, et maintenant dans l’espace Biocoop Arélate près de l’ENSP. Certaines des images documentent simplement l’environnement des photographes, mais d’autres offrent des points de vue créatifs sur des motifs originaux. Un beau projet à soutenir.

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